
Le 29 mai 2026, le Sénégal célébrera le centième anniversaire d’Abdoulaye Wade, figure majeure de la vie politique africaine. Pour le nouveau pouvoir en place, cette commémoration d’une longévité exceptionnelle devient un levier de légitimité au sein d’une nation en pleine mutation.
Pour saisir la portée de cet événement, il faut remonter à l’alternance de l’an 2000, lorsqu’Abdoulaye Wade a brisé quarante ans de règne socialiste. Surnommé le pape du Sopi, «changement» en wolof, il a instauré une doctrine libérale et panafricaniste tout en modernisant les infrastructures du pays, du Monument de la Renaissance africaine au Grand Théâtre national. Sa fin de règne en 2012, marquée par des tensions sociales liées à sa volonté de briguer un troisième mandat, avait laissé un pays divisé, mais son héritage politique reste central.
Des intérêts bien distincts
Les acteurs de ces festivités ont des logiques divergentes. Le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko cherchent, par cet hommage, à sceller une réconciliation nationale et à capter l’électorat nostalgique du Parti démocratique sénégalais. De son côté, la famille Wade, menée par Karim Wade depuis son exil au Qatar, utilise cette vitrine pour tenter un retour au cœur de l’échiquier politique. Enfin, la vieille garde libérale et les autorités religieuses voient dans ce centenaire une occasion de stabiliser les rapports de force face aux velléités de rupture radicale du nouveau régime.
Sur le plan géopolitique, cette célébration réaffirme le rôle de Dakar comme exemple de la démocratie en Afrique de l’Ouest, envoyant un signal de continuité diplomatique aux partenaires internationaux malgré les tensions au pouvoir. Économiquement, l’ombre de Wade persiste sur les grands projets actuels, notamment dans les secteurs de l’énergie et des transports, rappelant que les orientations prises sous son magistère conditionnent encore l’attractivité du Sénégal pour les investisseurs étrangers. Au niveau sociétal, l’événement a pour objectif de renforcer l’identité nationale, d’unir les générations autour de la figure du bâtisseur tout en apaisant les rancœurs nées des crises politiques passées.
Deux scénarios pour l’après-centenaire
Reste à voir si ce centenaire va recoller les morceaux ou relancer la machine libérale. D’un côté, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko pourraient absorber l’héritage Wade pour museler le PDS avant les législatives, malgré les tensions internes. De l’autre, Karim Wade risque de transformer l’hommage en meeting géant. Comme le dit un proche du mouvement And Sopi Thiès : « Honorer Abdoulaye Wade est un rappel que la démocratie n’est jamais définitivement acquise ; elle se construit, se défend et se transmet de génération en génération. » On attend les annonces du ministère de la Culture pour y voir clair.




