
Le différend entre le Niger et le groupe français Orano connaît une nouvelle escalade judiciaire. Après avoir nationalisé l’une des principales filiales minières du géant de l’uranium, les autorités nigériennes annoncent désormais leur intention d’engager des poursuites contre l’entreprise, en invoquant notamment des dommages environnementaux et économiques liés à plusieurs décennies d’exploitation.
Depuis plusieurs mois, le bras-de-fer entre l’État nigérien et Orano ne cesse de s’intensifier. En juin dernier, les autorités ont acté la nationalisation de la Société des mines de l’Aïr (Somair), l’un des piliers historiques de la production d’uranium du pays. Cette décision, justifiée par le gouvernement comme un acte de souveraineté économique, a été immédiatement contestée par le groupe français, qui considère toujours détenir des droits légitimes sur les actifs et les stocks d’uranium du site. La nouvelle offensive judiciaire annoncée en ce début février marque toutefois un tournant.
Déchets issus de l’exploitation de l’uranium
Le ministre nigérien de la Justice, Alio Daouda, a confirmé la mise en place d’un comité d’experts chargé de rassembler des éléments techniques, scientifiques et juridiques afin d’étayer les accusations portées contre Orano. Selon les autorités, l’objectif est de démontrer l’existence de « préjudices subis par le Niger », en particulier sur le plan environnemental, mais aussi économique et sanitaire. Au cœur des accusations figure la gestion des déchets issus de l’exploitation de l’uranium. Le gouvernement nigérien affirme que certaines zones autour des sites miniers auraient été durablement contaminées par des résidus radioactifs et des substances toxiques, affectant les sols, l’air et parfois les ressources en eau.
Des terres agricoles auraient été rendues impropres à la culture, tandis que des populations locales dénoncent depuis des années des problèmes de santé qu’elles associent à l’activité minière. Ces griefs, longtemps relayés par des ONG environnementales, sont désormais repris officiellement par l’État. Sur le plan judiciaire, le dossier est déjà complexe. Deux procédures distinctes sont actuellement en cours autour du stock d’uranium de la Somair. Orano affirme rester propriétaire de ces réserves, tandis que Niamey considère qu’elles relèvent désormais du patrimoine national à la suite de la nationalisation.
Enquête pour vol en bande organisée
Un contentieux est pendant devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (Cirdi), une juridiction arbitrale souvent saisie dans les litiges opposant États et multinationales. En parallèle, une procédure est également engagée devant la justice française. En France, l’affaire a pris une dimension pénale inattendue. En décembre, le parquet de Paris a ouvert une enquête pour vol en bande organisée, soupçonnant une appropriation illégale d’uranium dans un contexte géopolitique sensible.
Cette enquête vise à déterminer si des infractions ont été commises « dans le but de servir les intérêts d’une puissance étrangère », une qualification lourde de conséquences. Ce développement montre combien le dossier touche aux relations diplomatiques entre Paris et Niamey. Depuis les changements politiques intervenus ces dernières années, plusieurs pays de la région affichent une volonté de renégocier, voire de rompre, des accords conclus avec des groupes étrangers dans les secteurs stratégiques.
Agir dans le cadre des accords conclus avec l’État
L’uranium occupe une place centrale dans cette stratégie, car il constitue l’une des principales richesses du sous-sol nigérien et une importe source de revenus potentiels pour l’État. Pour Orano, l’enjeu est considérable. Le groupe, qui exploite l’uranium nigérien depuis plusieurs décennies, voit sa présence historique remise en cause. Contactée après les dernières annonces de Niamey, l’entreprise n’a pas souhaité réagir publiquement, se contentant jusque-là de défendre ses droits par la voie judiciaire. Elle a régulièrement affirmé respecter les normes environnementales internationales et agir dans le cadre des accords conclus avec l’État nigérien.





