
Réunis à Nairobi pour le sommet Africa Forward, les dirigeants africains ont placé le coût du crédit au cœur des débats. Face à des taux d’emprunt jugés excessifs et à une perception du risque qui pénalise le continent, ils demandent une réforme de l’architecture financière internationale. Emmanuel Macron promet de porter ce dossier au prochain G7 d’Évian.
Au deuxième jour du sommet Africa Forward, organisé les 11 et 12 mai 2026 à Nairobi, un sujet a dominé les discussions, l’accès au crédit. Derrière cette question apparemment technique se joue une bataille beaucoup plus large, celle de la place de l’Afrique dans le système financier mondial.
Le crédit, nouveau front politique africain
Les dirigeants africains dénoncent depuis plusieurs années un paradoxe insupportable. Le continent affiche des besoins massifs en infrastructures, en énergie, en agriculture, en numérique ou en adaptation climatique. Mais lorsqu’il s’agit de financer ces projets, les États africains empruntent souvent plus cher que d’autres régions du monde. En cause : une perception du risque jugée excessive, alimentée par les agences de notation, les marchés financiers et les cadres d’analyse des grands bailleurs internationaux.
Le problème est que plus les États empruntent cher, moins ils peuvent investir. Ensuite, moins ils investissent, plus leur croissance reste contrainte et plus ils restent considérés comme risqués. À Nairobi, plusieurs responsables africains ont donc plaidé pour une révision des mécanismes qui déterminent le coût de l’argent. L’objectif est de changer les règles qui encadrent l’acès aux financements.
Un sommet africain, mais un message adressé au G7
Coorganisé par le Kenya et la France, le sommet Africa Forward se veut aussi un moment politique. Emmanuel Macron ya affiché son soutien à la demande africaine en proposant de porter ce dossier au sommet du G7, prévu du 15 au 17 juin 2026 à Évian-les-Bains.
L’idée avancée à Nairobi repose notamment sur la création ou le renforcement de mécanismes de garantie capables de réduire le risque pris par les investisseurs. Si une partie des premières pertes potentielles est couverte par des acteurs publics ou multilatéraux, les capitaux privés peuvent être mobilisés à des conditions plus favorables. Pour les pays africains, ce type d’outil pourrait faire baisser le coût du financement et accélérer des projets aujourd’hui retardés ou rendus impossibles par des taux trop élevés.
Le président kényan William Ruto a insisté sur cette dimension. Pour lui, le problème africain ne tient pas à une absence de liquidités mondiales, mais à une mauvaise architecture du risque. Autrement dit, l’argent existe, mais il ne va pas assez vers l’Afrique, ou alors à un prix qui réduit fortement son efficacité.
La critique vise également les agences de notation. De nombreux gouvernements africains estiment que leurs économies sont évaluées avec des critères qui ne tiennent pas assez compte de leur potentiel réel, de leur démographie, de leurs ressources naturelles ou de leurs trajectoires de croissance. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a lui aussi dénoncé cette situation, en estimant que les pays africains supportent des coûts d’emprunt anormalement élevés par rapport aux économies avancées.
Cette critique rejoint la revendication portée depuis plusieurs années par l’Union africaine de mieux représenter la réalité économique du continent dans les outils d’évaluation du risque. C’est dans ce contexte que l’idée d’une agence africaine de notation continue de progresser.
Paris cherche aussi un nouveau récit africain avant Évian comme test de vérité
Pour la France, ce sommet dépasse le seul dossier financier. En organisant Africa Forward à Nairobi, dans un pays anglophone, Paris tente de déplacer le centre de gravité de sa relation avec le continent. Après les crises successives avec plusieurs anciennes colonies d’Afrique de l’Ouest, la France veut afficher une relation moins militaire, moins francophone, plus économique et plus tournée vers les partenariats d’investissement.
Mais cette ambition française ne pourra convaincre que si elle débouche sur des résultats concrets. Les dirigeants africains n’attendent plus seulement des engagements ou des déclarations de principe. Ils veulent des mécanismes capables de modifier réellement les conditions d’accès au crédit.
Le sommet du G7 d’Évian devient donc le prochain rendez-vous clé. Pour les pays africains, l’enjeu sera de contester les conditions mêmes dans lesquelles ils accèdent au capital. Ils demandent des prêts plus longs, moins chers, des garanties plus solides et une meilleure prise en compte de leurs réalités économiques.



