Crise migratoire à Ceuta : comment les réseaux sociaux ont favorisé les départs du Maroc vers l’Espagne


Lecture 4 min.
Ceuta migrants marocains débarquant en Espagne
Ceuta migrants marocains débarquant en Espagne

Un rapport d’analyse en sources ouvertes (OSINT) réalisé en Espagne détaille le rôle joué par plusieurs plateformes numériques dans les jours ayant précédé les arrivées massives de migrants à Ceuta fin juillet 2026. Selon ce document, TikTok, Facebook, Instagram et WhatsApp ont été utilisés de manière complémentaire pour diffuser des informations, partager des itinéraires et coordonner les déplacements vers l’enclave espagnole.

Les événements survenus à Ceuta les 30 et 31 juillet 2026 continuent de faire l’objet d’analyses. Un rapport OSINT élaboré par l’analyste espagnol José María Gil Garre revient sur l’utilisation des réseaux sociaux avant les tentatives massives de traversée vers l’enclave espagnole. L’étude s’appuie sur des contenus publics diffusés entre le 15 juin et le 2 août 2026. Le document décrit une organisation progressive des échanges en ligne, où plusieurs plateformes ont été utilisées selon des fonctions distinctes.

Une décision de justice largement relayée

L’analyse précise qu’elle ne provient pas d’un organisme officiel espagnol et qu’elle n’établit ni responsabilité pénale ni responsabilité politique concernant les événements observés. Selon le rapport, les publications ont commencé à se multiplier après une décision rendue le 8 juillet 2026 par le Tribunal suprême espagnol concernant le traitement de migrants interceptés en mer.

Sur les réseaux sociaux, cette décision a été résumée sous une forme simplifiée, laissant entendre que les personnes atteignant Ceuta par voie maritime ne pourraient plus être renvoyées immédiatement. Le rapport indique que cette interprétation a largement circulé en ligne avant les arrivées massives. Les messages diffusés présentaient cette évolution juridique comme une opportunité pour rejoindre l’enclave espagnole, sans reprendre l’ensemble des éléments contenus dans la décision judiciaire.

TikTok, Instagram et Facebook aux fonctions distinctes

L’analyse relève que TikTok a principalement servi à diffuser des vidéos montrant des traversées réussies, des portions du littoral ou encore des témoignages de personnes affirmant avoir atteint Ceuta. Ces contenus présentaient également certains points de départ comme étant moins surveillés. Instagram relayait de son côté des images et des récits de personnes indiquant être arrivées sur le territoire espagnol.

Les utilisateurs étaient invités à partager ces publications, contribuant ainsi à leur diffusion auprès d’un public plus large. Facebook remplissait une fonction davantage orientée vers l’organisation pratique. Le rapport recense au moins cinq groupes consacrés aux passages vers Ceuta, regroupant ensemble plus de 250 000 membres. Des cartes, des itinéraires, des numéros de téléphone ainsi que des informations sur les équipements nécessaires y étaient régulièrement publiés.

Une coordination renforcée avant les traversées

À partir du 25 juillet, les échanges sont devenus plus précis, selon le rapport. Des cartes indiquaient des itinéraires de traversée à la nage depuis les côtes marocaines, avec des estimations de distance, des points de départ et des recommandations concernant le matériel à utiliser. Des annonces proposaient également des palmes, des combinaisons, des bouées ou encore l’acquisition collective de kayaks.

WhatsApp intervenait ensuite dans la phase de coordination. Les groupes de messagerie permettaient de transmettre des horaires de rassemblement, des lieux de rendez-vous et des informations relatives à la surveillance de la frontière. Des messages vocaux étaient également utilisés pour adapter les consignes en fonction de l’évolution de la situation sur le terrain.

Réseau décentralisé composé de profils individuels

Les 29 et 30 juillet, le rapport indique que ces différents outils ont fonctionné simultanément. Les vidéos montraient les déplacements vers Fnideq, Facebook continuait à diffuser des informations pratiques tandis que les groupes de messagerie transmettaient les derniers rendez-vous avant les tentatives de passage.

L’étude conclut toutefois qu’elle ne met pas en évidence l’existence d’une organisation unique ou d’un commandement centralisé. Elle décrit plutôt un réseau décentralisé composé de profils individuels, de groupes et de plateformes remplissant des rôles complémentaires. Selon le rapport, cette organisation expliquerait la poursuite de la diffusion des messages malgré la fermeture de certains comptes.

Malick Hamid
Je suis passionné de l’actualité autour des pays d’Afrique du Nord ainsi que leurs relations avec des États de l’Union Européenne.
Newsletter Source préférée