Hosni Moubarak : 11-Février, le Jour du départ

La rue a finalement obtenu le départ du président égyptien Hosni Moubarak. Après 30 ans de pouvoir, son vice-président Omar Souleimane a annoncé ce vendredi que le raïs renonçait « à ses fonctions de président de la République ». La veille au soir, le chef de l’Etat égyptien avait indiqué qu’il lui transférait ses pouvoirs sans annoncer une démission dont la rumeur s’était propagée toute la journée. Les manifestants de la Place Tahrir célèbrent ce vendredi leur victoire après 18 jours d’occupation. Mais l’armée garde la main.

Hosni Moubarak « a décidé de renoncer à ses fonctions de président de la République », a déclaré ce vendredi Omar Souleimane, le vice-président égyptien. Il a également annoncé que le Conseil militaire suprême serait en charge des affaires publiques. La démission d’Hosni Moubarak, qui a quitté le Caire avec sa famille pour Charm el-Cheikh, intervient au lendemain d’un discours qui a provoqué la colère de millions d’Egyptiens qui protestent depuis le 25 janvier contre son régime. Ils avaient attendu toute la journée une intervention dans laquelle la rumeur avait indiqué que le raïs annoncerait sa démission. Ce ne fut pas le cas. Hosni Moubarak s’est contenté de réaffirmer qu’il ne serait pas candidat aux prochaines élections et assumerait ses fonctions jusqu’à la fin de son mandat en septembre prochain. A la fin de son intervention, les manifestants de la Place Tahrir avaient lancé leurs chaussures en signe de colère.

L’attitude de Moubarak avait également surpris les Américains, qui ont paru désarmés par la tournure des évènements en Egypte à maintes reprises. Leon Panetta, le chef de la CIA, les services secrets américains, avait estimé jeudi qu’il y avait «une forte probabilité que Moubarak démissionne ce (jeudi) soir » lors d’une audition au Congrès. «Je ne connais pas les détails de la façon dont cela se passerait mais je pense qu’il transmettra la plupart de ses pouvoirs (au vice-président Omar) Souleimane pour qu’il dirige le pays et mène à bien les réformes que nous espérons voir mises en œuvre », avait-il poursuivi. La suite des évènements feront dire à l’éditorialiste David Ignatius dans le Washington Post, cité par l’AFP, que la CIA n’avait pas compris le « monde des contestaires ».

La transition « démocratique » avec Omar Souleimane

Après le dernier discours de Moubarak, le retournement de situation que vit aujourd’hui l’Egypte est une surprise pour les observateurs. En révolte depuis 18 jours, les manifestants de la Place Tahrir ont enfin obtenu le départ d’Hosni Moubarak avec le soutien de l’armée, qui avait annoncé jeudi, qu’elle sauvegarderait aussi bien les droits du peuple égyptien que celui du pays lui-même. Son attitude avait déçu les Egyptiens après l’intervention du raïs qui ne semblait pas vouloir renoncer au pouvoir. Les Frères musulmans, la principale force d’opposition du pays, craignaient eux, ce jeudi, un coup d’Etat militaire après le départ du chef de l’Etat égyptien. Alors qu’Hosni Moubarak a quitté le Caire, l’Egypte est aujourd’hui aux mains des militaires et d’Omar Souleimane.

Pour les Etats-Unis et Israël, l’ancien patron des renseignements égyptiens, est le meilleur choix pour succéder à Hosni Moubarak. Omar Souleimane est un anti-islamiste au fait du dossier israélien. Pour de nombreux observateurs, il n’est pourtant pas l’homme qui apportera la démocratie en Egypte, notamment à cause de son passé de tortionnaire. Celui que certains surnomment « L’homme de la CIA au Caire » aurait activement participé à un programme des services secrets américains visant à enlever des suspects de terrorisme dans le monde. A l’instar de sa nomination comme vice-président qui n’avait pas convaincu, l’accession d’Omar Souleimane à la tête du pays pourrait apparaître comme une demi-victoire pour les Egyptiens, qui anticipaient jeudi soir dans la joie Place Tahrir, le départ d’Hosni Moubarak. Ce sentiment avait fait place à une grande colère qui s’est de nouveau transformé en liesse ce vendredi, le véritable « Jour du départ ».