Invasion de Ceuta : le Maroc poursuivi en Espagne, pour atteintes à la paix ou à l’indépendance de l’État ?


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Le roi Mohammed VI et Pedro Sanchez
Le roi Mohammed VI et Pedro Sanchez

La justice espagnole a ouvert une enquête sur les arrivées massives enregistrées à Ceuta les 30 et 31 juillet 2026. La magistrate de l’Audience nationale María Tardon s’est déclarée compétente pour instruire le dossier, après un rapport du Centre national de l’immigration et des frontières (CENIF) faisant état d’une mobilisation préparée sur les réseaux sociaux et d’un rôle de membres des forces de sécurité marocaines dans l’orientation des migrants vers la frontière.

La justice espagnole examine les circonstances de l’arrivée massive de migrants à Ceuta depuis le Maroc les 30 et 31 juillet. Dans son ordonnance, la juge María Tardon estime que les faits pourraient relever notamment d’atteintes à la paix ou à l’indépendance de l’État, d’organisation criminelle, de facilitation de l’immigration irrégulière et d’homicides par imprudence. L’enquête s’appuie notamment sur un rapport de 55 pages du CENIF transmis à l’Audience nationale.

Des milliers de passages en quelques heures

Selon ce rapport, le mouvement ne correspondrait pas à une arrivée spontanée. Les enquêteurs décrivent une mobilisation préparée en plusieurs étapes, avec des appels diffusés sur Facebook, Instagram, TikTok puis dans des groupes WhatsApp. Le nombre de messages surveillés serait passé de quelques dizaines par jour à 344 le 28 juillet, 1 341 le 29 et 1 974 le 30 juillet. Le nombre exact de passages reste incertain. La Guardia Civil avait initialement évoqué 49 200 passages.

Dans le même temps, le ministre espagnol de l’Intérieur avait avancé 72 000 entrées. Le CENIF retient une estimation comprise entre 75 000 et 85 000 passages en une dizaine d’heures, calculée notamment à partir d’images aériennes. Une grande partie des personnes seraient ensuite retournées volontairement au Maroc. Le rapport estime entre 65 000 et 75 000 le nombre de retours et entre 5 000 et 10 000 celui des personnes restées à Ceuta.

Le rôle des forces marocaines examiné

Le bilan humain est également incertain. Les autorités espagnoles ont recensé 82 corps dans leurs eaux et le Maroc a confirmé 14 décès supplémentaires, soit au moins 96 morts. Le CENIF distingue plusieurs niveaux dans l’organisation présumée du mouvement : les migrants, les diffuseurs des appels, les organisateurs présents sur le terrain, les planificateurs et les responsables de la direction de l’opération. Les enquêteurs affirment disposer d’éléments concernant les trois premiers niveaux.

Par contre, ils indiquent ne pas avoir identifié les personnes situées aux deux niveaux supérieurs. Le rapport décrit également l’attitude de membres des forces de sécurité marocaines. Des agents en uniforme ou en civil auraient orienté des migrants vers certains points de passage et indiqué des itinéraires permettant de contourner des obstacles. Le CENIF évoque un « guidage actif » et une présence réduite des forces marocaines autour de Fnideq et de la digue du Tarajal.

Une frontière espagnole rapidement saturée

Le CENIF décrit trois vagues d’arrivées. La première était principalement composée de jeunes Marocains, dont des mineurs, équipés notamment de combinaisons en néoprène, de palmes ou d’objets permettant de flotter. L’afflux de nageurs aurait mobilisé les moyens espagnols pour prévenir les noyades. Une porte métallique donnant accès à Ceuta aurait ensuite été ouverte vers 11 heures par la Guardia Civil, selon le rapport, alors que la zone d’accueil était déjà saturée.

Une deuxième vague, composée notamment de familles, de femmes et d’enfants, aurait suivi. Une troisième vague, à partir du soir du 30 juillet et durant le 31 juillet, aurait de nouveau été principalement constituée de jeunes hommes équipés pour la traversée à la nage. Le CENIF ne retient pas l’hypothèse d’une opération organisée par les réseaux de passeurs. Les enquêteurs estiment que les principales organisations spécialisées dans les traversées clandestines ne disposaient pas de la capacité nécessaire pour transporter un tel nombre de personnes.

Aucun commanditaire officiellement identifié

Aucun message attribué à ces réseaux n’aurait par ailleurs été identifié dans la préparation de la mobilisation. Le rapport relève aussi que les passages massifs et gratuits ne correspondaient pas au fonctionnement économique habituel des réseaux de passeurs. Il indique que les traversées depuis le Maroc vers l’Espagne étaient auparavant facturées plusieurs milliers d’euros. Le rapport du CENIF ne désigne aucun gouvernement, service de renseignement, organisme public ou individu comme commanditaire de l’opération.

La direction de la Police nationale espagnole a également précisé qu’aucun rapport ne permettait d’attribuer au Maroc la planification ou l’exécution de l’entrée massive. La juge María Tardón doit désormais poursuivre les investigations afin de déterminer le rôle exact des différents acteurs. L’enquête examine notamment les faits susceptibles de relever d’atteintes à la paix ou à l’indépendance de l’État, ainsi que les éventuelles responsabilités pénales liées aux décès survenus lors des passages vers Ceuta.

Madrid avait reçu des alertes avant les arrivées

Le rapport indique qu’une communication de la brigade provinciale des étrangers et des frontières de Ceuta avait signalé, dès le 27 juillet, un risque d’entrée massive à la nage. Le CENIF aurait ensuite transmis une alerte le 29 juillet aux postes frontières de Ceuta et Melilla. La direction de la Police nationale affirme que ces communications correspondaient à des avertissements généraux concernant un risque régulièrement observé et ne faisaient pas état d’une opération massive attendue le lendemain.

Le ministre de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska a demandé des explications à la direction de la police sur les conditions dans lesquelles le rapport a été établi et transmis à la justice. Une affaire loin de connaître son épilogue et sujette à de nombreux rebondissement. Déjà, le Président américain, Donald Trump, s’est mêlé aux débats et a vertement chargé l’Espagne que le dirigeant accuse d’être incapable de gérer ses frontières.

Rédaction
La rédaction d'Afrik, ce sont des articles qui sont parfois fait à plusieurs mains et ne sont donc pas signés par les journalistes
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