Film anti-islam : colère noire dans le monde musulman

Les protestations contre un film dénigrant l’Islam se poursuivent ce vendredi dans les capitales musulmanes. Par ailleurs, les recherches sur l’identité réelle du réalisateur se sont éclaircies. Il s’agirait d’un copte de 54 ans, un certain Nakoula Basseley Nakoula qui vit dans la banlieue de Los Angeles.

Deux jours après le coup de buzz médiatique autour d’un film hostile à l’Islam, les protestations se poursuivent ce vendredi dans les pays musulmans. Celles-ci ont atteint leur apogée mercredi lors de l’attaque de l’ambassade américaine à Benghazi, en Libye, ayant entraîné la mort de son ambassadeur. L’aéroport à Benghazi a été fermé pour des raisons de sécurité. Les contestations ont également pris une tournure violente jeudi avec la mort de quatre personnes et trente-quatre blessés au Yémen, où l’ambassade américaine a été attaquée. Des rassemblements ont eu lieu notamment au Maroc, en Irak, en Iran et à Gaza. Le risque d’une montée en puissance de contestation en Asie est très présent. Les surveillances aux abords des missions diplomatiques américaines se sont renforcées ce vendredi, jour de prêche et de grande prière hebdomadaire, dans les pays musulmans.

En Egypte, les heurts se sont poursuivis durant toute la journée de jeudi aux alentours de l’ambassade américaine. Selon le ministère égyptien de la Santé, plus de deux-cents personnes ont été blessées au Caire. Le président égyptien, Mohamed Morsi, a condamné les « atteintes » au prophète Mohammed, rejetant par ailleurs toute forme de violence. « J’appelle tout le monde à (…) ne pas agresser les ambassades », a précisé M. Morsi, des manifestations « pacifiques » sont prévues ce vendredi. Plusieurs pays comme l’Indonésie, le Pakistan, l’Afghanistan ou encore l’Egypte ont demandé à Youtube de Bloquer l’accès au film.

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon est « profondément troublé » par ces excès de violence à Benghazi et dans d’autres régions du monde musulman. Mais il a tenu à condamner « le film haineux » qui selon lui « semble avoir été délibérément conçu pour semer le sectarisme et provoquer une effusion de sang ».

Mystère autour d’un film « haineux »

A l’origine de ce remue-ménage sans précédent, un certain Sam Bacile qui se présente comme un Américano-israëlien. Mais selon la presse américaine qui l’aurait identifié, il s’agirait d’un copte de 54 ans, Nakoula Basseley Nakoula, vivant dans la banlieue de Los Angeles. Il serait le producteur et le réalisateur du film Innocence of Muslims (L’innocence des musulmans, ndlr), à l’origine de la contestation. Ce dernier, qui vit désormais sous protection policière, tourne en dérision le prophète Mohammed. Les réactions, parfois violentes, rappellent le tollé de colère déclenché en 2006 suite à la publication par un journal danois de caricatures sur le prophète de l’Islam. Nakoula Basseley Nakoula, alias Sam Bacile, serait connu par la justice. En 2010, il a été condamné à 21 mois de prison pour escroquerie bancaire, selon AP.

Pour réaliser ce film, il a affirmé avoir reçu cinq millions de dollars d’organisations juives. Chose étrange, les acteurs sont mauvais, l’histoire est inepte, le montage est catastrophique et les doublages grossiers. Par ailleurs, les acteurs du film estiment, dans le Los Angeles Times, avoir été bernés : « Les acteurs et toute l’équipe sont bouleversés et ont l’impression d’avoir été exploités par le producteur », écrit le quotidien national américain. « Nous sommes à 100 % contre ce film et avons été grossièrement trompés sur ses intentions et objectifs. (…) Nous sommes choqués par les réécritures radicales du scénario et les mensonges proférés à toutes les personnes impliquées ». L’une des actrices explique au site Gawker avoir répondu à une annonce pour un projet de film historique : Desert Warriro. Le tournage, dans lequel le nom de Mohammed n’aurait jamais dû apparaître, a eu lieu, entre autres, dans une église de Los Angeles où la cinquantaine de « comédiens » jouaient devant un écran vert. Les dialogues ont été modifiés après coup.

Hormis de déclencher une vague de contestation dans le monde musulman, quel est le but de donner aujourd’hui le coup de buzz d’un film qui était déjà diffusé depuis plusieurs mois ? Le film, censé être un long métrage, n’est plus qu’une vidéo de 14 minutes.

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