ODD : l’Afrique adopte la Déclaration d’Addis-Abeba, entre lucidité et volontarisme


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Les acteurs africains adoptent la Déclaration d’Addis-Abeba appelant à une action transformatrice pour les ODD et l’Agenda 2063
Les acteurs africains adoptent la Déclaration d’Addis-Abeba appelant à une action transformatrice pour les ODD et l’Agenda 2063

À quatre ans de l’échéance fixée par les Nations Unies, l’Afrique tire la sonnette d’alarme. Réunis à Addis-Abeba fin avril, ministres et experts ont adopté une déclaration appelant à des « actions transformatrices et coordonnées » pour rattraper un retard qui, sur plusieurs objectifs de développement durable, se creuse plutôt qu’il ne se comble.

La formule choisie comme titre de la déclaration finale est claire, il faut : « Inverser la tendance ». Au terme de la douzième session du Forum régional africain pour le développement durable, qui s’est tenue à Addis-Abeba du 28 au 30 avril 2026, les participants ont affiché un constat décevant. Les progrès sont lents sur douze des dix-sept Objectifs de développement durable (ODD), et en recul sur cinq d’entre eux. Ainsi, en 2030, date butoir fixée par l’Agenda onusien, le continent sera loin du compte si rien ne change structurellement.

Ce constat prend une résonance particulière alors que la fenêtre de tir se referme, que les crises s’accumulent, climatique, alimentaire, sécuritaire, et que le multilatéralisme traverse une phase de turbulences profondes. Le retrait américain de plusieurs mécanismes de financement climatique, la recomposition des équilibres au sein des institutions de Bretton Woods et la montée en puissance de créanciers alternatifs ont bouleversé les règles du jeu du financement du développement. Désormais, l’Afrique cherche à peser collectivement sur les grandes échéances à venir : Forum politique de haut niveau de l’ONU, Conférence sur l’eau, COP32 en Éthiopie.

Un bilan problématique

Les chiffres retenus dans la Déclaration d’Addis-Abeba sont malheureusement dramatiques pour les quelque 600 millions d’Africains qui n’ont toujours pas accès à une énergie fiable. Le déficit de financement annuel pour atteindre les ODD sur le continent est estimé entre 670 et 848 milliards de dollars. L’accès à l’eau potable et à l’assainissement reste une promesse non tenue pour des centaines de millions de personnes, en dépit de décennies d’engagements.

Le Forum a ciblé cinq ODD sous revue en 2026, eau, énergie, industrie, villes durables, partenariats, pour lesquels les ministres ont formulé des priorités concrètes. Sur l’énergie, l’accent est mis sur les solutions décentralisées et les renouvelables, jugés plus adaptés aux réalités géographiques du continent que les grands réseaux centralisés hérités d’un autre âge. Sur l’eau, la Déclaration plaide pour une meilleure gouvernance des ressources hydriques, dont la dimension stratégique comme facteur de paix autant que de croissance est encore trop souvent sous-estimée par les bailleurs.

Concernant l’industrie, les ministres ont insisté sur la nécessité de stratégies industrielles capables d’absorber les mégatendances : intelligence artificielle, transition énergétique, recomposition des chaînes d’approvisionnement mondiales. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) est présentée comme le cadre naturel pour développer des chaînes de valeur régionales, à condition que les infrastructures suivent.

La réforme financière, condition de tout le reste

Derrière chaque ODD revient la question du paiement. Les ministres ont appelé à une réforme en profondeur de l’architecture financière internationale inadaptée, voire jugée punitive pour les économies africaines, et soumises à des primes de risque qui renchérissent structurellement le coût de leur dette. L’opérationnalisation de l’Agence de notation de crédit africaine, mentionnée dans la Déclaration, répond précisément à cet enjeu. Ainsi, il s’agit de réduire la dépendance vis-à-vis des agences occidentales dont les évaluations pénalisent le continent.

La mobilisation des ressources internes, les marchés de capitaux en monnaie locale et les financements mixtes sont également mis en avant comme des leviers complémentaires d’une architecture qu’il faudra bien réformer de l’extérieur aussi.

À horizon 2030 et au-delà, la Déclaration d’Addis-Abeba doit aller au-delà du PIB comme étalon du progrès, et placer en son centre le financement, le transfert de technologies et l’inclusion des jeunes. Des ambitions que le continent a malheureusement déjà formulées par le passé.

Hélène Bailly
Spécialiste de l'actualité d'Afrique Centrale, mais pas uniquement ! Et ne dédaigne pas travailler sur la culture et l'histoire de temps en temps.
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