
La scène politique et sécuritaire congolaise est profondément ébranlée. Claude Ibalanky, ancien coordonnateur du Mécanisme national de suivi de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba et ex-envoyé spécial du Président Félix Tshisekedi, a annoncé son ralliement au mouvement rebelle Alliance Fleuve Congo/M23 (AFC/M23), dans une déclaration au ton à la fois politique et métaphorique publiée sur X, suscitant stupeur et interrogations à Kinshasa comme à l’international.
Ce choix, contre-intuitif pour un homme longtemps rattaché au sommet de l’État, marque une rupture symbolique majeure entre une frange de l’élite politique congolaise et le pouvoir central. Il met aussi en lumière la fragilité des institutions et la porosité croissante entre sphère politique et mouvements armés.
Un parcours d’influence avant la rupture
Originaire du Kwilu et discret dans ses apparitions publiques, Claude Ibalanky s’était imposé, jusqu’à récemment, comme une figure de médiation importante dans les milieux diplomatiques et politiques. On lui attribue notamment un rôle dans le rapprochement entre Félix Tshisekedi, alors chef de l’opposition, et plusieurs capitales diplomatiques anglophones telles que Pretoria, Kampala ou Nairobi. Son nom fut également associé à la genèse de la coalition FCC-CACH, scellée en 2018 à Nairobi, une alliance politique clé qui avait permis à Tshisekedi d’accéder à la présidence.
Pourtant, depuis près de deux ans, Claude Ibalanky est tenu à l’écart des cercles du pouvoir, sans explication publique claire. Sa présence dans l’appareil d’État s’est réduite progressivement jusqu’à cette rupture ouverte avec le régime.
Déclaration et motifs : un message tranchant
Dans son message publié sur X, Ibalanky a dépeint son exclusion comme condition de réflexion sur sa loyauté : « Faut-il mourir de faim pour prouver sa loyauté quand on vous interdit de manger dans une maison ? » a-t-il écrit, illustrant l’amertume d’un technocrate exclu du jeu politique. Il a ajouté : « Quand une porte se ferme par calcul, il reste toujours une route à ouvrir par dignité. Le pays appartient à tous. Le Réveil, c’est maintenant. » Ces propos peuvent être lus comme une critique implicite du leadership actuel et une tentative de justifier son basculement vers la rébellion.
Selon plusieurs sources concordantes, Claude Ibalanky séjourne à Goma depuis plusieurs jours, où il serait en train de préparer la formalisation de son adhésion à l’AFC/M23, ce mouvement devenu l’un des acteurs les plus influents du conflit dans l’est de la RDC.
Implications politiques : un défi à Kinshasa
Le ralliement d’une personnalité issue du sérail politique traditionnel à un mouvement armé pose des questions lourdes pour l’avenir politique de la RDC. Ce n’est pas simplement une trahison personnelle ou une revanche, mais bien un signal de dysfonctionnement plus profond dans la gestion des élites et de la cohésion nationale.
Alors que le gouvernement de Félix Tshisekedi peine à contenir militairement l’insurrection et à stabiliser l’est du pays, l’adhésion de figures politiques influentes à des mouvements armés pourrait nourrir un climat de défiance et de fragmentation. Cela renforce la perception que les voies institutionnelles traditionnelles sont incapables de garantir la sécurité, l’intégration politique ou la justice pour tous, surtout après des années de crise qui ont vu Kinshasa perdre du terrain face aux groupes rebelles.
Au total, le ralliement de Claude Ibalanky à l’AFC/M23 dépasse l’anecdote politique. Il symbolise une fracture profonde entre une partie de l’élite – qui voit dans le mouvement rebelle un espace d’expression et de revendication – et un pouvoir qui peine à contenir une insurrection devenue à la fois militaire, politique et institutionnelle.




