Mali : les événements donnent raison à l’Algérie


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Crise sécuritaire au Mali : l’échec du pari russe et le retour d’Alger
Crise sécuritaire au Mali : l’échec du pari russe et le retour d’Alger

Face à une offensive coordonnée de groupes armés et à une dégradation rapide de la situation sécuritaire, le Mali voit ressurgir les limites de sa stratégie militaire. La junte se retrouve au bord du gouffre après avoir tout misé sur deux paris : la solution militaire russe et le rapprochement avec Rabat au détriment d’Alger. Les deux ont échoué. Et l’Algérie, ostensiblement mise à l’écart, n’a jamais cessé d’avertir que ça finirait ainsi.

Dans une série d’attaques coordonnées d’une ampleur inédite, lancées le 25 avril 2026, des combattants du JNIM et des groupes touareg du FLA ont visé simultanément plusieurs villes maliennes, faisant peser une menace directe sur Bamako. Le ministre de la Défense Sadio Camara a été tué, tandis que le général Assimi Goïta a disparu 3 jours avant de réapparaitre avec un masque le rendant peu reconnaissable. Ainsi, la junte, qui avait fait de l’autonomie un axe central de sa politique, apparaît aujourd’hui fortement fragilisée. D’autant plus que les rebelles ont annoncé reprendre le blocus de la capitale malienne. Une situation qui redonne un écho particulier aux mises en garde répétées d’Alger.

Alger avait mis en garde

Le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, avait à plusieurs reprises exprimé ses réserves quant à l’option militaire au Sahel. « Une solution militaire est impossible au Sahel et au Sahara, en particulier au Mali, car elle a été essayée trois fois auparavant et elle a échoué », déclarait-il.

À Bamako, ces propos avaient été perçus comme une ingérence. Le chef de la diplomatie malienne, Abdoulaye Diop, affirmait alors que son pays n’était « ni demandeur ni preneur de leçons ». Dix-huit mois plus tard, l’évolution de la situation sécuritaire tend à raviver ce débat. La marge de manœuvre de la junte semble se réduire, d’autant que l’Africa Corps amorce un repositionnement dans le nord du pays.

Les limites du partenariat russe

Or, la stratégie malienne repose en grande partie sur le soutien russe, d’abord à travers Wagner, puis via l’Africa Corps avec 2000 soldats déployés. Pourtant, ces dispositifs n’ont pas permis d’enrayer l’insurrection.

Des témoignages recueillis par l’ONG The Sentry évoquent des difficultés opérationnelles persistantes : manque de réactivité, coordination limitée et matériel sous-utilisé. Certains responsables militaires maliens décrivent une situation où des renseignements exploitables ne débouchent pas systématiquement sur des interventions.

La plupart des analystes régionaux estiment comme Attaf que les approches centrées uniquement sur l’outil militaire montrent leurs limites face à des groupes maîtrisant les logiques de guerre asymétrique.

Le pari malien sur Rabat : un mauvais calcul stratégique

Le 10 avril 2026, quinze jours à peine avant les attaques, Bamako annonçait son retrait de la reconnaissance de la RASD et l’alignement sur le plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental, décrit par Abdoulaye Diop comme « base sérieuse et crédible ». Cette décision était perçue comme un gain diplomatique pour Rabat. Ainsi, la junte malienne pensait diversifier ses alliances alors que l’Algérie se rapprochait des pays de la Confédération des États du Sahel par le truchement du Niger. La suite a montré que c’était un mauvais choix et un mauvais timing.

Une ligne diplomatique constante

C’est pourquoi, depuis le début de la crise malienne, Alger défend une approche fondée sur le dialogue politique, la réintégration des groupes armés dans un processus national et la relance d’un cadre négocié. L’Algérie continue de plaider pour une solution associant l’ensemble des acteurs politiques et communautaires, une constance qui tranche dans une diplomatie où les changements d’alliance et de position sont légions.

Ainsi, de ce côté de la frontière, ll’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger en 2015 reste, à ce jour, le cadre le plus structurant en matière de règlement politique du conflit. Réagissant aux attaques du 25 avril, Ahmed Attaf a réaffirmé cette ligne : « Nous réaffirmons la position claire et constante de l’Algérie, qui soutient avant tout l’unité du Mali, tant sur le plan territorial que sur celui de son peuple et de ses institutions. » Il a également souligné que « la cohésion nationale constitue un rempart essentiel contre le terrorisme ».

Une équation régionale incontournable qui implique le retour d’Alger

Avec plus de 1 300 kilomètres de frontière commune, l’Algérie est directement concernée par l’évolution de la situation au Mali. Une déstabilisation durable du nord malien ou une progression du mouvement séparatiste touarègue pourrait avoir des répercussions sur l’ensemble du Sahel central. Les populations touarègues, présentes dans plusieurs pays de la région, échappent aux logiques strictement frontalières. Cette réalité rend difficile toute résolution du conflit malien sans implication des acteurs régionaux, au premier rang desquels figure l’Algérie.

Le remplacement progressif de Wagner par l’Africa Corps pourrait ouvrir une nouvelle phase diplomatique. Dans une phase de fragilisation militaire, Bamako pourrait être amené à reconsidérer certaines options, notamment en direction d’Alger.

Dans le nord du pays, la reprise de Kidal par les groupes rebelles illustre les limites des stratégies exclusivement militaires. Cette modification des rapports de force pourrait également accélérer une recomposition des équilibres régionaux et relancer les initiatives de médiation.

La position défendue de longue date par l’Algérie retrouve une visibilité accrue, à mesure que la crise malienne entre dans une phase d’incertitude.

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