« El Djazaïr ex St George », le palais-hôtel qui règne sur Alger


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Jardin de l'hôtel El Djazaïr, ex Saint Georges
Jardin de l'hôtel El Djazaïr, ex Saint Georges Par Raisamo — Travail personnel, CC BY-SA 4.0,

Tout commence avec la construction d’un palais, sur les hauteurs de la capitale de l’Algérie, en 1798, bien avant la conquête française. Un palais somptueux, dans un style unique, au croisement des traditions berbères, arabes et ottomanes, niché à mi-hauteur de la colline d’Hydra dans un formidable jardin. Quasiment deux siècles et demi plus tard, il est aujourd’hui possible d’y séjourner, et de sentir le plaisir d’un luxe élégant et authentique, immémorial et contemporain. Une alliance incroyable entre le passé et le présent qui fait de ce lieu l’un des hôtels les plus agréables du monde. 

Comment est-ce possible? Comment les vicissitudes de l’histoire, les conquêtes, les pillages, les révolutions, les crises n’ont-elle pas eu raison de ce lieu magique ? C’est sans doute cela son secret : une magie qui lui permet de traverser le temps sans trace de vieillissement ni d’abandon. Le premier miracle, pour le Palais, est d’avoir été transformé en école et en orphelinat, sous la houlette de bonnes soeurs catholiques, qui à partir de 1849, derrière les murs du parc et dans le repli de la colline transforment la résidence princière en institution d’éducation. Respect de l’architecture, entretien des jardins.

Naissance du Palace

C’est en 1889, dix ans plus tard, que naît l’Hôtel, grâce à la baguette magique d’un architecte exceptionnel, Georges Guiauchain. Il fait du Palais, modestement rebaptisé… St Georges, un des hôtels les plus renommés du monde. Toute l’aristocratie et les riches voyageurs du temps, qu’ils viennent d’Europe, de l’Orient ou des Amériques, se donnent rendez-vous dans ce palace unique.

Vont se succéder les visiteurs de marque : les Rudyard Kipling, André Gide, Jean Cocteau, Henri de Montherlant, Edith Piaf, Dalida, Fairuz, Oum Kulthum, Josephine Baker… Les jardins du St George, qui a perdu son s, deviennent le point de ralliement de la clientèle la plus exigeante culturellement et esthétiquement, qui vient profiter de la vue sur Alger, à peu près unique, et du raffinement de la décoration de l’hôtel, conservée et protégée.

Le quartier général des forces alliées

Puis viennent les grandes heures de la IIème guerre mondiale : de novembre 1942 à décembre 1943, le centre stratégique des armées alliées s’installe au St George, où vit le Général Eisenhower, généralissime des forces américaines, britanniques et… françaises. Préservée telle qu’elle était quand il l’occupait, sa suite au premier étage de l’hôtel peut encore être louée par les voyageurs férus d’histoire… Il est émouvant de visiter les salons, ou se tenaient les réunions de l’État-major allié, et où l’amiral Darlan, passé de Vichy à Alger, essayait de vendre ses services aux Américains, avant d’être assassiné le 24 décembre 1942 par le jeune résistant Fernand Bonnier de la Chapelle, au prix, assumé, de son propre sacrifice. Combien de moments décisifs de l’histoire mondiale se sont déroulés précisément ici, entre ces murs !

Car ici séjournent et discutent la nuit, entre elles, les ombres de Charles De Gaulle et de Winston Churchill…  Pour les plus intellectuels, ce seront plutôt celles de Jean-Paul Sartre et de Simone de Beauvoir qu’ils aperçoivent dans les salons qui se succèdent à la droite du bar… Dans cet oasis fabuleux comme retranché de l’agitation de la ville, les fantômes de l’histoire du monde continuent à dialoguer… Au plus haut niveau !

Dans les années 1960 et 1970 Alger, capitale des révolutionnaires, accueille au St-George les plus grandes figures de la lutte contre l’impérialisme : de Fidel Castro et Ernesto Che’Guevara à Nelson Mandela, ou au Maréchal Tito…

Che’Guevara, Hervé Bourges, Mohamed Lakhdar Hamina ou Béchir Boumaza…

Et tandis que le soir tombe sur la terrasse fleurie et dorée, Olivier Zegna Rata évoque pour moi les discussions auxquelles il assistait ici, il y a à peine vingt ans, entre Hervé Bourges, président de France Télévisions mais surtout ancien membre du Cabinet d’Ahmed Ben Bella, Jacques Vergès, prodigieux avocat des prisonniers FLN, inventeur de la défense « de rupture », et Béchir Boumaza, qui fut l’un des leaders de la guerre d’indépendance, et termina sa vie comme Président du Conseil de la Nation. Ou encore cette rencontre improbable avec Mohamed Lakhdar Hamina, avec qui le même Hervé Bourges partageait un cigare, à l’ombre de la treille fraîche qui descend par paliers de la grande terrasse au jardin…

Le « Saint-George » a pris son visage actuel grâce à l’intervention inspirée d’un architecte de génie qui a été l’un des grands bâtisseurs de l’Algérie contemporaine, Fernand Pouillon, engagé dans l’objectif de doter l’Algérie d’une série d’hôtels exceptionnels, passerelles splendides entre tradition et vingt-et-unième siècle… Comme c’est le cas aussi, par exemple, à Timimoun avec l’hôtel Gourara.

Le travail parfait de Fernand Pouillon et de Mohamed Boumehdi

Pouillon associe sa modernité de conception architecturale avec un profond respect des matériaux et des techniques traditionnels. Résultat : une parfaite osmose entre les éléments anciens préservés et les indispensables évolutions requises par le confort moderne. Exemple parfait : le SPA de l’hôtel, qui est en réalité le hammam du Palais, judicieusement assemblé autour d’une fraîche petite cour carrée.  Luxe, calme et volupté… Exemple de ce mariage entre fidélité au passé des pierres et création actuelle : le travail prodigieux du maître céramiste Mohamed Boumehdi qui offre à l’hôtel une décoration intérieure unique au monde.

Il existe peu d’endroits sur terre où l’on puisse à la fois se sentir aussi bien, « comme chez soi« , choyé, attendu, aimé et accueilli, et dans un environnement princier : pas un meuble qui ne soit superbement marqueté, pas un mur qui n’offre une décoration singulière, tantôt héritée des premières années du Palais, tantôt ajoutée par Pouillon et Boumehdi… En fin de journée, la terrasse bourdonne de discussions et de débats, amoureux, hommes et femmes d’affaires, politiques, artistes, journalistes, influenceurs, voyageurs étrangers, tous se sentent à la maison dans ce cadre unique où le temps passe mais ne s’efface pas, et où l’on fait à chaque visite de plus fabuleuses rencontres !

L’âme d’Alger

A celui qui passe à Alger sans dormir à l’Hôtel « El Djazzaïr », ex « St George », il manquera toujours cette expérience ultime de la ville à travers le temps, qui puise ses racines bien avant la colonisation française, et qui pousse ses branches au coeur de la modernité la plus actuelle et active. Cette identité profonde d’Alger à travers toutes ses époques, c’est ce que nous révèle le « St George » : cet hôtel-là, ce n’est pas juste un hôtel c’est l’âme même d’Alger.

Hôtel El Djazzair
Hôtel El Djazzair salons du bar donnant sur le jardin
Le jardin Hotel Djazzair ex St George
Le jardin Hotel Djazzair ex St George
Chambre de l'Hotel El Djazair ex St George
Chambre de l’Hotel El Djazair ex St George
Karim Benchalal
Franco-algérien qui a grandi en banlieue ouest de Paris, je suis passionné par l’actualité des réseaux sociaux et des musiques actuelles, tourné vers la création numérique sous toutes ses formes.
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