
Les travailleurs camerounais se sont joint à ceux du monde entier pour célébrer la 140ème édition de la Fête internationale du Travail, sous le thème : « Dialogue social et travail décent : facteurs de paix, de cohésion nationale et de développement économique de l’entreprise ». Ce thème savamment choisi par la Confédération syndicale internationale (CSI), ne va pas sans susciter des débats au sein de la population camerounaise.
Pour le patriarche Dieudonné T., « le thème de la 140ème édition de la fête internationale du Travail ne sied pas à notre contexte. Combien de Camerounais travaillent ? Combien de sociétés publiques, parapubliques et privées compte le Cameroun ? Le peu de personnes qui travaillent, allez voir leurs conditions de vie, de travail, de salaire, d’assurance tous genres, les dossiers pendant qu’on est à la retraite ? ».
« Les employeurs de connivence avec les autorités administratives »
« Il y a plusieurs cas. Je ne citerai que celui des employés du Matgénie (Parc national de matériel de génie civil du Cameroun), une société publique, créée en 1967, qui n’ont pas fêté ? Et pour cause, ces employés réclament de 10 à 40 mois d’arriérés de salaire, ainsi que d’autres avantages sociaux. Je puis simplement dire que la majorité des camerounais jonglent pour survivre », conclut-il.
« J’ai comme l’impression que les employeurs dans notre pays, étaient de connivence avec les autorités administratives, judiciaires et les forces de maintien de l’ordre, etc. Tenez, avant de passer à la grève qui est l’étape finale, vous respectez toutes les procédures légales et réglementaires en vigueur telles que : la négociation avec l’employeur, l’envoi de la mise en demeure, la saisine de l’inspection du travail, l’organisation d’un vote de grève », relève Pierre B.
« Je suis parti à cause de 10 mois d’arriérés de salaire »
Et le machiniste de déplorer : « le jour de la grève ou marche pacifique, les forces de maintien de l’ordre, lourdement armées, envahissent le lieu très tôt, dispersent les personnes qui réclament simplement leurs droits et embarquent la majorité, surtout les leaders syndicaux ». Non sans s’interroger : « cette manière de faire peut-elle amener la paix ? Ce n’est pas verser le carburant dans le feu ? ».
« Je suis parti d’une entreprise de transport, à cause de 10 mois d’arriérés de salaire. Pour nous endormir/retenir, à chaque fin du mois, le patron ne nous versait pas la totalité de nos salaires. Chaque fois, il nous disait : « le mois prochain, vous aurez la totalité de vos salaires, sans oublier les arriérés ». Et le moment venu, il ne respectait pas sa parole », déclare le chauffeur Samuel D.
« Les Camerounais ne sortaient du pays que pour les études »
« Alors, constatant que s’était récurrent, nous l’avions traduit auprès de l’inspecteur du travail, qui, au départ, semblait défendre nos droits. Une fois l’enveloppe de notre patron reçue, le langage de cet inspecteur avait changé. Nous étions obligés de pousser en justice. Nous avions gagné le procès, maintenant, le paiement était devenu un serpent de mer. Nous avions finalement abandonné le dossier », poursuit-il.
« A l’époque de l’ancien président de la République, il y avait beaucoup de sociétés publiques, parapubliques et privées. Les Camerounais ne sortaient du pays que pour les études, puis ils revenaient au bercail. On avait l’embarras de choix d’entreprises. Je puis vous dire que beaucoup de ces entreprises n’existent plus, d’autres ont tellement réduit les effectifs, les salaires, on note également une baisse d’activités, du matériel vétuste, les leaders syndicaux pourchassés, etc. », indique la matriarche Pascaline L.
« Les autorités gagneraient plus en créant des entreprises »
« Et quand arrive la fête internationale du Travail, pour gonfler les effectifs, on recrute les jeunes filles et garçons, on leur donne des t-shirts et des casquettes. Puis après le défilé, on les amène dans un coin, pour le partage des sandwichs, des petites bouteilles d’eau et quelques sous de transport. Il faudra attendre l’année prochaine pour le même scénario. Alors, de qui se moque-t-on ? », poursuit-elle.
« Les autorités gagneraient plus en créant des entreprises, en encourageant l’auto-emploi, en octroyant des prêts à des taux d’intérêt très réduits, en incitant les camerounais de la diaspora à venir investir dans le pays. Si cela n’est pas fait, les jeunes diplômés ou non, vont demeurer dans les métiers tels que : le transport par moto, les calls box, la collecte de la ferraille, aluminium, des cartons et des bouteilles en plastique, le petit commerce, les agressions, les enlèvements avec demande de rançon, des trafics d’ossement humain, de la drogue, etc. », ajoute-t-elle.
« Très heureuses de gagner dignement notre vie »
« Nous sommes des jeunes filles formées en secrétariat bureautique. Pour exercer notre métier, quatre ou cinq personnes peuvent louer un local dans une zone universitaire. Chacune installe son ordinateur, l’imprimante, le scanner et une photocopieuse, si possible. Chacune écrit son prénom et son numéro de téléphone sur une feuille, et colle cette feuille au mur derrière son dos. A la fin du mois, nous partageons équitablement les charges (loyer, impôts, électricité, eau) », déclare la secrétaire bureautique Jeanne K.
«Quand arrive les fêtes de travail, de Pâques, de Noël, de Nouvel an, du 8 mars, nous procédons de la même manière. Il en est de même pour les événements malheureux. Nous sommes très heureuses de gagner dignement notre vie et de participer au développement économique de notre cher et beau pays. Que personne ne croise les bras, car, il y a un adage qui dit : « aide-toi et le ciel t’aidera ! » », ajoute-t-elle.




