
Le Sénégal reprend la main sur un projet gazier stratégique. Kosmos Energy se retire du bloc Yakaar-Teranga et l’État sénégalais devient l’unique acteur via Petrosen.
La compagnie américaine Kosmos Energy a officialisé son retrait du projet gazier Yakaar-Teranga, situé au large des côtes sénégalaises. Cette annonce, confirmée par le Premier ministre Ousmane Sonko, intervient après le départ de BP en 2023. Le Sénégal se retrouve désormais seul aux commandes de ce gisement majeur, estimé parmi les plus importants de la région. Cette nouvelle configuration modifie en profondeur l’équilibre du secteur énergétique national et ouvre une nouvelle phase pour la stratégie gazière du pays et son ambition d’autonomie énergétique
Une reprise de contrôle saluée par l’exécutif
Pour le gouvernement sénégalais, ce départ n’est pas subi mais revendiqué comme une avancée historique vers la souveraineté nationale. Ousmane Sonko a qualifié cet accord de retrait conjoint de « victoire majeure ». Il a précisé que le transfert des parts s’est opéré sans aucune contrepartie financière de la part de l’État. Jusqu’alors, Kosmos Energy détenait 90 % des intérêts dans cette licence située au large de Cayar. En récupérant l’intégralité des parts, le Sénégal entend dicter ses propres conditions sur l’exploitation de ses ressources. Il met ainsi fin aux désaccords persistants avec les partenaires étrangers sur la priorité accordée au marché domestique par rapport aux exportations.
Les raisons d’un divorce stratégique
Le retrait de Kosmos Energy souligne une divergence de vision profonde qui couvait depuis plusieurs années. Les compagnies internationales privilégient souvent l’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL) pour garantir une rentabilité immédiate sur les marchés mondiaux. À l’inverse, Dakar a fait de Yakaar-Teranga la pierre angulaire de sa stratégie « Gas-to-Power ». L’objectif des autorités est d’utiliser cette ressource localement pour alimenter les centrales électriques du pays, avec l’ambition de réduire drastiquement le coût de l’électricité pour les ménages et les industriels sénégalais. Ce bras de fer sur la destination finale du gaz a fini par avoir raison de la patience de l’investisseur américain.
Les défis techniques et financiers du cavalier seul
Si l’enthousiasme politique est palpable, le défi technique qui attend Petrosen est colossal. Être l’unique opérateur d’un gisement de cette envergure nécessite des capacités de financement et une expertise technologique que peu de compagnies nationales possèdent seules. Les observateurs du secteur, notamment l’Institut de gouvernance des Ressources naturelles, s’interrogent sur la capacité de l’État à mobiliser les milliards de dollars nécessaires au développement du projet sans partenaire de poids.
Désormais, deux options se présentent à Dakar : assumer seul les risques financiers au risque de retarder le premier mètre cube de gaz au-delà de 2030, ou repartir à la recherche d’un nouveau partenaire international plus en phase avec les exigences de souveraineté du Sénégal. Dans l’immédiat, le pays fait le pari de l’autonomie, une décision audacieuse qui place la sécurité énergétique nationale au-dessus des logiques de profit des multinationales.




