Egypte : rencontre au Caire entre Laurent Fabius et Mohamed Morsi

Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, s’est rendu lundi soir au Caire. Il rencontre ce mardi le président égyptien, Mohamed Morsi. Il s’agit de la première visite d’un officiel français depuis la dernière élection présidentielle en Eypte.

Le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, est en visite ce mardi au Caire, la capitale égyptienne. Arrivé lundi soir, il s’agit de la première visite d’un dirigeant français depuis l’arrivée au pouvoir, en juin dernier, de Mohamed Morsi, issu du parti de la Liberté et de la Justice (Frères musulmans, ndlr). La visite du ministre français des Affaires étrangères intervient dans un contexte particulier, puisqu’elle a lieu après quatre jours de violences et de manifestations hostiles aux Etats-Unis suite à la parution sur Internet du film anti-islam L’Innocence des musulmans. Plusieurs centaines de personnes ont été blessées et un manifestant tué lors des attaques contre l’ambassade des Etats-Unis au Caire. Pour Laurent Fabius, ce film islamophobe est une « alliance des extrémismes », entre ceux qui « en Occident présentent les musulmans comme des terroristes et ceux qui en Orient pensent qu’un film débile sur (le prophète) Mohammed est produit par le gouvernement américain ».

Outre le chef de l’Etat, Laurent Fabius rencontrera son homologue égyptien, Mohamed Kamel Amr, mais aussi le Premier ministre, Hicham Qandil et le grand cheikh de l’université Al-Azhar, Ahmed al-Tayyeb. Ce dernier a sévèrement condamné le film L’Innocence des musulmans. Dans un communiqué publié samedi dernier, Tayyeb pose une question au secrétaire générale de l’ONU, Ban Ki-Moon : « N’est-ce pas une falsification irresponsable, M. le Secrétaire général, à l’instar de l’antisémitisme que vous condamnez tout le temps et pour lequel des individus ont été condamnés dans plusieurs pays dans le monde, y compris des grands penseurs et des scientifiques ? »

« Renforcer » les relations Egypte-France

Le ministre français des Affaires étrangères est arrivé en Egypte avec un message clair : « Accompagner la liberté, éviter l’extrémisme », selon Le Figaro. Une bannière sous laquelle il entend accentuer les liens entre l’Egypte et la France. « Nous avons une relation ancienne d’amitié avec l’Egypte, il faut la renforcer », a-t-il souligné. « Mais il faut le faire dans le cadre d’une exigence démocratique, a-t-il ajouté. Sans être impérieux, explique-t-il, il faut dire qu’il y a des éléments de démocratie qui sont indispensables, comme le droit, la liberté, la possibilité d’une alternance. S’il y a des dérapages, il faut les souligner et tirer la sonnette d’alarme »

Laurent Fabius a par ailleurs rencontré des hommes d’affaires français soucieux des problèmes économiques qu’ils rencontrent depuis le soulèvement populaire égyptien qui a éjecté Hosni Moubarak du siège de la présidence. Le chef de la diplomatie française a ensuite dîné avec des représentants de la société civile issus de la mouvance libérale. Ceux-ci ont exprimé leur crainte de voir le pays passer d’ « un autoritarisme militaire à un autoritarisme religieux ».

La Syrie au centre des discussions

Le conflit syrien sera abordé lors des entretiens cairotes. La position de Mohamed Morsi à propos de Bachar Al-Assad est on ne peut plus satisfaisante pour Paris, puisque celui-ci estime que la place du président syrien n’est plus à Damas. La France peut donc compter sur l’Egypte pour appuyer ses enjeux qui consistent à propulser Al-Assad hors de la présidence syrienne. D’ailleurs, le Caire devrait accueillir ce mardi une réunion relative au conflit syrien entre les ministres des Affaires étrangères de l’Egypte, l’Iran, la Turquie et l’Arabie Saoudite. Mais la première réunion de ce quartet se déroulera finalement sans le ministre saoudien. Aucune information officielle n’a été transmise quant à cette absence.

Le gouvernement iranien, contrairement à celui de l’Egypte, la Turquie et l’Arabie Saoudite, soutient le président syrien membre de la communauté alaouite, une branche du chiisme. Les spécialistes de la région estiment peu probable une entente au sein de ce groupe voulu par le président Morsi. Mais l’initiative illustre toutefois la volonté de l’Egypte de se replacer au centre de la diplomatie régionale.

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