
L’opération de sécurisation Épervier 12 a été lancée jeudi 29 octobre 2026 à Toumodi, dans la région du Bélier. La police entend intensifier les contrôles routiers, lutter contre la criminalité et renforcer la prévention des violences basées sur le genre. Les conducteurs de motos et de tricycles sont particulièrement visés par la fin de la tolérance annoncée par le commissaire de Toumodi. Ce déploiement accompagne une opération nationale engagée le même jour à Bouaké, à l’approche des fêtes de fin d’année.
À l’espace Bazar Zouzou de Toumodi, le commissaire de police Brédou Olivier a présenté les principales orientations d’Épervier 12 devant les autorités administratives, municipales et traditionnelles. Le responsable du commissariat a également dressé le bilan des activités de ses services depuis janvier 2026, salué par Yomafou Matoua, deuxième secrétaire générale de la préfecture de Toumodi, représentant le préfet de la région du Bélier. Le détail chiffré de ce bilan n’a toutefois pas été communiqué dans le compte rendu de l’Agence ivoirienne de presse (AIP).
À l’issue de la cérémonie, les forces de défense et de sécurité ont été déployées dans plusieurs secteurs de la ville. Les autorités ont sollicité la collaboration des chefs traditionnels, des responsables communautaires et des habitants pour faciliter les interventions et le signalement des activités délictueuses.
Motos et tricycles : la police annonce la fin de la tolérance
À Toumodi, la circulation des deux et trois-roues figure parmi les priorités de cette nouvelle opération. Le commissaire Brédou Olivier a rappelé aux conducteurs leurs obligations administratives et les conditions réglementaires de circulation, avant de les avertir : « L’heure n’est plus à la sensibilisation, mais désormais à la répression. »
Cette fermeté intervient alors que les motocyclistes occupent une place croissante dans les statistiques nationales des accidents de la circulation. Selon les données de l’Office de sécurité routière (OSER), présentées en août 2026 par le directeur général des Transports terrestres et de la circulation, Oumar Sacko, 426 décès ont été enregistrés en 2025 dans des accidents impliquant des motos, contre 364 en 2024 et 261 en 2023.
Sur les 14 784 accidents recensés en 2025, 4 531 impliquaient des motocyclistes. Au total, 5 583 motos et 1 128 tricycles ont été impliqués dans des accidents de la circulation cette année-là.
La Stratégie nationale de sécurité routière prévoyait de ramener le nombre annuel de morts de 1 600 à 1 200. Selon Oumar Sacko, le pays enregistrait encore environ 1 300 décès par an. En août, le responsable avait également annoncé de nouvelles mesures concernant l’encadrement des livreurs à moto et l’immatriculation des engins.
Aucune donnée locale sur les accidents impliquant des motos ou des tricycles n’a été présentée lors du lancement. La police n’a pas non plus précisé le calendrier des contrôles renforcés.
Épervier 12 : une opération nationale lancée à Bouaké
Le lancement de Toumodi s’inscrit dans un déploiement engagé le même jour à Bouaké par le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, le général Vagondo Diomandé, en présence du directeur général de la Police nationale, Youssouf Kouyaté.
Mobilisée dans les douze préfectures de police du pays, l’opération vise à renforcer la sécurité des personnes et des biens, notamment durant la période des fêtes de fin d’année. La Police nationale en assure la coordination avec la Gendarmerie, les Forces armées, les Douanes, les Eaux et Forêts et l’Office national de la protection civile.
Les interventions doivent notamment cibler les fumoirs, les réseaux de stupéfiants, les médicaments de qualité inférieure et falsifiés (MQIF) ainsi que la délinquance juvénile. Les autorités entendent également intensifier les contrôles dans les secteurs considérés comme sensibles.
Le ministre a présenté l’opération comme la réponse de l’État à l’exigence d’une sécurité « présente, permanente et visible ».
Yamoussoukro privilégie les patrouilles dans les quartiers sensibles
Dans la capitale politique, le préfet de police, le commissaire divisionnaire major Bouadou Blaise Angbonon, a annoncé une stratégie reposant sur des patrouilles mobiles et des interventions ponctuelles plutôt que sur des barrages permanents.
Les quartiers de Dioulakro, Morofé, Assabou, Makora et Sopim figurent parmi les secteurs ciblés. Les forces de sécurité doivent notamment intervenir contre les nuisances sonores, les comportements dangereux sur la voie publique et les rassemblements susceptibles de troubler l’ordre public.
Le responsable a précisé que le dispositif pourrait se poursuivre jusqu’au lancement d’Épervier 13, sans communiquer de date de fin ni le nombre d’agents affectés à cette nouvelle édition.
Il a également présenté le bilan d’Épervier 11 : 12 590 agents mobilisés, 717 interpellations, dont 303 personnes déférées au parquet, 13 557 véhicules et engins contrôlés et 3 410 mises en fourrière. Les saisies annoncées comprennent trois armes et 20,713 tonnes de stupéfiants.
Le préfet n’a pas précisé si ce bilan concerne Yamoussoukro ou un périmètre plus large.
Violences basées sur le genre : une priorité supplémentaire à Toumodi
La lutte contre les violences basées sur le genre (VBG) fait partie des objectifs annoncés à Toumodi. Cette orientation locale élargit le champ des interventions au-delà des infractions routières et de la délinquance, sans que les autorités aient encore détaillé les moyens prévus.
L’ampleur du phénomène apparaît dans les statistiques nationales. Selon l’annuaire 2025 du ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, 10 747 cas de VBG ont été enregistrés et pris en charge en Côte d’Ivoire, dont 841 viols, 2 154 agressions physiques et 254 agressions sexuelles hors mutilations génitales féminines. Le ministère recense également 5 096 cas de déni de ressources, d’opportunités ou de services.
Près de 80 % des violences signalées sont de nature domestique, selon les données présentées par le ministère. Cette proportion souligne les limites d’une réponse reposant principalement sur les patrouilles et les contrôles dans l’espace public.
Le 12 mai 2026, Lossény Sylla, directeur de la Planification, des Études et de la Documentation du ministère, avait indiqué que, sur les 841 cas de viol enregistrés en 2025, 89,52 % avaient abouti à une condamnation. Ce taux ne dit rien des violences sexuelles qui ne sont pas signalées.
Les victimes peuvent effectuer des signalements auprès des centres sociaux et des structures compétentes. Le numéro vert 1308 est également disponible pour les orienter.
Aucune mesure spécifique n’a encore été annoncée à Toumodi concernant la formation des agents, la coopération avec les services sociaux ou les modalités d’accompagnement des victimes.
Médicaments illicites : des réseaux qui dépassent les frontières ivoiriennes
La lutte contre les médicaments de qualité inférieure et falsifiés constitue un autre volet d’Épervier 12. Le trafic de ces produits dépasse le cadre national et emprunte plusieurs circuits commerciaux d’Afrique de l’Ouest.
Dans un rapport publié en 2023, l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) indiquait qu’au moins 605 tonnes de produits médicaux avaient été saisies en Afrique de l’Ouest entre janvier 2017 et décembre 2021, dans le cadre d’opérations internationales.
L’organisation décrit des circuits qui exploitent les faiblesses des contrôles douaniers, l’importance des marchés informels et la corruption. Elle distingue les médicaments falsifiés des produits de qualité inférieure et de ceux commercialisés sans autorisation. Ces catégories ne présentent pas nécessairement les mêmes caractéristiques ni les mêmes risques.
En Côte d’Ivoire même, la police avait saisi six tonnes de MQIF le 24 février 2026 à Duékoué, dans le cadre d’Épervier 11.
Lors du lancement national de la douzième édition, le ministre de l’Intérieur a également présenté les résultats de l’opération Épervier spéciale, lancée en septembre à Bouaké, Korhogo et Daloa. Selon son bilan, les dix premiers jours auraient permis de détruire 56 fumoirs, de saisir environ 183 tonnes de médicaments illicites, de mettre plus de 3 500 véhicules en fourrière et de déférer 196 personnes devant les parquets.
Ces quantités n’ont pas été accompagnées d’un inventaire public détaillant la nature des produits saisis et leur classification. Leur comparaison avec les statistiques régionales de l’ONUDC reste donc limitée.
Les saisies ne disent pas si les filières d’approvisionnement ont été démantelées.
Dix ans d’opérations Épervier : quelle efficacité contre la criminalité ?
Lancée à Abidjan en mai 2016, l’opération Épervier s’est progressivement installée parmi les principaux dispositifs de sécurisation de la Police nationale. Dès les premières éditions, les autorités annonçaient des centaines de fumoirs détruits, des milliers d’interpellations et d’importantes saisies d’engins non immatriculés.
Au fil des années, les interventions ont été adaptées à l’évolution des formes de délinquance. Elles s’articulent avec d’autres campagnes, notamment « Vacances sécurisées », déployée pendant les congés scolaires.
Les bilans publiés à chaque édition mesurent l’activité des forces de sécurité. Ils ne permettent pas de suivre l’évolution de la criminalité : on ignore combien des 303 personnes déférées lors d’Épervier 11 ont été condamnées, et les bilans officiels ne comparent pas infractions et accidents avant et après les opérations.
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info








