Côte d’Ivoire : Patrick Achi élu président de l’Assemblée nationale


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Patrick Achi
Patrick Achi

L’Assemblée nationale ivoirienne a porté, ce samedi 17 janvier 2026, Jérôme Patrick Achi à sa tête. L’élection écrasante de l’ancien Premier ministre marque le retour affirmé d’un technocrate aguerri au cœur du pouvoir institutionnel et confirme la volonté de la majorité présidentielle de s’appuyer sur l’expérience et la stabilité.

Quand il a été désigné comme candidat du RHDP au perchoir, il ne faisait pas l’ombre d’un doute qu’il serait élu, puisque le parti présidentiel a fait une véritable razzia lors des dernières législatives. A l’arrivée, pas de surprise. L’ancien Premier ministre, Patrick Achi, prend aisément la succession d’Adama Bictogo.

Une victoire parlementaire sans équivoque

Le verdict des urnes ne laisse place à aucune ambiguïté. Sur les 253 députés ayant pris part au scrutin, Patrick Achi, candidat du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), a obtenu 215 voix, soit près de 85 % des suffrages exprimés. Son concurrent, Yao Yao Lazare du PDCI-RDA, n’a recueilli que 36 voix.

Ce large plébiscite illustre la solidité de la majorité présidentielle au sein de l’hémicycle et confère au nouveau président de l’Assemblée nationale une assise politique confortable pour diriger les travaux parlementaires. Il s’impose ainsi comme l’un des hommes clés de l’architecture institutionnelle ivoirienne.

Le retour maîtrisé d’un poids lourd de la République

Annoncé à plusieurs reprises en retrait de la scène politique, Patrick Achi démontre une nouvelle fois sa capacité à rebondir. Plus de deux ans après son éviction inattendue de la Primature en octobre 2023, il retrouve une position centrale dans l’appareil d’État.

Ce retour s’inscrit dans une stratégie progressive. Sa nomination, en janvier 2025, comme ministre d’État et conseiller spécial du Président Alassane Ouattara avait déjà signalé sa réhabilitation politique. Son accession au perchoir apparaît aujourd’hui comme l’aboutissement d’un repositionnement soigneusement préparé et validé au sommet de l’exécutif.

Avec plus de vingt-trois ans de présence continue dans les cercles décisionnels, Patrick Achi figure parmi les personnalités les plus constantes de la vie politique ivoirienne. Ministre à plusieurs reprises, secrétaire général de la Présidence, puis Premier ministre entre 2021 et 2023, il a servi sous des gouvernements et des Premiers ministres aux profils variés, traversant crises et recompositions politiques sans jamais disparaître durablement du paysage. Cette exceptionnelle longévité lui a valu des surnoms révélateurs, tels que « Highlander » ou « le cyborg », traduisant autant l’étonnement que l’admiration face à sa capacité à durer dans un environnement politique réputé instable.

Du technocrate discret à l’élu enraciné

Né le 17 novembre 1955 à Paris, Patrick Achi est avant tout un ingénieur et un économiste de haut niveau. Diplômé de Stanford, de Supélec Paris, de l’université de Cocody et de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, il s’est d’abord illustré dans le secteur privé, notamment au sein du cabinet Arthur Andersen, avant d’intégrer l’administration ivoirienne à la fin des années 1990.

Longtemps perçu comme un technocrate éloigné des joutes électorales, il a progressivement consolidé sa légitimité politique sur le terrain. Élu député d’Adzopé sans interruption depuis 2011, président du Conseil régional de La Mé à plusieurs reprises, il a su s’imposer comme une figure politique incontournable de cette région, aux côtés de son épouse Florence Achi, maire d’Adzopé.

Au-delà de la politique nationale, Patrick Achi s’est distingué par une stature internationale. Conférencier à la Kennedy School of Government de l’université Harvard, il a également été sollicité comme conseiller externe auprès de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international dans le cadre de leurs réflexions stratégiques à long terme. Sur le plan national, son rôle dans l’élaboration de la stratégie « Vision 2030 » et son passage au ministère des Infrastructures économiques ont contribué à façonner l’image d’un homme de dossiers, méthodique et peu enclin aux effets d’annonce.

Un profil consensuel pour une institution clé

Discret, travailleur et réputé pour son sens de l’écoute, Patrick Achi ne cristallise ni rejet massif au sein de l’opposition ni rivalités ouvertes dans son propre camp. Ce positionnement modéré, rare dans un paysage politique souvent polarisé, a pesé dans le choix de la majorité présidentielle de lui confier la présidence de l’Assemblée nationale. À ce poste stratégique, il devra garantir le bon fonctionnement de l’institution, arbitrer les débats législatifs et préserver l’équilibre entre efficacité parlementaire et expression démocratique.

L’élection de Patrick Achi au perchoir ouvre une nouvelle étape pour l’Assemblée nationale ivoirienne. Elle symbolise un pari sur l’expérience, la maîtrise des rouages de l’État et la stabilité institutionnelle. Proche du président Alassane Ouattara et figure centrale du RHDP, le nouveau président de l’Assemblée nationale incarne une continuité assumée entre l’exécutif et le législatif. Les regards sont désormais tournés vers l’élu d’Adzopé pour voir comment cet homme d’État aguerri imprimera sa marque à l’institution parlementaire et répondra aux attentes d’une législature confrontée à des défis économiques, sociaux et politiques majeurs.

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Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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