Niger : le général Tiani prône une réappropriation nationale des ressources minières


Lecture 3 min.
Abdourahmane Tiani, président de la Transition du Niger
Abdourahmane Tiani, président de la Transition du Niger

Le général Abdourahamane Tiani a livré un discours marathon pour définir les priorités de la transition nigérienne. Entre accusations contre la France et promesse de souveraineté économique, le chef de la junte affiche une ligne ferme. La réappropriation des ressources minières, notamment l’uranium, s’impose comme un axe central. Ce repositionnement confirme la rupture diplomatique engagée par Niamey.

Dans une allocution fleuve de plus de trois heures retransmise sur les ondes de la Radio Télévision d’État (RTN), le président du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), le général Abdourahamane Tiani, a dressé un état des lieux sans concession de la nation nigérienne. Entre critiques acerbes envers l’ancienne puissance coloniale et ambitions économiques renouvelées, le chef de l’État a tracé les contours d’une transition qui se veut avant tout une quête de dignité et de contrôle absolu sur les richesses du sous-sol.

Des accusations de déstabilisation portées contre Paris

Le volet sécuritaire a occupé une place centrale dans l’intervention du général Tiani. Revenant sur l’attaque ayant visé l’aéroport de Niamey, le chef de la junte a fermement contesté la version officielle attribuant l’acte à des groupes djihadistes classiques. Selon ses analyses, l’opération n’était pas le fait de l’EIGS ou du Jnim, mais plutôt l’œuvre d’un conglomérat de mercenaires agissant sous influence étrangère.

Le général a explicitement pointé du doigt la France, l’accusant d’avoir financé cette opération dont le but aurait été de neutraliser les capacités aériennes du Niger. Cette rhétorique marque une nouvelle étape dans la rupture diplomatique entre Niamey et Paris, le pouvoir nigérien dénonçant une volonté persistante de nuire à la montée en puissance de l’armée nationale dans sa lutte pour la stabilité du Sahel.

La longue marche vers la réappropriation des ressources

Au-delà de la poudre et du fusil, c’est sur le terrain de l’économie que le général Tiani a porté ses réflexions les plus stratégiques. Interrogé sur la cherté de la vie et l’impact réel des richesses naturelles sur le quotidien des populations, il a fait preuve d’une franchise notable. Le dirigeant a admis que le Niger n’est pas encore maître à 100 % de ses ressources, qu’il s’agisse du pétrole ou de l’uranium, ce dernier étant historiquement lié à l’exploitation par le groupe français Orano.

Le processus de réappropriation est désormais enclenché, mais le chef de la transition a tenu à tempérer les attentes immédiates. Il prévient que ce chemin vers la pleine souveraineté sera long et complexe. L’idée d’une gestion plus nationale de l’uranium reste au cœur des préoccupations, suggérant que les futurs partenariats, y compris avec les acteurs historiques, devront impérativement se plier aux nouvelles exigences de Niamey en matière de retombées économiques directes pour le peuple.

Un changement de paradigme diplomatique au Sahel

Le discours du général Tiani confirme la volonté du Niger de diversifier ses alliances. En fustigeant ce qu’il nomme les laquais ouest-africains de la France, il réaffirme l’ancrage du pays dans une dynamique de rupture avec les schémas de coopération hérités de l’ère coloniale. Cette transition ne se limite plus à un simple changement de régime, mais s’apparente à une refonte globale de la politique étrangère nigérienne.

Sidoine
Sidoine observe, écoute et raconte l’Afrique telle qu’elle se vit au quotidien. Sur Afrik.com, il mêle récits, portraits et analyses pour donner chair aux événements et aux débats qui animent le continent
Newsletter Suivez Afrik.com sur Google News