
Le Parlement camerounais a adopté une révision constitutionnelle créant un poste de vice-président. Cette réforme modifie le mécanisme de succession en cas de vacance du pouvoir. Les milieux économiques et financiers observent ses effets potentiels sur la stabilité du pays.
Réuni en Congrès à Yaoundé, le Parlement a adopté à une large majorité une modification de la Constitution de 1996. Le texte instaure la fonction de vice-président de la République, nommé et révocable par le chef de l’État. Ce dernier serait chargé d’achever le mandat présidentiel en cas d’empêchement définitif. Les autorités présentent cette évolution comme un facteur de stabilité, tandis que les partenaires internationaux et les marchés évaluent son impact sur le risque politique du Cameroun.
Une réponse directe aux inquiétudes des agences de notation
Jusqu’à présent, le mécanisme de succession au Cameroun reposait sur le président du Sénat. Son rôle se limitait strictement à l’organisation d’un nouveau scrutin dans un délai court. Cette architecture était jugée précaire par les grandes agences de notation internationales. En novembre 2025, l’agence Fitch Ratings maintenait la note du pays à B avec une perspective négative. Elle pointait précisément l’absence d’un plan de succession clair comme un risque structurel majeur. De son côté, Moody’s soulignait que la forte centralisation du pouvoir décisionnel créait une incertitude politique préjudiciable à l’investissement. En déplaçant le curseur de la succession vers un vice-président capable de garantir la continuité du mandat, Yaoundé tente de lever un verrou psychologique et technique qui pesait sur l’évaluation du risque souverain camerounais.
L’enjeu clé du coût du financement national
Le risque politique n’est pas qu’une question de diplomatie, il a un prix très concret pour l’économie nationale. Le gouvernement camerounais a besoin de mobiliser environ 88 000 milliards de FCFA sur la décennie pour financer sa stratégie de développement (SND30), dont plus de 31 % sont destinés aux infrastructures. Or, une perception de risque élevé entraîne mécaniquement un renchérissement des taux d’intérêt sur les marchés internationaux. Elle conduit aussi à des exigences accrues de la part des bailleurs de fonds. En stabilisant son cadre institutionnel, le Cameroun espère réduire ces primes de risque pour sécuriser les appuis budgétaires multilatéraux. Ces dernier sont essentiels car les réserves de change ont montré des signes de fragilité fin 2025.
2026 : l’année de tous les tests pour l’exécutif
L’adoption de cette réforme n’est que la première étape d’une année charnière. Le véritable test pour les marchés réside désormais dans le choix de la personnalité qui occupera ce nouveau poste de vice-président. Les investisseurs interpréteront ce nom comme un signal de la direction politique retenue par Paul Biya, au pouvoir depuis 1982. Parallèlement, le pays doit négocier un nouveau programme avec le FMI pour la période 2026-2029. Le gouvernement devra démontrer que cette nouvelle architecture institutionnelle renforce la paix sociale, la discipline budgétaire et la continuité des réformes économiques nécessaires à la croissance du pays.




