
Sous le thème « L’unité nationale, pilier de notre défense et socle du développement du Cameroun », la 54ᵉ Fête de l’Unité se tient ce mercredi à Yaoundé dans un climat marqué par l’attente d’un nouveau gouvernement, une série de disparitions au sommet de l’État et la persistance de la crise anglophone.
Au moment où Paul Biya quitte ce mercredi le palais présidentiel pour rejoindre le Boulevard du 20 mai 1972 et y présider le défilé civil et militaire de la 54ᵉ Fête de l’Unité, le pays vit une journée d’apparat sur fond de profondes incertitudes politiques. Le thème retenu pour cette édition, « L’unité nationale, pilier de notre défense et socle du développement du Cameroun », fait directement écho aux défis sécuritaires et socio-économiques qui marquent le début de l’année 2026.
Pourquoi le 20 mai
Le Cameroun accorde traditionnellement plus de poids à la célébration de son unité nationale qu’à son indépendance du 1ᵉʳ janvier 1960. Cette indépendance ne concernait alors que la partie sous tutelle française : la commémorer seule reviendrait à entériner la division imposée par la France et la Grande-Bretagne après la Première Guerre mondiale.
Pour les autorités, la véritable victoire nationaliste sur le colonialisme réside dans la reconstitution du grand Cameroun historique du protectorat allemand d’avant 1916. D’où le statut de fête fondatrice accordé au 20 mai, anniversaire du référendum de 1972 qui consacra l’État unitaire.
Un défilé sous le signe de l’attente
Réélu pour un huitième mandat à l’issue du scrutin du 12 octobre 2025, Paul Biya et son épouse suivront la parade officielle qui devrait mobiliser les Camerounais au pays comme dans la diaspora. Mais dans l’esprit des citoyens, notamment des jeunes et des femmes à qui le chef de l’État a promis une attention particulière pour ce nouveau septennat, les questions s’accumulent.
Plus de six mois après l’investiture du 6 novembre 2025, le peuple camerounais est toujours en attente de la formation d’un nouveau gouvernement…
Une hiérarchie endeuillée
À cette attente s’ajoutent les deuils. Ces derniers mois, le sommet de l’État a été touché par une série de disparitions de hautes personnalités. L’ancien président du Sénat Marcel Niat Njifenji s’est éteint le 11 avril 2026, moins d’un mois après avoir cédé son fauteuil à Aboubakary Abdoulaye. Le 6 mai, c’est Cavaye Yéguié Djibril, qui avait présidé l’Assemblée nationale pendant trente-quatre ans avant d’être remplacé en mars dernier par Théodore Datouo, qui décédait à son tour.
Les rangs des forces de défense, mis à l’honneur à chaque célébration, ont également vu s’éteindre des figures majeures de leur hiérarchie. Le général de division Camille Nkoa Atenga, officier en deuxième section et écrivain reconnu, est décédé le 10 mars 2026. Deux mois plus tard, le 9 mai, c’est le général de division Philippe Mpay, ancien patron du Commandement opérationnel de Douala, qui disparaissait à son tour. Autant de sièges vides au moment où les troupes battront le pas sur le boulevard.
Le fauteuil vide du vice-président
Autre point d’attention en ce 20 mai, le fauteuil de vice-président qui est lui aussi inoccupé. Le poste a pourtant été introduit le 4 avril 2026 par une révision constitutionnelle adoptée par le Parlement réuni en Congrès, qui modifie le mécanisme de succession en cas de vacance du pouvoir au profit d’un titulaire désormais nommé et révoqué par le président de la République.
Cette fonction stratégique aiguise les ambitions et les tensions au sein du RDPC comme dans la société civile, dans un pays gouverné depuis 1982 par le même chef de l’État et dont la transition reste à organiser.
La crise anglophone en arrière-plan
La célébration de cette 54ᵉ édition ne saurait enfin occulter une réalité. Ainsi, dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, la crise anglophone continue d’endeuiller le pays. Malgré les appels répétés au dialogue, le conflit persiste et met à l’épreuve le pacte fondateur de 1972 instituant la réunification du Cameroun.
Reconquérir, par une résolution pacifique et durable de cette crise sociopolitique, l’unité d’un Cameroun « un et indivisible » : tel pourrait être le défi adressé à la nation ce 20 mai 2026.



