Sénégal : prisons au bord de l’asphyxie, la surpopulation carcérale atteint des niveaux critiques


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Prisons de côte d'ivoire
Prisons de côte d'ivoire

Le système pénitentiaire sénégalais fait face à une crise structurelle marquée par une surpopulation carcérale record et un manque criant de ressources humaines. Selon les données de l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD), les prisons du pays affichent un taux d’occupation de 140%, avec de fortes disparités régionales.

A Dakar,

Selon les données publiées par l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD) dans son rapport 2024 sur la situation économique et sociale, le pays dispose de 37 établissements pénitentiaires répartis entre maisons d’arrêt, maisons de correction, camps pénaux et MAC. Une cartographie des prisons qui révèle de profondes disparités territoriales et fait ressortir une forte pression carcérale dans plusieurs régions stratégiques.

Dakar, Kédougou, Saint-Louis : des disparités régionales marquées

Avec une capacité officielle de 9 768 places pour 13 685 détenus recensés en 2024, le taux d’occupation national atteint 140%. Autrement dit, pour 100 places disponibles, 140 personnes sont incarcérées. La région de Dakar concentre à elle seule plus d’un cinquième des infrastructures pénitentiaires du pays. Pourtant, la capitale affiche un taux d’occupation de 166%, bien au-dessus de la moyenne nationale.

La situation est encore plus critique à Kédougou, où le taux avoisine 195%. Un record national qui met en évidence l’ampleur du phénomène de surpopulation carcérale. D’autres régions comme Saint-Louis (178%), Kaffrine (160%), Diourbel (159%) et Thiès (157%) dépassent largement le seuil critique de 100%. À l’inverse, Sédhiou (93%), Fatick (91%) et Ziguinchor (56%) restent en dessous de la capacité maximale. Ces écarts traduisent une répartition inégale des détenus. Ils soulèvent aussi le problème de l’efficacité des politiques de transfert et d’aménagement des peines.

Un personnel pénitentiaire sous pression

En 2024, le personnel pénitentiaire sénégalais comptait 2 244 agents, dont 83,9% d’hommes et 16,1% de femmes. Les surveillants constituent l’écrasante majorité des effectifs avec plus de 86%, suivis par les agents administratifs et les contrôleurs. La faible représentation féminine demeure une constante dans toutes les catégories professionnelles.

Le ratio actuel est particulièrement préoccupant : un surveillant pour 11 détenus. Or, les standards internationaux recommandés par les Nations unies préconisent un agent pour deux détenus afin d’assurer sécurité, encadrement et respect des droits fondamentaux. Ce déficit structurel complique la gestion quotidienne des établissements et accroît les risques de tensions, d’évasions ou de violences internes.

Santé, réinsertion et conditions de détention

La surpopulation carcérale impacte directement l’accès aux soins, à l’hygiène et aux programmes de réinsertion. Dans plusieurs établissements, la promiscuité favorise la propagation de maladies infectieuses et rend difficile l’organisation d’activités éducatives ou professionnelles. Les maisons d’arrêt, censées accueillir des prévenus pour de courtes durées, hébergent parfois des détenus sur de longues périodes en raison de lenteurs judiciaires.

Le recours encore limité aux peines alternatives, telles que les travaux d’intérêt général ou le bracelet électronique, contribue à maintenir une pression élevée sur les infrastructures existantes. Des réformes sont régulièrement évoquées pour réduire la détention préventive. Celle-ci représentant une part importante de la population carcérale au Sénégal.

Une problématique partagée en Afrique de l’Ouest

Le Sénégal n’est pas un cas isolé. En Côte d’Ivoire, la Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan (MACA) est régulièrement citée pour son taux de surpopulation élevé. Au Nigeria, plusieurs prisons fonctionnent à plus de 150% de leur capacité. Tandis qu’au Ghana, les autorités ont engagé, ces dernières années, des programmes de désengorgement par des grâces présidentielles et des réformes judiciaires.

Le Kenya a entrepris des initiatives pilotes de numérisation des procédures judiciaires. Cela a permis d’accélérer le traitement des dossiers et de réduire la détention provisoire. Au Rwanda, des politiques de travaux communautaires ont été mises en avant. C’est le cas des alternatives à l’incarcération pour certaines infractions mineures. Ces expériences offrent des pistes de réflexion pour les autorités sénégalaises appelés à désengorger les prisons.

Alioune Diop
Une plume qui balance entre le Sénégal et le Mali, deux voisins en Afrique de l’Ouest qui ont des liens économiques étroits
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