Sommet « Africa Forward » : Paris et Nairobi ouvrent une nouvelle ère diplomatique


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Africa Forward 2026
Africa Forward 2026

Pour la première fois depuis 1973, le sommet Afrique-France se tient hors de l’espace francophone. Les 11 et 12 mai 2026 à Nairobi, la France affiche sa volonté de refonder ses relations avec le continent en se tournant vers les puissances anglophones et les économies émergentes.

En accueillant le sommet rebaptisé « Africa Forward : partenariats pour l’innovation et la croissance », le Kenya s’impose comme l’épicentre d’une diplomatie française en pleine recomposition. Emmanuel Macron y affirme sa volonté de rompre avec le traditionnel « pré carré » francophone, dans une Afrique où les équilibres géopolitiques et économiques se redessinent à grande vitesse.

Face à une contestation croissante de son influence en Afrique de l’Ouest et centrale, la France cherche désormais à diversifier ses alliances et à renforcer sa présence dans des régions dynamiques, moins marquées par son histoire coloniale.

Nairobi, vitrine de l’Afrique émergente

Hub technologique majeur et locomotive économique de l’Afrique de l’Est, le Kenya incarne le profil de partenaire que Paris entend désormais cultiver. Ce pivot hors de la zone francophone traduit une rupture revendiquée avec une relation longtemps centrée sur les anciennes colonies.

Le sommet s’articulera autour de deux temps forts. Le 11 mai sera consacré à un forum économique réunissant près de 2 000 chefs d’entreprise, investisseurs et innovateurs africains et français. Le lendemain, une séquence politique de haut niveau rassemblera plus de 30 chefs d’État autour des grands enjeux internationaux.

Financement, énergie, numérique : les chantiers du sommet

La réforme de l’architecture financière internationale figure parmi les priorités affichées. William Ruto et Emmanuel Macron partagent une même lecture sur la nécessité de faciliter l’accès des pays africains à des financements moins coûteux.

Les discussions porteront également sur la transition énergétique, la croissance verte et l’économie bleue, dans la continuité du Sommet africain sur le climat organisé à Nairobi. D’autres secteurs stratégiques seront abordés, notamment la santé, l’intelligence artificielle et l’agriculture durable, avec un accent mis sur les partenariats public-privé.

Reste que cette ouverture vers l’Afrique anglophone intervient dans un contexte tendu, marqué par un sentiment anti-français persistant dans plusieurs pays du Sahel. Pour l’Élysée, suite à l’accord de défense signé avec le Kenya en avril dernier, l’enjeu sera de donner une traduction concrète aux engagements.

Pour la France, le sommet de Nairobi constitue un test de crédibilité sur un terrain qu’elle n’a pas façonné. Ce sont la solidité de ses propositions économiques et la réalité de ses engagements financiers qui diront si ce tournant diplomatique tient au-delà du symbole.

Franck Biyidi
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Franck Biyidi est diplômé de l'IRIC (Institut des Relations Internationales du Cameroun) je suis spécialiste des relations internationales au sein de la Francophonie et de l'Union Africaine et de tout ce qui touche la diplomatie en Afrique francophone
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