
Un nouveau bras de fer s’installe entre les enseignants sénégalais et les autorités publiques. À la suite des mouvements de grève observés ces dernières semaines, de nombreux agents de l’éducation ont découvert des diminutions importantes sur leur paie de février. Ces retenues, vivement contestées par les syndicats, ravivent les tensions dans un secteur déjà fragilisé par des revendications anciennes.
La crise sociale dans le secteur de l’éducation au Sénégal franchit un nouveau cap. Après plusieurs semaines de débrayages et de grèves totales, des centaines d’enseignants ont constaté des retenues significatives sur leurs salaires du mois de février. Une décision de l’État qui ravive les tensions et relance le débat sur le droit de grève, la légalité des ponctions et l’avenir du dialogue social dans l’école publique sénégalaise.
Des retenues salariales qui provoquent l’indignation
Les syndicats dénoncent des prélèvements jugés excessifs, tandis que le gouvernement assume une application stricte du principe « service non fait, salaire non dû ». Cette confrontation intervient dans un contexte économique marqué par des contraintes budgétaires. Mais aussi, par une accumulation de revendications portant sur les carrières, les retraites et la gestion administrative des personnels enseignants. Le secrétaire général du Syndicat autonome des enseignants du moyen-secondaire (SAEMS), El Hadji Malick Youm, parle de « prélèvements illégaux » et accuse l’État de chercher à renflouer ses caisses.
Selon lui, certains enseignants ont subi des coupes allant de 100 000 à 300 000 francs CFA, correspondant à plusieurs jours de grève observés en février. Du côté du Syndicat des enseignants libres du Sénégal (SELS), le constat est similaire. Son secrétaire général, Amidou Diédhiou, évoque des retenues comprises entre 50 000 et 281 000 francs CFA. Les syndicats parlent de mesure « disproportionnée » et redoutent un durcissement du climat social dans les établissements scolaires à l’approche des examens nationaux.
Le gouvernement assume le principe du « service non fait »
Face aux accusations, le ministre de la Fonction publique, Olivier Boucal, a confirmé la réalité des ponctions. Dans une interview accordée au quotidien L’Observateur, il rappelle que le droit de grève est garanti, mais qu’il entraîne mécaniquement la suspension de la rémunération correspondant aux jours non travaillés. Le ministre insiste sur le respect du cadre légal en vigueur dans la fonction publique sénégalaise. Selon lui, il ne peut être question de parler de « vol » ou de « banditisme d’État » lorsque l’administration applique une règle prévue par les textes.
Il promet toutefois des régularisations pour les enseignants qui n’auraient pas participé au mouvement et qui auraient été injustement impactés. Carrières, retraites et lenteurs administratives au cœur du conflit Au-delà des retenues salariales, le malaise est plus profond. Les enseignants mobilisés réclament la correction d’irrégularités dans l’évolution de leurs carrières, la prise en compte d’années de service non validées et l’accélération des procédures de promotion. Ils dénoncent également des lenteurs administratives dans la signature des actes et la régularisation des situations individuelles.
Des ponctions sur salaire en Guinée et au Mali
La question des retraites constitue un autre point sensible. Plusieurs syndicats estiment que certains enseignants partent avec des pensions ne reflétant pas fidèlement leur parcours professionnel. Dans un système éducatif qui compte des dizaines de milliers d’agents, ces frustrations alimentent un climat de défiance vis-à-vis de l’administration centrale. Ailleurs en Afrique, des cas similaires sont vécus. En Guinée et au Mali, des grèves d’enseignants ont également conduit à des retenues sur salaires. Ce qui a provoqué des bras de fer similaires avec les autorités.
Au Nigeria, des syndicats universitaires ont plusieurs fois paralysé les cours pour exiger de meilleures conditions salariales et un financement accru de l’éducation publique. Le gouvernement sénégalais affirme ne pas être fermé au dialogue, mais appelle à éviter toute « surenchère ». La satisfaction des revendications, selon les autorités, dépend aussi des marges financières disponibles. Les syndicats, eux, menacent de nouvelles actions pouvant « paralyser » les activités pédagogiques si aucune solution concrète n’est trouvée.




