
Le Président de Ceuta, Juan Jesus Vivas, a demandé, mardi, à Bruxelles une réponse plus ferme de l’Union européenne à l’égard du Maroc, après l’entrée massive de migrants dans l’enclave espagnole les 30 et 31 juillet. Il réclame notamment un renforcement de la présence européenne aux frontières et un soutien financier pour faire face aux conséquences de la crise.
Juan Jesus Vivas a porté le dossier de Ceuta devant les institutions européennes, hier mardi 8 septembre 2026. Devant le Parlement européen, le Président de l’enclave espagnole a accusé le Maroc de mener une « politique de harcèlement » à l’égard de la ville. Il a demandé à l’Union européenne de renforcer son soutien à Ceuta après l’arrivée massive de migrants depuis le Maroc à la fin du mois de juillet.
Vivas demande davantage de moyens à l’Union européenne
Selon les estimations évoquées par les autorités espagnoles et le rapport du Centre national de l’immigration et des frontières (CENIF), entre 75 000 et 85 000 personnes ont franchi la frontière en direction de Ceuta les 30 et 31 juillet. Une partie importante d’entre elles est ensuite retournée volontairement au Maroc. Plusieurs milliers de personnes, dont des mineurs non accompagnés, se trouvent toujours dans l’enclave.
Lors de son déplacement à Bruxelles, Juan Jesus Vivas a rencontré plusieurs responsables européens, dont les commissaires Magnus Brunner, Andrius Kubilius et Dubravka Suica. Il a demandé une augmentation des moyens consacrés à la sécurité de la frontière ainsi qu’une aide financière pour construire et renforcer les infrastructures nécessaires à la gestion de la situation.
Une enquête judiciaire ouverte en Espagne
Le responsable de Ceuta réclame également une présence permanente de Frontex, l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, ainsi que de l’Agence de l’Union européenne pour l’asile. Il souhaite par ailleurs que Ceuta et Melilla bénéficient d’un statut spécifique au sein de l’Union européenne, en raison de leur situation de frontières terrestres de l’Espagne et de l’Union avec l’Afrique.
La justice espagnole enquête, depuis le début du mois de septembre, sur les circonstances de l’entrée massive enregistrée à Ceuta. La magistrate María Tardon, de l’Audience nationale, a été chargée du dossier. Les investigations portent notamment sur les conditions dans lesquelles plusieurs dizaines de milliers de personnes ont atteint la frontière espagnole et sur les éventuelles responsabilités pénales liées aux décès survenus durant les traversées.
Le rapport du CENIF évoque un « guidage actif »
Le dossier judiciaire s’appuie notamment sur un rapport de 55 pages établi par le CENIF. Le document décrit une mobilisation préparée plusieurs jours avant les événements et mentionne la diffusion d’appels sur Facebook, Instagram, TikTok et WhatsApp. Le nombre de messages recensés aurait fortement augmenté dans les jours précédant les arrivées massives.
Le rapport transmis à la justice espagnole décrit également la présence de membres des forces de sécurité marocaines lors des événements. Des agents en uniforme et d’autres en civil auraient été observés sur les itinéraires empruntés par les migrants. Le document évoque des indications données à certains groupes pour rejoindre différents points de passage.
Madrid maintient sa coopération avec Rabat
Ces éléments figurent toutefois dans un rapport policier versé à une procédure judiciaire en cours. Ils ne constituent pas, à ce stade, une décision de justice établissant la responsabilité des autorités marocaines. Le directeur général de la Police nationale espagnole, Francisco Pardo, a par ailleurs déclaré le 2 septembre qu’aucun rapport policier ne permettait d’attribuer au Maroc la planification ou l’exécution des événements.
Le gouvernement espagnol n’a pas officiellement accusé le Maroc d’avoir organisé l’afflux de juillet. Madrid continue de présenter Rabat comme un partenaire important dans la lutte contre l’immigration irrégulière. Le Premier ministre Pedro Sanchez s’est notamment abstenu d’attribuer publiquement au Maroc la responsabilité de la crise.
Un bilan humain toujours examiné
Cette position contraste avec celle de Juan Jesus Vivas. Le Président de Ceuta estime que la coopération entre l’Union européenne et le Maroc doit être conditionnée au respect des frontières espagnoles et européennes. Il demande également une implication plus importante des institutions européennes dans la surveillance et la sécurisation de Ceuta.
L’afflux massif de juillet a également provoqué des décès lors des tentatives de rejoindre Ceuta à la nage. Les sources espagnoles ont fait état de dizaines de morts, tandis que les circonstances précises des décès font partie des éléments examinés par la justice. Le rapport du CENIF distingue plusieurs niveaux dans l’organisation présumée de la mobilisation, sans identifier officiellement de commanditaire situé au sommet de cette structure.
Appel à un soutien financier, une présence de Frontex
Les enquêteurs ont également écarté, dans leur analyse, l’hypothèse selon laquelle les réseaux traditionnels de passeurs auraient pu organiser seuls une opération d’une telle ampleur. Le rapport relève notamment l’absence de messages attribués aux principaux réseaux de passeurs et le caractère gratuit des passages, contrairement au fonctionnement habituel des traversées clandestines payantes.
La Commission européenne doit désormais dépêcher une mission technique à Ceuta afin d’évaluer la situation. À Bruxelles, Juan Jesus Vivas demande parallèlement un soutien financier, une présence accrue de Frontex et de l’Agence européenne pour l’asile, ainsi qu’une réponse européenne au différend opposant son enclave au Maroc.




