
Face à l’escalade des tensions au Moyen-Orient, le Kenya prépare un vaste plan de rapatriement pour ses ressortissants. Nairobi envisage le retour de près de 500 000 citoyens installés dans les pays du Golfe et en Iran. L’opération, d’un coût estimé à plusieurs millions d’euros, soulève déjà des débats politiques.
Le gouvernement kenyan se prépare à une opération humanitaire et logistique d’une ampleur sans précédent. Jeudi 19 mars, le ministère des Affaires étrangères a officiellement sollicité l’aval du Parlement pour débloquer une enveloppe de 400 millions de shillings, soit environ 2,5 millions d’euros. Cette somme doit servir à organiser le retour au pays des Kenyans bloqués dans les États du Golfe et en Iran, alors que les tensions militaires embrasent la région. Pour Nairobi, il s’agit de protéger une diaspora estimée à près d’un demi-million de personnes, dont beaucoup se retrouvent aujourd’hui aux premières loges des conflits.
Une main-d’œuvre exposée aux vents de la guerre
Depuis plusieurs années, le Kenya a fait de l’exportation de main-d’œuvre vers le Moyen-Orient un pilier de sa politique économique. Chauffeurs, ouvriers de construction ou employés de maison, ces 500 000 expatriés constituent une force vive essentielle pour les transferts de fonds vers le pays. Cependant, cette proximité géographique avec les zones de combat transforme aujourd’hui cette opportunité en piège.
Sur les réseaux sociaux, des témoignages poignants se multiplient, comme ceux de Wafula, un ressortissant installé au Qatar qui diffuse des images de bombardements visibles depuis son domicile. Ces récits illustrent l’angoisse croissante d’une communauté qui se sent désormais vulnérable.
Un casse-tête logistique entre terre et air
Le rapatriement s’annonce comme une tâche titanesque selon Helen Gichuhi, haute responsable au ministère des Affaires étrangères. Les opérations de sauvetage ont déjà débuté dans la complexité la plus totale. Actuellement, un groupe de quinze personnes, incluant cinq enfants, tente de quitter l’Iran par voie terrestre.
Leur objectif est de traverser les frontières pour atteindre un aéroport en Turquie, d’où ils pourront enfin s’envoler vers Nairobi. Pour fluidifier ces retours, le gouvernement compte s’appuyer sur la compagnie nationale Kenya Airways, qui a déjà programmé des vols spéciaux vers Dubaï afin de servir de hub d’évacuation pour les citoyens les plus proches.
Une facture qui divise la classe politique
Malgré l’urgence humanitaire, le coût de l’opération suscite de vifs débats au sein de l’hémicycle. L’opposition, portée par le député Yussuf Hassan Abdi, s’interroge sur les capacités réelles du Trésor public à financer un tel déploiement. Certains élus soulignent que même des puissances mondiales comme les États-Unis n’ont pas engagé de rapatriements massifs de cette envergure, appelant le Kenya à reconnaître ses limites budgétaires.
Face à ces critiques, le ministère a instauré des critères de priorité stricts : les enfants, les familles et les personnes souffrant de problèmes de santé seront les premiers à bénéficier du pont aérien, le gouvernement naviguant entre devoir de protection et rigueur financière.



