Catastrophe ferroviaire en Espagne : au Sénégal, les familles retiennent leur souffle


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Collision de deux train (illustration)
Collision de deux train (illustration)

Le bilan de la collision entre deux trains à grande vitesse survenue ce mercredi en Castille-La Manche s’élève à 68 morts et une centaine de blessés. L’Espagne compte près de 85 000 Sénégalais en situation régulière, dont certains empruntent régulièrement cette ligne. Dans leurs familles, à Dakar comme en Espagne, l’inquiétude grandit.

A Dakar,

Deux trains à grande vitesse sont entrés en collision ce mercredi à 8 h 54 dans la région de Castille-La Manche, au centre de l’Espagne. L’accident a fait au moins 68 morts et une centaine de blessés, selon les autorités espagnoles. Le Premier ministre, Pedro Sánchez, a décrété trois jours de deuil national, de jeudi à samedi. Le ministre des Transports met en cause une reprise « inexplicable » de la circulation après une panne du système de sécurité. Dans la communauté sénégalaise, la plus nombreuse d’Afrique subsaharienne en Espagne, les appels se sont multipliés depuis le matin.

L’Andalousie, une région où vivent de nombreux Sénégalais

La ligne touchée relie Madrid à l’Andalousie, où vivent de nombreux Sénégalais, notamment à Almeria, Huelva et Séville. Beaucoup y travaillent dans l’agriculture ou le commerce et se rendent régulièrement dans la capitale pour des démarches administratives, consulaires ou familiales. La circulation sur cette ligne est « interrompue », selon le gestionnaire du réseau ferroviaire, ADIF.

L’inquiétude a vite gagné le Sénégal. À Dakar, à Touba ou dans les villages de la vallée du fleuve, des familles ont tenté de joindre leurs proches installés en Espagne dès les premières images diffusées à la télévision et sur les réseaux sociaux. Les transferts d’argent de la diaspora font vivre de nombreux foyers sénégalais, et un appel sans réponse suffit à inquiéter.

À Dakar, des familles suspendues au téléphone

Arame T., dont le mari vit en Espagne, a eu très peur dès l’annonce de la collision : « Lorsque j’ai appris la nouvelle, le temps qu’il a fallu pour joindre mon mari, mon sang a fait un tour. Lorsque j’ai eu sa voix au bout du fil, j’ai pleuré comme un enfant. Oui, comme un petit enfant. Tellement ma joie était immense. » Comme elle, de nombreux Sénégalais restés au pays ont passé des heures dans l’angoisse.

Modou Faye, vendeur ambulant à Colobane, a passé la matinée à essayer de joindre son frère : « Mon grand frère prend ce train presque chaque semaine pour aller chercher des marchandises à Madrid. J’ai tenté de l’appeler au moins vingt fois, la ligne coupait sans cesse. Quand il a fini par décrocher pour me dire qu’il avait raté son train ce matin, mes jambes ont tremblé. On a frôlé le drame, notre famille ne dépend que de lui. »

« Mon fils voyage tout le temps pour ses papiers »

Sokhna M., dont le fils unique travaille dans les champs d’Andalousie, attend toujours des nouvelles : « C’est une voisine qui est venue en courant me montrer les images des wagons sur son téléphone. Mon fils voyage tout le temps pour ses papiers. Depuis ce matin, son numéro ne passe pas, je tombe directement sur sa boîte vocale. Je ne fais que prier et pleurer avec mes filles en attendant qu’il nous donne un signe de vie. »

Ousmane D., étudiant, attend lui aussi des nouvelles de ses oncles. « Mes deux oncles vivent à Almeria et devaient se rendre dans la capitale ce mercredi. Le réseau est complètement saturé, impossible d’avoir une communication stable. Toute la maison est plongée dans le silence, personne ne peut avaler un morceau tant qu’on n’a pas la confirmation qu’ils vont bien. » Pour l’heure, aucune information n’a été communiquée sur la présence éventuelle de Sénégalais parmi les victimes.

Le deuxième drame ferroviaire de l’année

Le 18 janvier, à Adamuz, en Andalousie, une collision entre deux trains à grande vitesse avait déjà fait 46 morts et plus d’une centaine de blessés. « Il n’est pas acceptable, pour un pays comme l’Espagne, de subir deux accidents ferroviaires à grande vitesse la même année », a déclaré Pedro Sánchez, en affirmant que « toute l’Espagne est en deuil ».

Selon un porte-parole des services d’urgence cité par l’AFP, la collision a impliqué un train de l’opérateur privé Iryo et un train de la compagnie publique Renfe. Le ministre des Transports, Óscar Puente, a mis en cause la décision du centre de contrôle de relancer la circulation après une panne du système de sécurité LZB, « dans des circonstances, de notre point de vue, inexplicables ». Il s’est dit « absolument dévasté ». La ministre de la Santé, Mónica García, a indiqué que la priorité était de « sortir les gens le plus vite possible » des wagons qui ont déraillé.

Le réseau à grande vitesse en question

Avec environ 4 000 kilomètres de lignes, le réseau espagnol à grande vitesse est le deuxième au monde après celui de la Chine, et l’une des fiertés du pays. Pour de nombreux immigrés, c’est aussi une alternative pratique à l’avion pour aller de Madrid au sud du pays. Deux accidents graves en moins d’un an ont relancé le débat sur l’entretien du réseau et la sécurité des passagers.

Sur place, plusieurs brigades de pompiers, trois hélicoptères et deux unités mobiles de soins intensifs ont été déployés. Les blessés les plus graves ont été transférés vers les hôpitaux de la région et de Madrid. La Renfe a ouvert une cellule de crise pour accompagner les familles des victimes.

Une campagne électorale suspendue

L’accident survient en pleine campagne pour les élections législatives du 29 novembre. Pedro Sánchez a annulé ses engagements, et son parti, le PSOE, a suspendu ses activités de campagne pour la journée. Le chef du Parti populaire, Alberto Núñez Feijóo, s’est dit « très préoccupé ». Les matchs de Coupe du Roi prévus dans la soirée ont été reportés. L’Union européenne a proposé « toute son aide ». Emmanuel Macron a exprimé « la solidarité de la France ». Pour les familles sénégalaises, l’attente se poursuit.

Alioune Diop
Une plume qui balance entre le Sénégal et le Mali, deux voisins en Afrique de l’Ouest qui ont des liens économiques étroits
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