Sahara occidental : l’axe Trump-Mohammed VI-Netanyahou accusé de préparer un pillage économique


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Benyamin Netanyahou, Donald Trump et Mohammed VIBenyamin Netanyahou, Donald Trump et Mohammed VI
Benyamin Netanyahou, Donald Trump et Mohammed VI

Le soutien réaffirmé de Donald Trump à la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental alimente une controverse croissante en Espagne. La presse ibérique y voit la préparation d’une exploitation accélérée des ressources d’un territoire dont le statut reste, pour les Nations unies, celui d’un territoire non autonome.

Si Pedro Sánchez conserve une ligne prudente à l’égard de Rabat, encore plus depuis les derniers évènements à Ceuta, pour la presse espagnole le ton se durcit. El País a récemment décrit un Maroc renforcé par les soutiens américain et israélien, au point d’agir avec l’assurance que lui confèrent ces alliances. L’arabiste Bernabé López García y voit un facteur ayant contribué à « enhardir » Rabat sur la scène internationale.

Une alliance nouée autour du Sahara occidental

Le tournant remonte à décembre 2020. En fin de premier mandat, Donald Trump reconnaît la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental et Rabat normalise en retour ses relations avec Israël dans le cadre des accords d’Abraham. Depuis son retour à la Maison-Blanche, le président américain a confirmé cette ligne et présente le plan d’autonomie marocain comme la seule base crédible de règlement. Cette position américaine n’a cependant rien changé au statut du territoire aux Nations unies, où il figure toujours sur la liste des territoires non autonomes.

Le geste le plus visible de ce rapprochement date de l’été 2026. Par lettre datée du 2 juillet, Mohammed VI a informé Donald Trump de sa décision de baptiser « Autoroute Donald J. Trump » la voie express Tiznit-Dakhla, un axe de 1 055 kilomètres traversant en grande partie le Sahara occidental et desservant le futur port de Dakhla Atlantique. Le roi y évoque la reconnaissance américaine de 2020 comme un événement qui « restera à jamais gravé dans la mémoire des Marocains ». Trump a remercié le souverain sur son résaeu Truth Social, disant espérer parcourir un jour « cette grande autoroute ».

Washington a par ailleurs renforcé sa coopération militaire avec Rabat, notamment via les exercices African Lion, et Donald Trump a demandé à son administration d’accélérer le développement économique au Maroc, Sahara occidental compris.

Israël, troisième pilier de l’axe

L’alliance ne se limite pas à Washington et Rabat. En juillet 2023, Israël a lui aussi officiellement reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, par une lettre de Benyamin Netanyahou à Mohammed VI dans laquelle le Premier ministre israélien indiquait examiner favorablement l’ouverture d’un consulat à Dakhla. Cette reconnaissance s’inscrit dans le prolongement direct des accords d’Abraham de décembre 2020, qui avaient rétabli les relations diplomatiques israélo-marocaines en contrepartie de la reconnaissance américaine de la marocanité du territoire.

Cette convergence entre Washington, Rabat et Tel-Aviv est précisément ce que dénonce le journaliste canarien Carlos Sosa, qui présente le Maroc comme le relais régional des ambitions américaines et de son partenariat stratégique avec Israël en Afrique.

Phosphates, pêche et énergies renouvelables

Pour les opposants à la présence marocaine, cette alliance vise avant tout à sécuriser l’accès à un territoire riche en ressources, notamment phosphates autour de Bou Craa, eaux poissonneuses, potentiel éolien, solaire et hydrogène vert. S’y ajoutent des ressources marines encore mal évaluées au large des côtes sahraouies, proches des Canaries, où certains médias espagnols évoquent des terres rares et des hydrocarbures. Les projets agricoles autour de Dakhla, l’extraction de sable et la construction du nouveau port atlantique nourrissent également les critiques d’une exploitation menée sans le consentement du peuple sahraoui.

Rabat rejette catégoriquement le terme de « pillage » et présente ses investissements dans les « provinces du Sud » comme un facteur de développement des infrastructures et de l’emploi local. Mais sans jamais avoir pu montrer que la population locale tirait le moinre bénéfice de ces investissements.

Une bataille encadrée par le droit européen

La justice européenne défend une lecture bien plus restrictive. Le 4 octobre 2024, la Cour de justice de l’Union européenne a tranché, dans les affaires jointes C-778/21 P, C-798/21 P, C-779/21 P et C-799/21 P, que les accords de pêche et de produits agricoles conclus entre l’UE et le Maroc ne pouvaient s’appliquer au Sahara occidental sans le consentement du peuple sahraoui, distinct de la population résidant aujourd’hui sur le territoire. La Cour a laissé un délai d’un an à l’Union et au Maroc pour mettre fin à cette application. En février 2025, elle a rejeté une demande de rectification de la Commission européenne portant sur l’estimation de la part de population sahraouie déplacée hors du territoire, confirmant sa position initiale.

Cette jurisprudence complique les importations européennes de produits agricoles ou halieutiques issus du Sahara occidental et commercialisés comme marocains. Elle montre que les succès diplomatiques de Rabat ne suffisent pas à lever les obstacles juridiques entourant l’exploitation de ces ressources.

L’Espagne prise dans son propre choix

L’Espagne se trouve en position inconfortable. Ancienne puissance coloniale du territoire, elle reste directement concernée par le dossier sahraoui. Pedro Sánchez a pourtant rompu en 2022 avec la position traditionnelle de Madrid en qualifiant le plan marocain d’autonomie de solution « la plus sérieuse, réaliste et crédible ».

Ce changement de ligne avait immédiatement pesé sur les relations avec Alger, qui soutient le Front Polisario et le droit à l’autonomie de la population depuis les origines du conflit. Alger héberge aussi les camps de réfugiés sahraouis de Tindouf. L’Algérie avait alors suspendu son traité d’amitié avec l’Espagne, rappelé son ambassadeur et gelé une partie de ses échanges commerciaux avec Madrid, les livraisons de gaz n’ayant, elles, jamais cessé.

La crise migratoire de Ceuta, à l’été 2026, et le rapprochement affiché entre Trump et Mohammed VI ravivent les critiques contre le choix fait par Madrid en 2022. Une partie de la presse espagnole estime que le gouvernement a contribué à renforcer un Maroc désormais mieux armé pour peser sur l’Espagne, tout en poursuivant ses projets économiques au Sahara occidental. En gros, l’Espagne a perdu sur les deux front et la publication du rapport de police sur la vague migratoire de Ceuta de fin juillet renforce l’opinion publique dans son sentiment.

Un rapprochement parallèle avec Alger

Dans le même temps, Madrid a donc entamé un dégel progressif avec l’Algérie. Pedro Sánchez s’est rendu à Alger le 20 juillet 2026, une visite de cinq heures où il fut reçue par Abdelmadjid Tebboune au palais d’El Mouradia. C’était la première d’un chef de gouvernement espagnol dans la capitale algérienne depuis le début de la crise de 2022. À l’issue de l’entretien, les deux pays ont annoncé la tenue en octobre d’une huitième Réunion de haut niveau, un format qui n’avait plus réuni Alger et Madrid depuis 2018.

Selon le quotidien espagnol El Independiente et le média Africa Intelligence, cette rencontre d’octobre pourrait s’accompagner d’une visite d’État d’Abdelmadjid Tebboune à Madrid, sur invitation conjointe du roi Felipe VI et de Pedro Sánchez. Ce serait une première depuis son arrivée au pouvoir. Ni la Moncloa ni la Casa Real n’ont pour l’instant confirmé ce format, mais les discussions porteraient notamment sur l’énergie, la migration et la sécurité.

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Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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