Santé mondiale : l’Afrique en première ligne face aux 17 menaces identifiées par The Lancet d’ici à 2100


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17 menaces identifiées par The Lancet
17 menaces identifiées par The Lancet

Une commission internationale dont le rapport est publié dans The Lancet identifie 17 menaces majeures pour la santé humaine d’ici à 2100. Si les risques concernent toute la planète, l’Afrique subsaharienne apparaît particulièrement vulnérable, notamment face au recul de l’aide internationale à la santé et au retard en matière d’éducation.

Pour l’Afrique subsaharienne, l’école compte parmi les principaux leviers de santé d’ici à 2100. C’est l’un des enseignements d’un vaste rapport publié dimanche 11 octobre 2026 par The Lancet, à l’occasion du World Health Summit de Berlin. Réunissant 35 experts internationaux, la Commission du Lancet sur les menaces mondiales pour la santé au XXIe siècle a évalué les principales menaces susceptibles de peser sur la santé mondiale jusqu’à la fin du siècle.

Selon ses auteurs, les progrès médicaux ne suffiront pas à protéger les générations futures si les politiques éducatives, économiques, environnementales et sécuritaires ne suivent pas. Pour l’Afrique subsaharienne, où plusieurs de ces vulnérabilités se cumulent, les conséquences pourraient être particulièrement lourdes.

Dix-sept menaces mesurées en années de vie en bonne santé

Pour mesurer ces risques, les chercheurs de l’Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME), associé à l’université de Washington, ont étudié 204 pays et territoires sur la période 2025-2100. Puis, pour chaque menace, ils ont modélisé un scénario plausible le plus favorable et un scénario plausible le plus défavorable, en fonction de la qualité des réponses publiques.

L’écart entre les deux mesure les années de vie en bonne santé que des politiques adaptées permettraient de préserver. L’indicateur utilisé, le DALY (année de vie ajustée sur l’incapacité), additionne les années perdues par décès prématuré et celles vécues avec une maladie ou une incapacité.

Si rien ne change, chacune des 17 menaces retenues pourrait faire perdre à l’humanité plus d’un milliard d’années de vie en bonne santé d’ici à 2100. Elles couvrent un spectre inhabituellement large. Quinze d’entre elles relèvent de domaines très divers : pandémies d’origine naturelle, résistance aux antimicrobiens, pollution de l’air, changement climatique, malnutrition infantile, obésité, hypertension artérielle, tabagisme, consommation excessive d’alcool, mauvaise santé mentale, vieillissement en mauvaise santé, conflits armés conventionnels, inégalités de revenus, faible niveau d’éducation et recul de l’aide internationale à la santé.

Les deux autres présentent, selon les experts, un potentiel d’extinction humaine. Il s’agit d’un conflit nucléaire, en raison de la famine qu’il pourrait provoquer à l’échelle mondiale, et de l’utilisation malveillante de l’intelligence artificielle, notamment pour concevoir des armes biologiques. Jugées peu probables, elles occupent pourtant le sommet de la « pyramide des menaces » établie par la Commission.

L’Afrique subsaharienne supporterait 70 % du coût d’un effondrement de l’aide sanitaire

Selon les projections de la Commission, l’Afrique subsaharienne concentrerait environ 70 % des pertes de santé évitables à l’échelle mondiale dans un scénario d’effondrement de l’aide internationale à la santé. Ce chiffre repose sur un scénario de réduction majeure des financements, que la Commission ne présente pas comme certain.

Cette dépendance à l’aide extérieure constitue une faiblesse structurelle pour de nombreux systèmes sanitaires africains. La diminution des ressources extérieures peut menacer la continuité des programmes de vaccination, de prévention, de diagnostic et de traitement des maladies infectieuses.

Est en jeu la capacité des États à maintenir des dispositifs permanents de surveillance et de prévention, quelles que soient les priorités des bailleurs internationaux.

L’éducation des filles, un investissement sanitaire majeur

À l’échelle mondiale, l’amélioration du niveau d’éducation pourrait éviter la perte de 16,1 milliards d’années de vie en bonne santé d’ici à 2100.

Les femmes et les enfants d’Afrique subsaharienne sont les plus exposés aux conséquences sanitaires d’un faible niveau d’instruction.

Les auteurs soulignent notamment que l’éducation des mères contribue à améliorer la santé de leurs enfants et à réduire leur mortalité. À plus long terme, elle participe indirectement au ralentissement de la croissance démographique.

Les dépenses consacrées au maintien des filles à l’école, jusqu’à l’enseignement secondaire, relèvent donc aussi de la politique de santé.

La Commission évalue par ailleurs à 13,8 milliards le nombre d’années de vie en bonne santé qui pourraient être préservées à l’échelle mondiale par une réduction des effets sanitaires des inégalités de revenus.

Obésité et climat : des risques qui s’accumulent

L’étude révèle également l’importance croissante des maladies non transmissibles. L’obésité représente, selon les scénarios étudiés, un potentiel de 23,1 milliards d’années de vie en bonne santé qui pourraient être préservées grâce à des politiques de prévention efficaces.

Cette menace s’ajoute à l’hypertension artérielle et à la mauvaise santé mentale, deux autres risques retenus par la Commission. Le vieillissement en mauvaise santé figure aussi sur la liste, car une vie plus longue peut s’accompagner de davantage d’années passées avec une maladie ou une incapacité.

Pour le changement climatique, les chercheurs estiment que limiter le réchauffement mondial à environ 1,8 °C plutôt que 4,4 °C permettrait d’éviter la perte de 1,89 milliard d’années de vie en bonne santé, liées notamment à la chaleur extrême et à la pollution de l’air.

Enfin, la Commission n’exclut pas non plus qu’une pandémie d’origine naturelle dépasse l’impact du Covid-19.

Les recommandations de la Commission

La Commission recommande de construire des systèmes de santé capables d’anticiper les crises et d’investir davantage dans l’innovation, des vaccins et antibiotiques aux traitements contre l’obésité. Elle préconise aussi un suivi indépendant et régulier de l’évolution des menaces. Mais cela suppose des financements durables, engagés avant que les crises n’éclatent.

Pour les pays africains, l’enjeu est également de mieux articuler les politiques de santé avec l’éducation, la protection sociale, l’environnement et la sécurité.

Les chiffres avancés par la Commission mesurent l’écart entre plusieurs avenirs possibles, selon les choix effectués. L’Afrique subsaharienne n’est donc pas condamnée aux scénarios les plus défavorables. Pour Christopher Murray, directeur de l’IHME et coprésident de la Commission, les décisions prises aujourd’hui par les dirigeants pèseront lourdement sur la santé des générations futures.

Afrik
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