Ruben Um Nyobè, héros de la lutte pour l’indépendance du Cameroun assassiné il y a 60 ans par l’armée française

Le 13 septembre 1958, il y a soixante ans, après une traque de plusieurs semaines de l’armée française, était tué Ruben Um Nyobè. Son corps supplicié sera exposé à la population avant d’être coulé dans du béton afin de l’effacer de la mémoire collective des camerounais.  Um Nyobé et ses compagnons de lutte, Félix-Roland Moumié, Ouandié Ernest, Osendé Afana, Abel  Kingué, qui demandaient l’indépendance du pays et sa réunification avec la partie britannique, seront tous tués dans la répression des nationalistes.

Ruben Um Nyobe, assassiné en septembre 1958 dans sa région originelle de Sanaga Maritime, sera le premier à y laisser la vie, résultat probant de la politique de pacification « à l’algérienne » coordonnée par le Haut commissaire Pierre Mesmer, qui sera Gouverneur général de l’Afrique équatoriale française, avant de devenir Premier Ministre de Georges Pompidou.

Suivront ses amis et camarades Félix Moumié, empoisonné au thallium par un faux journaliste, William Bechtel, travaillant en fait pour le SDECE, les services secrets français, le 13 octobre 1960, dans un restaurant genevois. Sa voix dénonçait avec force les termes du « pacte néocolonial » dont l’essentiel se concrétisera par « les accords bilatéraux » franco-camerounais, qui sont définitivement signés 10 jours après sa mort, le 13 novembre 1960.

Enfin le dernier dirigeant historique de l’UPC, Ernest Ouandié, ne rendra les armes et ne sera exécuté que 10 ans après l’indépendance formelle du Cameroun, capturé au terme d’une traque au long court, le 18 août 1970, dans son maquis du pays Bamiléké… en compagnie de l’évêque Albert Ndongmo, qui ne sera pas à ses côtés, en revanche, lors de son exécution le 15 janvier 1971 sur la place publique de Bafoussam.

Sa mort signe dans le sang le terme d’une séquence de décolonisation extrêmement violente, une guerre qui dura presque vingt ans, et dont l’intensité n’aura probablement d’égale qu’en Algérie. Guerre discrète pour autant, puisqu’elle se fera dans un silence assourdissant des médias occidentaux.

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