Dr George Elombi : « L’Afrique doit transformer ses ressources pour peser sur le commerce mondial »


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Le Dr George Elombi nouveau président d'Afreximbank
Le Dr George Elombi nouveau président d'Afreximbank

Alors que Yaoundé bat au rythme de la 14eme conférence ministérielle de l’OMC, le Dr George Elombi, nouveau Président d’Afreximbank, nous livre sa vision des enjeux cruciaux pour le continent. Entre réforme du multilatéralisme et impératif d’industrialisation, il détaille l’engagement de la banque panafricaine pour faire de l’Afrique un acteur de premier plan.

Avec la tenue de la 14e conférence ministérielle de l’OMC à Yaoundé, le Cameroun accueille un événement qui ravive les ambitions du continent africain sur la scène commerciale mondiale. Dans ce contexte chargé d’enjeux, le Dr George Elombi, fraîchement nommé à la tête d’Afreximbank, détaille sa vision pour transformer les ressources africaines en puissance économique réelle. Entre protection des intérêts agricoles, financement de l’industrialisation et stratégie régionale panafricaine, l’entretien que nous vous proposons offre un aperçu des priorités qui animent l’institution de développement du continent.

L’Afrique au cœur du multilatéralisme : une fierté et une urgence

Afrik.com : Monsieur le Président, vous participez actuellement à la MC14 ici à Yaoundé. Quel est le sentiment dominant alors que l’Afrique accueille ce sommet pour la deuxième fois seulement de son histoire ?

Dr George Elombi : C’est une fierté de voir le Cameroun devenir, le temps d’un sommet, le centre de gravité du commerce mondial. Le sentiment dominant est celui de l’urgence. Nous sommes à un tournant où le système multilatéral est contesté par la montée du protectionnisme. Pour l’Afrique, l’enjeu est de s’assurer que les nouvelles « règles du jeu » qui se dessinent ici ne nous excluent pas, mais favorisent au contraire notre intégration structurelle.

Afrik.com : Justement, quels sont les dossiers prioritaires que l’Afrique porte durant ces quatre jours de négociations ?

Dr George Elombi : Il en a plusieurs, mais j’insisterai sur trois points essentiels :

  • L’agriculture et la sécurité alimentaire : nos pays doivent pouvoir soutenir leurs producteurs sans être pénalisés par des règles conçues ailleurs.
  • La pêche : il est vital de protéger nos ressources maritimes contre les subventions qui favorisent la surpêche par des flottes étrangères.
  • Le coton est un dossier symbolique pour cette édition. Nous avons lancé ici une plateforme d’investissement pour le coton. Mon message est clair : d’ici 15 à 20 ans, le coton africain ne doit plus être exporté sous forme brute. Nous devons créer une industrie textile compétitive sur notre sol.

Afreximbank : du financement à la transformation industrielle

Afrik.com : Quel rôle joue Afreximbank dans ce dispositif, au-delà du simple financement ?

Dr George Elombi : Afreximbank agit comme un catalyseur. À Yaoundé, nous ne nous contentons pas de discuter, nous agissons. Par exemple, nous venons de signer avec l’État du Cameroun un accord pour la construction du centre médical africain d’excellence (AMCE) sur 10 hectares à Nsimalen. C’est la preuve que le commerce et l’investissement doivent servir le développement humain. Plus globalement, nous déployons des outils comme le système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS) pour faciliter les échanges en monnaies locales, ce qui réduira notre dépendance aux devises étrangères.

Afrik.com : Vous avez succédé au Professeur Benedict Oramah en octobre dernier. Quelle est la touche Elombi que vous souhaitez insuffler à l’institution ?

Dr George Elombi : Ma vision s’inscrit dans la continuité mais avec accélération sur la transformation industrielle. L’entrée récente de l’Afrique du Sud comme actionnaire de la banque est un tournant stratégique. Nous voulons utiliser l’expertise industrielle sud-africaine pour structurer des chaînes de valeur régionales dans tout le continent. Mon objectif est de passer du financement de projets isolés à une véritable organisation de la production africaine.

Afrik.com : Un dernier mot pour nos lecteurs d’Afrik.com sur l’avenir du commerce intra-africain avec la ZLECAF ?

Dr George Elombi : La ZLECAF est notre plus grand bouclier face aux crises mondiales, mais une zone de libre-échange ne sert à rien si nous n’avons rien à échanger entre nous. C’est pourquoi Afreximbank met tout en œuvre pour que « consommer africain » ne soit plus un slogan, mais une réalité économique rentable. L’Afrique a les idées, elle a le capital. À nous de transformer cette ambition en prospérité partagée.

Franck Biyidi
LIRE LA BIO
Franck Biyidi est diplômé de l'IRIC (Institut des Relations Internationales du Cameroun) je suis spécialiste des relations internationales au sein de la Francophonie et de l'Union Africaine et de tout ce qui touche la diplomatie en Afrique francophone
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