
Alors que la 14e conférence ministérielle de l’OMC s’apprête à livrer ses conclusions finales au palais des congrès de Yaoundé, l’effervescence est à son comble. Entre les couloirs diplomatiques et les stands, le dialogue s’intensifie notamment avec la société civile. Nous avons rencontré Jean-Marc Mbarga, coordinateur de la coalition « Agir pour un Commerce Équitable », une association civile camerounaise très active durant ces quatre jours de négociations.
Loin des salons ministériels, les organisations de la société civile africaine ont joué un rôle de sentinelle durant la MC14. La coalition « Agir pour un Commerce Équitable », dont Jean-Marc Mbarga assure la coordination, s’est mobilisée pour que les intérêts des PME, des femmes entrepreneurs et des travailleurs informels ne soient pas écrasés sous le poids des grands enjeux institutionnels. Son message est clair : la déclaration de Yaoundé ne doit pas être une énième promesse vague, mais un instrument concret de protection et d’émancipation économique pour l’Afrique.
« Faire de la déclaration de Yaoundé un véritable bouclier pour nos PME » : Jean-Marc Mbarga
Afrik.com : Monsieur Mbarga, nous sommes au dernier jour de cette MC14. Quel est votre sentiment général sur les discussions qui ont animé Yaoundé depuis le 26 mars ?
Jean-Marc Mbarga : Merci tout d’abord de l’intérêt que votre média a eu envers mon association. Nous espérons que grâce à vous, les Camerounais et même l’Afrique sauront qu’ici aussi nous pouvons faire de bonnes choses. Pour revenir à votre question, c’est un sentiment de fierté de voir le Cameroun au centre du jeu mondial. Mais c’est aussi une grande vigilance. Nous avons vu des débats intenses, notamment sur le coton et les subventions à la pêche. Pour nous, associations civiles, l’enjeu était de s’assurer que les « petits » ne soient pas oubliés derrière les grands discours de réforme de l’OMC. On ne veut pas d’une énième déclaration d’intention, mais des actes.
Commerce informel et numérique : protéger les 70 % d’actifs urbains
Afrik.com : Un point crucial des négociations a concerné le commerce électronique et le secteur informel. En quoi cela touche-t-il directement le citoyen camerounais ?
J-M. Mbarga : Au Cameroun, le commerce informel fait vivre plus de 70 % de nos actifs urbains. Si l’OMC impose des règles trop rigides sur le numérique sans accompagner la formalisation de nos PME, nous allons vers de grandes difficultés. Nous avons plaidé pour que le moratoire sur les droits de douane électronique soit lié à un fonds de soutien concret pour la numérisation des micro-entreprises africaines.
Trois attentes pour la déclaration finale : agriculture, femmes entrepreneures, arbitrage
Afrik.com : Quelles sont vos attentes précises concernant le rapport final et la « déclaration de Yaoundé » attendue ce soir ?
J-M. Mbarga : Nous attendons trois signaux forts dans le document final de ce soir. D’abord sur l’agriculture : vous savez que la majorité de l’Afrique et le Cameroun en particulier fondent leurs économies sur l’agriculture. Nous attendons un engagement ferme sur le « traitement spécial et différencié » pour protéger nos agriculteurs face aux chocs alimentaires.
Deuxièmement, l’inclusion des femmes. La femme en Afrique a toujours été celle qui garantissait que l’économie de sa famille aille bon train. Au 21e siècle, elle est de plus en plus active. Il faudrait donc qu’au final, un mécanisme de financement dédié aux exportatrices soit véritablement mis en place, comme discuté lors des forums « sheTrades » en marge de la conférence.
Troisièmement, le système d’arbitrage. Il faudrait pour nous que le système d’arbitrage soit restauré pour que les pays africains puissent contester les pratiques déloyales de grandes puissances sur un pied d’égalité. Nous l’espérons vraiment car nous savons que ce sera difficile. (sourire)
Afrik.com : Beaucoup craignent que la MC14 ne soit qu’une vitrine. Que diriez-vous à vos membres dès demain à la sortie d’ici ?
J-M. Mbarga : Je leur dirai que le combat ne s’arrête pas le 29 mars 2026. La MC14 a ouvert des portes, notamment pour l’intégration de nos PME dans les chaînes de valeur mondiales. Mais c’est à nous, société civile, de surveiller la mise en œuvre. La « déclaration de Yaoundé » doit être notre nouvel outil de plaidoyer.



