Lifting environnemental pour Cotonou

Pollution, circulation automobile, déchets, sensibilisation de la population, le ministre de l’Environnement béninois, Luc Gnacadja, explique à Afrik les difficultés de son combat, particulièrement à Cotonou, une ville longtemps considérée comme la plus polluée d’Afrique. Un combat dont l’urgence et l’utilité doivent être constamment prouvés afin de susciter l’intérêt des bailleurs de fonds.

Avec seulement un million d’habitants, Cotonou a longtemps été considérée comme la ville la plus polluée d’Afrique. Un cliché que le ministre béninois de l’Environnement, de l’Habitat et de l’Urbanisme (Mehu), Luc Gnacadja, souhaite définitivement chasser des mémoires. Il explique à Afrik les particularités de son ministère, dont l’objet est souvent considéré primordial à long terme, mais secondaire dans l’immédiat, surtout lorsqu’il s’agit de débloquer des fonds. Pollution automobile, déchets plastiques et sensibilisation des citoyens, Luc Gnacadja évoque tous les maux environnementaux qui frappent son pays. Il revient également sur le round de Cancùn, où quatre pays africains producteurs de coton, dont le Bénin, ont résisté aux nations industrialisées.

Afrik : Qu’est-ce qui fait la particularité de la politique environnementale au Bénin ?

Luc Gnacadja : Quand on a un ministère comme le nôtre, on ne cherche pas à être particulier. Il est plutôt question de mettre en œuvre des stratégies et des politiques pertinentes. L’intitulé du ministère est « Environnement, Habitat et Urbanisme », ce qui donne une bonne lecture des défis environnementaux spécifiques au Bénin.

Afrik : Votre ministère communique beaucoup et mène une vaste politique de sensibilisation auprès des populations, notamment auprès des enfants. Quels résultats obtenez-vous ?

Luc Gnacadja : Le plus difficile reste le plaidoyer. Il est difficile d’emporter la décision, de convaincre par exemple un ministre des Finances de vous consacrer un budget plus important, sans pouvoir leur apporter la preuve, à court terme, de vos avancées. Car les résultats dans le domaine de l’environnement ne sont mesurables qu’à long terme. Pour convaincre les bailleurs, il est indispensable de parler leur langage, de leur assurer que votre action constituera une plus-value pour l’économie nationale. D’autre part, amener les Béninois à changer de comportement n’est pas une tâche aisée. Il est plus facile de multiplier par trois le nombre de voies, de rues aménagées à Cotonou que d’amener les citoyens à jeter leurs ordures dans les poubelles. Pour ce qui est des enfants, nous avons des retours très encourageants. Vous savez qu’ils sont sans concession et n’hésitent pas à vous remonter les bretelles si nécessaire. Il y a actuellement une émission enfantine au Bénin qui fait un tabac, où les enfants dénoncent les mauvais comportements des adultes. Cette émission est le fruit de notre action de communication.

Afrik : Votre ministère a-t-il actuellement les moyens de sa politique ?

Luc Gnacadja : Le budget du Mehu s’élevait en 1999 à 9 milliards de F CFA. En 2002, il était de 27 milliards. Nous sommes ainsi passés de 3 à 8% dans le budget de l’Etat. Je veux croire que ce n’est pas parce qu’on nous en a fait cadeau, mais parce les politiques mises en œuvre ont été davantage crédibles. Cette progression s’est tassée en 2003 et se sera également le cas en 2004. Certains ont du considérer qu’on en faisait trop pour l’environnement.

Afrik : Cotonou est l’une des villes les plus polluées d’Afrique. Quelles mesures avez-vous mis en place pour juguler le phénomène ?

Luc Gnacadja : Cotonou est en effet une ville polluée, mais contrairement à ce que l’on pense, des études récentes démontrent qu’une ville comme Dakar l’est plus. Mais à quoi cela sert-il de se comparer au dernier ? Au contraire, ce cliché me permet de démarcher plus facilement pour améliorer notre politique environnementale. Pour lutter contre la pollution atmosphérique, nous sommes allés dans la rue pour démontrer aux Cotonois que leurs véhicules pouvaient être moins polluants. Même les plus vieux, à condition de prendre certaines dispositions. Entre mars 2000 et aujourd’hui, le taux des véhicules à 4 roues polluants est passé de 74 à 42%. Par contre, notre travail auprès des taxis motos (zémidjans, ndlr), où le taux est resté stable, est plus difficile. Il nous faut ajuster notre communication et notre dispositif de coercition auprès d’eux. Nous avons ainsi initié un programme de formation des mécaniciens à ce type de véhicules. Et envisageons d’ici janvier prochain de mettre en place des garages agréés qui effectuerons des visites techniques. Des vignettes seront attribuées pour distinguer les taxis motos qui l’auront passé des autres.

Afrik : Vous avez également l’intention de créer 9 lignes de bus…

Luc Gnacadja : L’offre de transport à Cotonou est actuellement restreinte aux taxis-motos. Je continue de résister à l’idée de créer une entreprise publique. Il a existé une entreprise de transport public, dans les années 80, qui a fait faillite. Notre démarche est de créer les conditions permettant à une structure privée de devenir pérenne, notamment par le biais de subventions systémiques. La taxe douanière à l’importation sur les bus neufs, qui était tout de même de 45%, a été supprimée. Mais cela n’a pas suffit. Nous travaillons actuellement avec deux candidats potentiels. Sur ces 9 lignes, nous avons indexé 5 lignes prioritaires qui tiennent compte des investissements récents en termes de voirie et des principaux axes de circulation de la ville de Cotonou. L’étape suivante sera de tirer avantage de cette voie ferrée qui traverse toutes les communes de la ville pour en faire une sorte de train express régional.

Afrik : Comptez-vous, à l’instar de pays comme l’Algérie et le Sénégal, légiférer sur l’importation des véhicules d’occasion ?

Luc Gnacadja : C’est déjà le cas. Depuis décembre 2000, un décret stipule que les véhicules usagés mis en circulation sur le territoire béninois doivent avoir moins de dix ans. Nous envisageons de passer à cinq ans. Pour l’heure, passer à trois ans ne me paraît pas pertinent. C’est une mesure qu’il fallait refléter au cordon douanier. Depuis le 29 octobre dernier, le gouvernement a pris la décision d’établir des taxes douanières progessives avec l’âge des véhicules. Et ce à compter de 2004. Le consommateur aura alors intérêt à opter pour un véhicule neuf.

Afrik : Beaucoup d’usagers vont non seulement vous en vouloir mais risquent également de se déporter vers d’autres pays voisins comme le Togo. Avez-vous mis en place une action concertée avec les autres pays de la sous-région ?

Luc Gnacadja : Nous avons saisi l’Umoa (Union monétaire ouest africaine, ndlr) pour initier une rencontre entre les ministres de l’Environnement, du Commerce et des Finances, afin qu’une directive sur les biens d’équipement usagers soit adoptée et que l’Afrique de l’Ouest ne soit pas la poubelle du monde. Nous attendons une réaction significative très prochainement.

Afrik : De nombreux problèmes d’environnement, comme celui des sachets plastiques, sont communs aux pays d’Afrique ? Etes-vous en contact avec vos homologues pour partager vos expériences ?

Luc Gnacadja : Les ministres africains de l’environnement se rencontrent, mais pas suffisamment à mon goût. Nous nous rencontrions une fois par an, aujourd’hui nous sommes passés à deux rencontres annuelles. La dernière réunion s’est tenue à Maputo (Mozambique), et la prochaine se tiendra dans deux semaines à Alger (Algérie). Nous avons convenu de mettre nos expériences en commun. Le Bénin a d’ailleurs eu l’opportunité de faire partager une expérience en matière de recyclage de sachets plastiques, qui a été primée par les Nations Unies. Ce sont des femmes qui ont mis en place un procédé très simple de collecte et de recyclage de ces sachets dans la fabrication d’objets usuels. Leur initiative reste d’autant plus intéressante qu’elle permet de créer de l’emploi, notamment chez les jeunes, qui effectuent la récupération tout en résolvant une question environnementale.

Afrik : Le Bénin est lauréat du « Green Award 2003 », un prix instauré par la Banque Mondiale. Comment avez-vous accueilli cette distinction ?

Luc Gnacadja : J’ai dit à mes collaborateurs que ce n’est guère plus qu’un encouragement, et non un résultat. Cela signifie que nous sommes dans la bonne direction, mais le défi reste entier. Il nous faut atteindre nos objectifs et satisfaire les attentes légitimes de nos populations en matière d’amélioration du cadre de vie.

Afrik : Tout le monde critique le pavé, à Cotonou, mais il semble que le Mehu ait définitivement opté pour ce mode d’habillage des voies. Pourquoi ?

Luc Gnacadja : Notre pays ne produit pas de pétrole. Alors quand je fais du bitume, 90% de l’investissement ressort du Bénin. A contrario, c’est cette proportion qui demeure dans le pays lorsque nous installons du pavé. Un produit dit « à haute intensité de main d’œuvre ». Nous apportons ainsi de l’input à l’économie nationale, en utilisant des ressources locales – ciment, sable – et en offrant de l’activité aux petites et moyennes entreprises. Il est vrai qu’en terme d’investissement initial, le pavé est 15 à 20% plus onéreux. Mais le surcoût est largement compensé à l’entretien : les pavés sont plus résistants et peuvent être facilement démontés en cas de besoin.

Afrik : Quelles sont les mesures que vous envisagez de mettre en place pour limiter l’érosion côtière qui frappe le Bénin ?

Luc Gnacadja : Cette problématique constitue l’exemple type de notre ambition de mettre en place des projets générateurs de plus-value. Depuis les années 70, la question de l’érosion côtière s’est imposée à nous. Il a été décidé d’ériger une protection sur 10 Km à l’Est de l’épi du port – dont la construction est à l’origine du phénomène. Le coût atteignait les 9 milliards de F CFA avant dévaluation en 1992. Nous avons eu le grand tort de chercher des subventions auprès de nos bailleurs de fonds. Ces derniers ont estimé, ce qui est compréhensible, qu’à côté de programmes relatifs à la santé ou l’éducation, l’érosion côtière ne constituait pas une priorité. Dans quelle mesure ce projet peut-il s’avérer rentable ? Il a été démontré que le coût de la préservation de la zone sinistrée, correspondait à un tiers de la valeur vénale du foncier existant sur ladite surface. N’importe quel propriétaire serait prêt à investir immédiatement pour préserver son bien. Les actions menées seront tangibles dès l’année prochaine avec le démarrage des travaux de protection.