Comment l’Afrique pourrait devenir l’Eldorado des énergies renouvelables


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Energie solaire dans le Sahara Algérien
Energie solaire dans le Sahara Algérien

En 2024, les énergies renouvelables, éolien, solaire, géothermique et hydroélectrique, ne représentaient que 25% du mix énergétique du continent. Loin de la moyenne mondiale estimée à 41%. Pourtant, l’Afrique dispose d’atouts uniques. C’est pourquoi cette marge de progression attire aujourd’hui de plus en plus d’investisseurs privés.

Le potentiel du continent en termes de production électrique grâce aux énergies renouvelables est colossal grâce à sa géographie, à sa superficie et à son relief. L’Afrique jouit de 60% des ressources d’énergies solaires de la planète et pourrait ainsi produire jusqu’à 1,5 million de TWh par année. L’éolien n’est pas en reste, son potentiel est estimé autour de 72000GW. Et c’est la même chose pour la géothermie ou l’hydroélectricité : non seulement l’Afrique pourrait être totalement autosuffisante, mais elle pourrait même être excédentaire et exporter son électricité.

Un potentiel largement sous-exploité

Aujourd’hui, le continent africain n’exploite en effet qu’une infime partie de son potentiel. Et c’est d’autant plus incongru sachant que 600 millions de personnes (sur environ 1,5 milliard d’habitants) n’ont toujours pas accès à l’électricité. Toutes filières confondues, l’Afrique ne produirait que 60 à 70GW d’électricité par an, selon les chiffres de l’agence Ecofin. Soit 0,004% de l’énergie solaire possible, 0,01% de l’énergie éolienne, 6% des ressources potentielles en géothermie et 17% en hydroélectricité. La marge de progression est donc extraordinaire. Reste à résoudre le problème central pour faire décoller le secteur des énergies renouvelables, la question des investissements. L’Afrique aurait besoin de 200 milliards de dollars par an, elle n’en concentre que 40, soit seulement 3% des investissements mondiaux dans le domaine.

Pourtant, plusieurs grandes institutions internationales poussent en faveur du continent. La Banque africaine du développement (AfDB), la Banque mondiale (BM) ou encore la Banque européenne d’investissement (BEI) ont mis en place des programmes de financement et d’investissement. L’AfDB et la BM ont par exemple joint leurs efforts dans des initiatives régionales, comme par exemple celle destinée à onze pays du Sahel (Burkina Faso, Djibouti, Erythrée, Ethiopie, Mali, Mauritanie, Niger, Nigeria, Sénégal, Soudan et Tchad). Objectif : produire 10GW d’énergie solaire afin d’alimenter 250 millions de personnes en énergie propre. Ce projet baptisé Initiative Desert-to-Power est considéré par le Dr Akinwumi Adesina, président de l’AfDB, comme le « baobab » des projets d’énergies vertes en Afrique.

Quand les opérateurs privés investissent

Au cours des années 2016-2022, l’AfDB s’était déjà engagée sur la voie du financement des projets énergétiques avec un budget de 8,3 milliards de dollars, dont 87% destinés à la production d’électricité verte. Mais un constat s’impose : on est loin du compte. Si les pouvoirs publics – gouvernements, instances internationales, etc. – sont là pour donner l’impulsion nécessaire aux grands projets, ils ne peuvent faire l’économie du soutien du secteur privé, qui a lui tout intérêt à investir dans des projets liés à la transition énergétique.

Plusieurs opérateurs privés spécialistes des investissements verts l’ont bien compris. C’est le cas notamment de l’entreprise française Meridiam qui a déjà massivement investi dans des projets significatifs, comme le parc éolien de Kipeto au Kenya, le Rift Valley Energy (RVE) en Tanzanie ou différents projets solaires au Sénégal ou au Togo. « Le continent africain a des besoins et des ressources, assure Mete Saraçoğlu, directeur Afrique chez Meridiam. Il y a des projets à construire, mais aussi des infrastructures à réhabiliter et à réinscrire dans la vie économique des pays. On peut retenir trois grands sujets prioritaires en termes d’infrastructures en Afrique : la transition énergétique, la mobilité durable et les infrastructures critiques. Quand je parle de transition énergétique, cela touche aussi bien à la production d’énergie décarbonée qu’au traitement des déchets ou à la production de l’eau. » Plusieurs nouveaux projets sont sur la table, comme le plus grand projet éolien d’Afrique, en Égypte, destiné à produire 1100MW d’électricité. Annoncé en 2025, ce programme mobilise plus d’un milliard de dollars.

Meridiam n’est évidemment pas le seul acteur privé à creuser ce sillon. Le Royaume-Uni est lui aussi très attentif au développement des énergies renouvelables. Lancé en 2007 par Berkeley Energy, l’Africa Renewable Energy Fund II a déjà financé des projets en Angola, au Kenya, au Cameroun, au Malawi ou en Zambie. L’un des principaux bailleurs dans ces projets est le British International Investment (BII). « BII est un partenaire de longue date pour les nations africaines et la communauté d’entrepreneurs et de chefs d’entreprise de renommée mondiale du continent, avance Chris Chijiutomi, directeur Afrique du BII. Nos performances d’investissement en 2024 témoignent de notre engagement indéfectible à soutenir les entreprises africaines à un moment où investir pour créer des emplois de qualité et réduire la dépendance à l’aide internationale. Relever le défi de l’urgence climatique est plus vital que jamais. ».

Les partenariats public-privé : la clé du succès

D’autres opérateurs privés sont eux aussi impliqués sur le continent, comme le fonds d’investissements danois Investment Fund for Developing Countries (IFU) ou les entreprises kenyanes Serengeti Energy Limited et CrossBoundary Energy qui investissent – c’est à noter – dans d’autres pays africains. Et la plupart s’impliquent dans de nouveaux projets au sein de partenariats public-privé (PPP). En janvier dernier, Serengeti Energy Limited a ainsi bouclé le financement d’un nouveau projet de centrale solaire en Zambie, pour 26 millions de dollars. Pour son PDG Anton-Louis Olivier, ce nouvel actif réunissant acteurs privés et institutions de financement publiques démontre que le marché de la production d’électricité peut « attirer les investissements privés, réduire la dépendance aux garanties gouvernementales et renforcer la sécurité énergétique dans toute la région ».

Comme pour de nombreux secteurs d’activités gourmands en investissements, les PPP offrent en effet des garanties pour toutes les parties prenantes. « Le concept de partenariat public-privé, c’est comme un mariage de 25 ou 30 ans, puisque c’est généralement la durée sur laquelle nous allons investir sur un projet, explique Mete Saraçoğlu chez Meridiam. La clé de la réussite réside précisément dans le fait d’associer les gouvernements au développement des projets, y compris en termes de participation au capital. » C’est une évidence, les PPP vont permettre à d’autres projets de voir le jour et de se développer, tant le potentiel du continent africain dans les énergies renouvelables reste inexploité.

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