Climat : la Banque mondiale cartographie les fragilités africaines


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Climat : la Banque mondiale cartographie les fragilités africaines
Climat : la Banque mondiale cartographie les fragilités africaines

Du Sahel au Mozambique, les catastrophes naturelles ne frappent pas des populations disposant des mêmes moyens pour y faire face. Une nouvelle carte interactive de la Banque mondiale, présentée le 15 octobre, permet de croiser les risques climatiques avec la pauvreté et l’accès aux services essentiels. En Afrique subsaharienne, près de quatre habitants sur dix cumulent exposition à un danger climatique et vulnérabilité socioéconomique.

Une inondation qui emporte une maison ou une récolte n’a pas les mêmes conséquences pour une famille qui dispose d’une épargne et d’un logement solide que pour un ménage vivant au jour le jour.

La Banque mondiale cherche désormais à rendre cette différence visible. Le 15 octobre 2026, l’institution a présenté une nouvelle carte interactive des risques climatiques, baptisée People at Risk from Climate-Related Hazards (PARCH). Elle permet d’observer, pays par pays et à une échelle géographique plus fine, où les catastrophes naturelles risquent de frapper des populations déjà fragilisées.

En Afrique, presque tous les habitants exposés sont vulnérables

Le constat est particulièrement préoccupant pour l’Afrique subsaharienne. Selon la Banque mondiale, 90 % de ses habitants présentent au moins une vulnérabilité socioéconomique importante même si cela ne signifie pas qu’ils sont tous directement menacés par une catastrophe.

Les estimations régionales publiées par l’institution, fondées sur des données collectées autour de 2021, permettent de mieux comprendre la situation. Ainsi, 39,2 % de la population subsaharienne est exposée à au moins un aléa climatique majeur, et 37,3 % cumule cette exposition avec une vulnérabilité élevée.

Parmi les habitants exposés, environ 95 % disposent donc de moyens jugés insuffisants pour faire face aux conséquences d’une catastrophe. Cette proportion distingue l’Afrique subsaharienne d’autres régions du monde car ailleurs, des populations peuvent vivre dans des zones très exposées tout en bénéficiant de logements résistants, de réseaux d’assainissement, d’assurances ou de mécanismes de protection sociale.

La carte permet de visualiser cette différence en sélectionnant séparément les risques climatiques et les facteurs de vulnérabilité.

Au Sahel, la sécheresse menace les moyens de subsistance

Dans les pays sahéliens, notamment au Niger, au Mali et au Tchad, les sécheresses constituent une menace majeure pour les communautés rurales. Une mauvaise saison peut compromettre l’ensemble des revenus annuels d’un agriculteur qui dépend des pluies alors que le manque d’eau et de pâturages qui l’accompagne fait perdre aux éleveurs une partie de leurs bêtes.

La nouvelle carte permet de croiser l’exposition à la sécheresse avec plusieurs indicateurs sociaux : pauvreté, accès à l’eau potable, électricité, éducation ou services financiers.

Elle offre ainsi la possibilité de distinguer les territoires où la sécheresse représente un danger physique de ceux où elle risque également de provoquer une crise économique pour les ménages.

Pour les politiques publiques, la différence est de taille car une famille sans épargne, même prévenue d’une mauvaise saison agricole par un système d’alerte précoce, n’aura pas forcément de quoi acheter des semences ou reconstituer son cheptel.

Inondations au Nigeria, cyclones au Mozambique

Au Nigeria, les inondations constituent un danger récurrent, notamment dans les bassins des grands fleuves et les zones urbaines mal drainées.

La carte de la Banque mondiale permet d’examiner les territoires exposés aux crues et de les rapprocher des conditions de vie des populations. Deux quartiers soumis à un risque d’inondation comparable peuvent présenter des niveaux de vulnérabilité très différents selon la qualité du bâti et le niveau de revenu de leurs habitants.

Au Mozambique, la menace vient surtout des cyclones. Les régions côtières peuvent y subir des destructions importantes, dont les effets sur l’habitat et les cultures se prolongent bien après le passage des tempêtes.

L’intérêt de l’outil est de pouvoir isoler chaque type de danger. Une région exposée aux cyclones n’est pas nécessairement celle qui présente la plus forte vulnérabilité à la sécheresse ou aux vagues de chaleur. Les autorités peuvent ainsi identifier plus précisément les besoins, de la consolidation des infrastructures à l’accès à l’eau.

Une carte pour mieux cibler les investissements

À l’échelle mondiale, la Banque mondiale estime qu’environ 1,5 milliard de personnes cumulent exposition à un danger climatique et vulnérabilité socioéconomique. Ce total est extrapolé à l’ensemble de la population mondiale.

Entre 2010 et 2021, la proportion mondiale de personnes à haut risque est passée d’environ un tiers à un cinquième de la population, principalement grâce à l’amélioration des conditions de vie. Mais le nombre de personnes exposées a augmenté de 461 millions, sous l’effet de la croissance démographique.

Pour l’Afrique, ces résultats soulignent l’importance des investissements dans les services essentiels. L’accès à l’eau potable, à l’électricité, aux services financiers ou à la protection sociale peut améliorer la capacité des ménages à surmonter une catastrophe.

La Banque mondiale reconnaît toutefois certaines limites à sa cartographie. Les données disponibles ne couvrent pas tous les pays et les enquêtes utilisées peuvent remonter à plusieurs années. L’outil ne mesure pas non plus toutes les conséquences indirectes des catastrophes.

Il permet néanmoins de repérer, au-delà de l’intensité des phénomènes climatiques, les territoires où les habitants ont le moins de ressources pour se relever d’une catastrophe.

Hélène Bailly
Spécialiste de l'actualité d'Afrique Centrale, mais pas uniquement ! Et ne dédaigne pas travailler sur la culture et l'histoire de temps en temps.
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