
Face à une flambée historique des prix du carburant, l’Afrique du Sud ravive l’idée d’exploiter ses propres réserves pétrolières. Entre ambitions économiques, pressions géopolitiques et batailles judiciaires menées par les défenseurs de l’environnement, le pays se retrouve au cœur d’un débat explosif sur son avenir énergétique.
L’Afrique du Sud se prépare à un mois d’avril 2026 difficile. Sous l’effet direct de la crise en Iran et des tensions géopolitiques mondiales, les prix des carburants s’apprêtent à franchir de nouveaux records dans les stations-service du pays. Cette inflation galopante agit comme un catalyseur pour le gouvernement, qui tente désormais d’accélérer l’exploration de ses propres ressources. Face à une dépendance massive aux importations, le débat sur l’exploitation des hydrocarbures nationaux, longtemps resté théorique, devient une urgence économique qui divise profondément la société.
L’ambition de Pretoria face au modèle namibien
Le ministre des Ressources minières et pétrolières, Gwede Mantashe, ne cache plus ses intentions : transformer l’Afrique du Sud en une nation productrice. Lors d’une récente conférence au Cap, il a fustigé l’immobilisme actuel en citant l’exemple de la Namibie voisine, qui tire profit avec succès des gisements du bassin de l’Orange.
Pour le ministre, le potentiel est colossal, l’agence pétrolière nationale estimant les réserves à environ 27 milliards de barils. L’objectif affiché est double : redévelopper des capacités de raffinage nationales pour limiter la vulnérabilité aux chocs extérieurs et lancer des forages d’envergure, notamment au large des côtes.
Un front judiciaire mené par les défenseurs de l’environnement
Cependant, la route vers l’or noir est semée d’embûches juridiques. Des géants tels que Shell et TotalEnergies ont déjà vu leurs autorisations de forage ou d’exploration sismique suspendues ou annulées par la justice sud-africaine. Ces victoires, obtenues par des associations écologistes, sont perçues par le gouvernement comme des freins majeurs au développement.
Gwede Mantashe a violemment critiqué ces recours systématiques, allant jusqu’à évoquer une « forme de haine du progrès ». Le ministre soutient que l’exploitation du pétrole et du gaz est désormais le levier indispensable pour soutenir la croissance d’un pays en proie à des difficultés énergétiques chroniques.
Le respect de la Constitution contre la croissance industrielle
Pour les organisations de la société civile, comme Natural Justice, ce discours est jugé dangereux et en totale contradiction avec les engagements climatiques internationaux de l’Afrique du Sud. Allan Basajjasubi, chargé de programme pour l’ONG, rappelle que ces actions en justice ne visent pas à bloquer le pays, mais à garantir le respect de la Constitution sud-africaine, qui protège le droit à un environnement sain et au bien-être des populations.
Entre la nécessité immédiate d’alléger la facture à la pompe pour les ménages et la protection de la biodiversité marine, le pays cherche encore un équilibre introuvable, alors que le potentiel de 27 milliards de barils continue d’attiser toutes les convoitises.




