
Le bilan humain s’alourdit après plusieurs semaines d’intempéries d’une intensité exceptionnelle. Des milliers de familles ont dû abandonner leurs habitations et les infrastructures subissent de lourds dégâts. Les autorités redoutent une aggravation de la situation dans de nombreux comtés.
Le Kenya s’enfonce dans une crise humanitaire majeure. Depuis le début du mois de mars, des pluies torrentielles et des crues soudaines frappent le pays avec une violence rare et laissent derrière elles un sillage de désolation. Selon le dernier bilan communiqué par le ministère de l’Intérieur ce 30 mars 2026, la barre symbolique des 110 décès a été franchie. Ce chiffre, qui ne cesse de croître, témoigne de l’ampleur d’une catastrophe qui touche désormais 30 des 47 comtés que compte la nation est-africaine.
La capitale et les régions rurales sous les eaux
Nairobi paie le tribut le plus lourd à cette saison des pluies dévastatrice. Dans la capitale administrative, les inondations subites ont coûté la vie à 37 personnes et piégé les habitants dans des zones urbaines au drainage saturé. La situation n’est guère plus clémente à l’intérieur des terres : les régions de l’Est et la vallée du Rift enregistrent respectivement 26 et 14 victimes. Au-delà des pertes humaines, ce sont des milliers de vies qui basculent, avec plus de 6 900 familles contraintes d’abandonner leurs foyers pour trouver refuge dans des centres d’accueil temporaires, souvent dans des conditions précaires.
Des infrastructures vitales et des terres agricoles balayées
Le réseau logistique du Kenya subit des dommages considérables et isole ainsi certaines localités du reste du monde. La semaine dernière, la rivière Nyando est sortie de son lit dans l’ouest du pays, submergeant le pont d’Ahero. Ce viaduc est pourtant un point de passage névralgique sur la route commerciale menant vers l’Ouganda. Parallèlement, le fleuve Tana, artère vitale du pays, a inondé des centaines d’hectares de cultures dans la région centrale. Cette destruction massive des récoltes laisse craindre une crise alimentaire à moyen terme pour les populations locales, déjà éprouvées par les intempéries.
Entre urgence humanitaire et critiques sur la gestion environnementale
Sur le terrain, la Croix-Rouge kényane multiplie les interventions périlleuses. Récemment, les secouristes ont dû évacuer en urgence 900 élèves d’une école de filles à Ahero, ainsi que des centaines de têtes de bétail. Si le gouvernement pointe du doigt la responsabilité du changement climatique pour justifier l’intensité inédite de ces précipitations, des voix discordantes s’élèvent. L’organisation Greenpeace rappelle que la déforestation massive, avec environ 85 000 hectares d’espaces boisés perdus chaque année au Kenya, aggrave considérablement le ruissellement des eaux et l’érosion des sols. Cette situation rend le pays plus vulnérable à chaque saison des pluies.
Un risque sanitaire persistant malgré l’accalmie des pluies
Bien que les services météorologiques notent un léger recul des précipitations dans certaines zones, l’alerte reste maximale. Les sols sont désormais totalement saturés, ce qui augmente le risque de nouvelles crues au moindre orage. Les autorités se concentrent désormais sur la prévention des épidémies liées aux eaux stagnantes. Elles lancent un appel pressant à la solidarité nationale et internationale. La reconstruction des infrastructures électriques et routières s’annonce longue et coûteuse, alors que le pays tente de panser les plaies de l’une des catastrophes naturelles les plus meurtrières de ces dernières années.




