
Le leader des Economic Freedom Fighters, Julius Malema, a été condamné à cinq ans de prison en Afrique du Sud pour usage illégal d’arme à feu. Cette décision judiciaire, liée à des faits remontant à 2018, provoque de vives réactions dans le pays. Elle pourrait fragiliser l’équilibre politique et remettre en cause l’avenir parlementaire du dirigeant. Ses avocats ont annoncé leur intention de faire appel.
Le paysage politique sud-africain est en plein séisme. Julius Malema, le leader charismatique et controversé des Combattants pour la liberté économique (EFF), a été condamné à une peine de cinq ans de prison ferme. Cette sentence, prononcée par la magistrate Twanet Olivier au tribunal de KuGumpo, vient clore un feuilleton judiciaire qui tenait le pays en haleine depuis plusieurs années, tout en ouvrant une période d’incertitude majeure pour la troisième force politique de la nation arc-en-ciel.
Un coup de feu lors d’un rassemblement en 2018
Les faits remontent à 2018. Lors d’un rassemblement célébrant l’anniversaire de son parti, Julius Malema avait été filmé en train de manipuler et de décharger un fusil d’assaut en public. Si la défense de l’homme politique de 45 ans a constamment soutenu que l’acte n’était qu’une célébration symbolique et festive, la justice a tranché en faveur de la rigueur.
Reconnue coupable dès le mois d’octobre dernier, la figure de proue de la gauche radicale a été sanctionnée pour avoir délibérément enfreint la législation stricte sur le contrôle des armes à feu. Bien que le ministère public ait initialement requis la peine maximale de 15 ans, le tribunal a finalement opté pour une sentence de 5 ans.
Un pays scindé face au verdict
L’annonce de la peine a provoqué des scènes de tension immédiates. Devant le tribunal, des centaines de partisans vêtus du rouge emblématique des EFF s’étaient rassemblés pour soutenir leur leader. À Johannesburg et dans d’autres grandes villes, la retransmission en direct du verdict a été suivie par des foules en colère, dénonçant une manœuvre politique visant à museler une voix dérangeante.
À l’opposé, l’Alliance Démocratique (DA), principal parti d’opposition de centre-droit, a salué une décision renforçant l’État de droit. L’affaire avait été portée devant les tribunaux par AfriForum, un groupe de pression défendant les intérêts de la minorité afrikaner, avec lequel Malema entretient une hostilité notoire.
Un avenir parlementaire en suspens
Au-delà de la privation de liberté, cette condamnation pose la question de la survie politique de Julius Malema. En Afrique du Sud, une peine de prison ferme entraîne généralement la perte du siège au Parlement. Pour les EFF, perdre leur tribun au sein de l’hémicycle représente un défi existentiel.
Les avocats du leader ont d’ores et déjà annoncé leur intention de faire appel de la condamnation et de la peine, espérant ainsi suspendre l’exécution de la sentence. Toutefois, la pression monte : les partisans du parti menacent d’organiser des manifestations de grande ampleur à travers le pays si leur « Commandant en chef » venait à être effectivement incarcéré.
Des résonances diplomatiques jusqu’à Washington
Cette affaire dépasse largement les frontières sud-africaines. AfriForum avait réussi à porter ses griefs contre Malema, notamment ses chants controversés de l’époque de l’apartheid, jusqu’aux oreilles de Donald Trump. Le président américain avait d’ailleurs interpellé Cyril Ramaphosa sur le cas Malema lors d’une rencontre à la Maison Blanche en mai dernier.
Si les tribunaux sud-africains ont toujours refusé de condamner Malema pour discours de haine concernant ces chants, c’est finalement une affaire de détention d’arme qui pourrait l’écarter durablement de la scène politique, au moment même où la RDC et d’autres nations de la région observent avec attention la stabilité de la puissance sud-africaine.





