
Un projet de révision constitutionnelle relance les tensions politiques au Cameroun. Le texte prévoit la création d’un poste de vice-président nommé directement par le chef de l’État. L’opposition, menée par Maurice Kamto, dénonce une réforme susceptible de modifier les règles de succession présidentielle.
Le Parlement camerounais examine un projet de révision constitutionnelle qui prévoit l’instauration d’un poste de vice-président nommé par le chef de l’État. Cette réforme modifierait le mécanisme actuel de succession en cas de vacance du pouvoir. Maurice Kamto, président du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun, a vivement critiqué cette initiative, qu’il estime contraire aux principes démocratiques.
Un mécanisme de succession par nomination
Au cœur de la discorde se trouve le futur mode de désignation du dauphin constitutionnel. Jusqu’à présent, la Loi fondamentale prévoyait qu’en cas de vacance du pouvoir, le président du Sénat assure l’intérim et organise une élection présidentielle dans des délais stricts. Le nouveau projet de loi bouleverse cet équilibre : le vice-président, choisi par Paul Biya, prêterait désormais serment immédiatement pour terminer le mandat en cours en cas d’empêchement définitif du président. Pour les détracteurs du régime, cette réforme permettrait de transférer le pouvoir sans passer par les urnes, transformant le suffrage universel en une simple formalité administrative.
L’accusation d’un transfert de pouvoir de « gré à gré »
Maurice Kamto ne mâche pas ses mots face à cette évolution institutionnelle qu’il juge liberticide. L’opposant affirme que le pouvoir en place tente de légaliser une transmission « de gré à gré » du plan administratif vers le plan politique. En évoquant une dérive vers une dynastie héréditaire ou népotiste, il pointe du doigt le risque de voir un proche ou un membre de la famille présidentielle installé à la vice-présidence. Selon lui, cette réforme contrevient directement à l’article 64 de la Constitution actuelle, qui interdit toute modification portant atteinte aux principes démocratiques fondamentaux du pays.
Une résistance organisée par voie de pétition
Face à ce qu’il considère comme un « malheur politique », le leader du MRC appelle à une mobilisation citoyenne dépassant les clivages partisans. Il a annoncé le lancement imminent d’une vaste campagne de pétition en ligne pour permettre aux Camerounais d’exprimer leur rejet de ce projet. Cette initiative vise à réaffirmer la souveraineté du peuple dans le choix de ses dirigeants, alors que Paul Biya, âgé de 93 ans, vient d’entamer son huitième mandat. Le bras de fer est désormais engagé entre une opposition qui invoque les textes de l’Union africaine et un camp présidentiel qui défend une réforme qu’il juge « légale et rationnelle ».




