Gaz domestique : à Moscou, le Sénégal défend un pari à 4 milliards de dollars


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Torche de gaz
Une torche de gaz

Le ministre sénégalais de l’Énergie et du Pétrole, Abdourahmane Diouf, a réaffirmé mardi à Moscou l’ambition du Sénégal de développer le gaz domestique. Il s’exprimait à la réunion du Forum des pays exportateurs de gaz (GECF), présidée par Vladimir Poutine. « Notre stratégie de développement du gaz domestique vise à transformer structurellement notre système électrique, développer les usages industriels du gaz et garantir l’accès universel à l’électricité », a-t-il déclaré. Cette stratégie repose sur un gisement dont l’exploitation reste à financer.

Le Sénégal est membre observateur du GECF depuis mars 2024, grâce au projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA), partagé avec la Mauritanie. Mais le gaz de GTA, exploité par BP et Kosmos Energy, est d’abord destiné à l’exportation sous forme liquéfiée. Pour son marché intérieur, le pays compte sur un autre gisement, Yakaar-Teranga, situé en eaux profondes au large de Cayar. Ses réserves sont estimées entre 25 000 et 32 000 milliards de pieds cubes, selon Petrosen.

Yakaar-Teranga, un gisement repris par l’État

Le 22 avril 2026, Kosmos Energy s’est retiré à l’amiable du bloc Yakaar-Teranga, selon le directeur général de Petrosen Holding, Alioune Guèye. L’État en a repris le contrôle intégral, après le départ de BP en 2023. Petrosen veut désormais développer le gisement sans partenaire majoritaire, en évitant les schémas dominés par les grandes compagnies pétrolières. Le gaz serait réservé en priorité au marché national, c’est-à-dire aux centrales électriques, aux industries et aux ménages, plutôt qu’à l’exportation.

Le calendrier annoncé en avril est serré. Les études d’ingénierie, dotées d’un budget de 100 millions de dollars, devaient débuter en mai. La décision finale d’investissement est attendue en décembre 2026, soit dans deux mois. Les travaux suivraient en 2027 et 2028, pour un premier gaz au premier trimestre 2029. Petrosen a mené des études de concept avec plusieurs groupes, dont Subsea 7, Bechtel et Wison. Il reste à savoir si ces échéances seront tenues.

Un financement à trouver en pleine crise budgétaire

La première phase du projet coûterait entre 3 et 4 milliards de dollars, soit 1 500 à 2 000 milliards de francs CFA. Pour la financer, Petrosen prévoit un « appel patriotique » aux investisseurs sénégalais et à la diaspora, étalé de 2027 à 2029, à raison de 600 à 700 milliards de francs CFA par an. L’État s’appuie sur un précédent : en 2025, un appel à l’épargne lui a permis de lever 1 800 milliards de francs CFA.

Ce besoin de financement intervient alors que les finances publiques sont sous tension. Le projet de loi de finances rectificative 2026, rejeté en commission à l’Assemblée nationale, prévoit une baisse de 555 milliards de francs CFA des crédits de paiement consacrés aux investissements. Le gouvernement invoque la baisse des recettes et la hausse des subventions à l’énergie, liée à un baril passé au-dessus de 100 dollars. Le gaz domestique doit justement réduire, à terme, cette facture.

Une électricité moins chère, mais pas avant plusieurs années

Selon Petrosen, le coût de production de l’électricité, d’environ 100 à 110 francs CFA par kilowattheure, pourrait baisser de 40 à 60 francs grâce au gaz. Le gouvernement vise une baisse de 30% du prix du kilowattheure d’ici 2030. En attendant, la centrale de West African Energy, au Cap des Biches, fonctionne encore au gasoil, un combustible importé et coûteux. Son alimentation définitive au gaz naturel est prévue pour 2027.

Le gaz devra être acheminé par un réseau de gazoducs d’environ 400 kilomètres, dont le coût est estimé à 650 milliards de francs CFA. La première canalisation a été posée le 10 septembre à Gandon, près de Saint-Louis. Le segment Nord, long d’environ 85 kilomètres dont 45 en mer, doit rejoindre Léona. Le réseau pourra transporter jusqu’à 300 millions de pieds cubes de gaz par jour vers les centrales électriques et les zones industrielles du pays.

À Moscou, un plaidoyer pour une transition « juste »

À Moscou, Abdourahmane Diouf a aussi défendu devant les pays producteurs la place du gaz dans la transition énergétique. Selon lui, cette transition ne peut être juste si elle impose aux pays en développement de renoncer aux ressources sur lesquelles les pays industrialisés ont bâti leur prospérité. Elle ne serait pas non plus équitable, a-t-il ajouté, si les nations qui ont le moins contribué aux émissions de gaz à effet de serre devaient supporter l’essentiel de ses coûts.

Le Sénégal participe en parallèle au troisième sommet Russie-Afrique, organisé dans la capitale russe, où sa délégation est conduite par le ministre des Affaires étrangères, Cheikh Niang.

Alioune Diop
Une plume qui balance entre le Sénégal et le Mali, deux voisins en Afrique de l’Ouest qui ont des liens économiques étroits
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