
L’opposition congolaise ne compte visiblement pas tourner la page du débat constitutionnel. Quelques jours après les manifestations du 12 juin contre la loi référendaire adoptée par le Parlement, les principales forces de l’opposition ont annoncé une nouvelle démonstration de force pour le 8 juillet prochain. Réunis à Kinshasa sous la bannière de la coalition C64, leurs dirigeants entendent maintenir la pression sur le pouvoir du Président Félix Tshisekedi, qu’ils accusent de vouloir ouvrir la voie à une révision controversée de la Constitution.
Lors d’une réunion d’évaluation tenue ce mardi dans la capitale congolaise, les responsables de la coalition C64 ont décidé d’organiser une marche populaire sur toute l’étendue du territoire national. À Kinshasa, le point de chute prévu est le Palais de la Nation, siège de la présidence de la République. Au-delà du rejet de la loi sur le référendum, les organisateurs affichent désormais une revendication plus radicale : obtenir la démission du chef de l’État.
Une opposition déterminée à poursuivre la mobilisation
Pour les leaders de la C64, le vote de la loi référendaire marque une étape préoccupante dans ce qu’ils considèrent comme une remise en cause de l’ordre constitutionnel établi en 2006. Ils accusent le pouvoir de chercher à modifier les équilibres institutionnels sous couvert de réformes destinées à renforcer la participation populaire.
La loi récemment adoptée par les deux chambres du Parlement crée, en effet, le cadre juridique permettant l’organisation d’un référendum sur des questions jugées d’intérêt national. Le gouvernement et la majorité présidentielle présentent ce texte comme un instrument démocratique destiné à donner directement la parole aux citoyens sur des enjeux majeurs. Le président de l’Assemblée nationale, Aimé Boji, avait d’ailleurs salué son adoption en affirmant qu’elle permettrait au peuple congolais de se prononcer lui-même sur les grandes orientations nationales.
Mais du côté de l’opposition, on ne voit point les choses sous cet angle. Cette initiative cache un objectif plus ambitieux : préparer une éventuelle révision de la Constitution. Depuis plusieurs mois déjà, les débats autour d’un possible changement constitutionnel alimentent les tensions politiques dans le pays. D’autant plus que ce projet est soutenu par le Président Tshisekedi lui-même.
Un objectif aux allures chimériques
Manifester contre un projet de loi qui pourrait cacher des intentions du pouvoir est une chose. Mais vouloir aller plus loin en inscrivant la démission du président de la République à son agenda est un projet pour le moins utopique, que l’opposition agite désormais comme un ultime recours. Comment l’opposition compte-t-elle s’y prendre concrètement pour atteindre un tel objectif, à savoir la démission de Félix Tshisekedi de la tête de l’État ? De quels leviers dispose-t-elle ?
La Constitution congolaise encadre strictement les conditions de cessation des fonctions présidentielles et ne prévoit pas qu’une simple mobilisation populaire, aussi importante soit-elle, puisse contraindre le chef de l’État à quitter ses fonctions. Quant à une procédure parlementaire, elle est inenvisageable au regard de la confortable majorité dont dispose encore le camp présidentiel au sein des institutions.
Dans ces conditions, l’appel à la démission du président ressemble davantage à une posture politique destinée à galvaniser les militants et à maintenir la pression sur le pouvoir qu’à un objectif véritablement réalisable. Les dirigeants de l’opposition savent eux-mêmes que les chances de voir Félix Tshisekedi abandonner volontairement son mandat sont extrêmement faibles sinon nulles. Il faut surtout voir derrière cette annonce une stratégie de communication visant à radicaliser le discours de l’opposition et à transformer le débat sur la loi référendaire en une contestation plus globale de la gouvernance actuelle. La question est désormais de savoir si cette manifestation se passera pacifiquement ou si elle sera émaillée de violences comme celle du 12 juin 2026.





