Ceuta : l’Espagne continue de défendre le Maroc, Russie et Israël accusés d’aggraver la situation


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Ceuta le rapport policier qui change la lecture de la crise
Montage éditorial associant une scène de l’entrée massive à Ceuta et la couverture du rapport du CENIF transmis à la justice espagnole.

Près de deux mois après l’arrivée massive de migrants à Ceuta, Madrid maintient sa coopération avec Rabat malgré les accusations portées par le président de l’enclave espagnole. Le Premier ministre Pedro Sanchez écarte une responsabilité marocaine dans la crise et affirme que des campagnes de désinformation liées à la Russie et à Israël ont contribué à l’aggraver. Une enquête judiciaire espagnole examine parallèlement les circonstances des événements des 30 et 31 juillet 2026.

La crise migratoire de Ceuta continue de provoquer des divergences au sein même de l’Espagne. Alors que le président de l’enclave, Juan Jesus Vivas, demande à l’Union européenne de durcir sa position envers le Maroc, le gouvernement de Pedro Sanchez maintient Rabat parmi ses partenaires dans la lutte contre l’immigration irrégulière. Le Premier ministre espagnol a, de son côté, accusé la Russie et Israël d’avoir contribué à la diffusion de désinformation autour de la politique migratoire espagnole. Ces accusations ont été rapportées fin août par Reuters et d’autres médias internationaux.

Des dizaines de milliers d’entrées en quelques heures

Les événements se sont produits les 30 et 31 juillet. Les estimations concernant le nombre de passages varient selon les sources et les périodes de comptage. Un rapport du Centre national de l’immigration et des frontières (CENIF), transmis à la justice espagnole, situe entre 75 000 et 85 000 le nombre de passages enregistrés sur une dizaine d’heures. Le gouvernement espagnol avait auparavant communiqué des chiffres différents. Une partie importante des personnes entrées est ensuite retournée au Maroc.

La situation demeure toutefois difficile à gérer pour Ceuta. Plusieurs milliers de migrants se trouvent encore dans l’enclave, notamment des mineurs non accompagnés. Le gouvernement espagnol a annoncé la préparation de capacités d’hébergement supplémentaires afin de répondre à la situation. La presse internationale faisait encore état, à la mi-septembre, de plusieurs milliers de personnes présentes dans la ville.

Madrid maintient sa coopération avec Rabat

Le gouvernement espagnol n’a pas officiellement attribué au Maroc la responsabilité de l’organisation de l’afflux. Le 2 septembre, le directeur général de la Police nationale, Francisco Pardo, a indiqué au ministre de l’Intérieur qu’aucun rapport policier ne permettait d’attribuer aux forces de sécurité marocaines la planification ou l’exécution des événements. Cette position est importante alors qu’un rapport du CENIF transmis à la justice fait état de la présence d’agents marocains et évoque un « guidage actif ».

Le rapport du CENIF décrit une mobilisation préparée à l’avance et alimentée par des appels diffusés sur plusieurs réseaux sociaux. Il mentionne également des agents marocains en uniforme ou en civil qui auraient orienté certains groupes vers différents points de passage. Mais le document ne désigne pas de commanditaire situé au sommet de cette organisation. Les conclusions du rapport restent par ailleurs distinctes d’une décision judiciaire établissant une responsabilité du Maroc.

Juan Jesús Vivas réclame une réponse européenne

Le président de Ceuta défend une position différente de celle du gouvernement central. Lors de son déplacement à Bruxelles le 8 septembre, Juan Jesus Vivas a demandé une réponse plus ferme de l’Union européenne à l’égard du Maroc. Il a également réclamé un renforcement de la présence de Frontex et de l’Agence européenne pour l’asile, ainsi qu’un soutien financier destiné à renforcer les infrastructures de la frontière.

Vivas souhaite également l’attribution d’un statut européen spécifique à Ceuta et Melilla, en raison de leur situation particulière de frontières terrestres de l’Union européenne en Afrique. Le Parlement européen avait déjà consacré une réunion extraordinaire à la situation de Ceuta le 6 août, avec la participation du commissaire européen chargé de l’Intérieur et des Migrations et du président de l’enclave.

Une enquête judiciaire toujours en cours

La justice espagnole poursuit parallèlement ses investigations sur les événements de juillet. La magistrate María Tardón, de l’Audience nationale, examine notamment les conditions dans lesquelles des dizaines de milliers de personnes ont atteint la frontière ainsi que les éventuelles responsabilités pénales liées aux décès survenus lors des traversées.

Le rapport du CENIF constitue l’un des éléments examinés dans cette procédure. Il analyse les messages diffusés sur Facebook, Instagram, TikTok et WhatsApp avant les arrivées massives et distingue plusieurs niveaux d’organisation présumée. Il ne permet toutefois pas, à ce stade, d’identifier officiellement un commanditaire final.

Madrid accuse la désinformation

À cette enquête s’ajoute désormais la question de l’influence des réseaux sociaux. Pedro Sanchez affirme que des campagnes de désinformation liées à la Russie et à Israël ont contribué à créer les conditions de l’afflux migratoire. Moscou et Israël ont contesté ces accusations. Reuters rapporte également que le chef du gouvernement espagnol a rejeté l’idée d’une implication du Maroc dans l’organisation de la crise.

Le dossier reste donc marqué par plusieurs versions qui ne convergent pas entièrement : Madrid maintient sa coopération avec Rabat, le président de Ceuta demande une réponse européenne plus ferme, tandis que la justice espagnole poursuit ses investigations sur le déroulement des 30 et 31 juillet. Aucune décision judiciaire n’a établi la responsabilité d’un gouvernement dans l’organisation de l’afflux massif.

Malick Hamid
Je suis passionné de l’actualité autour des pays d’Afrique du Nord ainsi que leurs relations avec des États de l’Union Européenne.
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