
Déclarée le 15 mai en Ituri, la flambée due au virus Bundibugyo a dépassé en dix semaines le nombre de cas que l’épidémie de 2018-2020 avait mis un an à atteindre. Le bilan publié vendredi 31 juillet s’établit à 3 532 cas confirmés et 1 556 décès.
Les épidémiologistes déployés à Bunia s’alarment surtout du rythme. L’épidémie du Nord-Kivu, la plus lourde qu’ait connue la République démocratique du Congo jusqu’à cette année, avait franchi la barre des 2 687 cas confirmés au bout d’une année environ. Celle d’Ituri l’a dépassée avant la fin de sa dixième semaine, et le total communiqué vendredi par le ministère de la Communication place désormais la flambée en cours derrière le seul épisode ouest-africain de 2014-2016.
Un seuil franchi cinq fois plus vite
Les relevés successifs de l’Institut national de santé publique donnent la mesure de l’emballement. Un mois après la déclaration, 827 cas confirmés étaient recensés en RDC et en Ouganda. Le seuil des 2 000 a été atteint vers le 12 juillet, celui des 3 200 le 25. Sur la seule semaine achevée ce jour-là, 856 nouvelles infections ont été enregistrées, quand le nombre de décès doublait en une quinzaine de jours. Médecins sans frontières, qui mobilise plus de 1 400 employés dans le pays, décrit une riposte qui court derrière l’épidémie sans parvenir à la devancer.
Cette pente ne traduit pas uniquement des contaminations récentes. Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) indique que les données congolaises sur les cas confirmés et les décès font l’objet d’une révision continue, et relève des lacunes qui restent importantes en matière de surveillance et d’épidémiologie. Les relevés hebdomadaires repris par l’agence Bloomberg attribuent une partie de la hausse à l’élargissement du dépistage et à la recherche rétrospective de cas, qui fait remonter dans les comptes des malades passés inaperçus au printemps, lorsque les kits employés ne détectaient que l’ebolavirus Zaïre. L’OMS juge de son côté les chiffres publiés inférieurs à la réalité du terrain, en raison des décès survenus à domicile.
Aucun vaccin pour casser la chaîne
La souche Bundibugyo échappe aux deux vaccins homologués, Ervebo et le schéma Zabdeno-Mvabea, mis au point contre l’ebolavirus Zaïre. La vaccination en anneau des contacts, qui avait fait reculer la transmission en 2019, reste hors de portée des équipes, tenues à l’isolement des malades et au traçage. L’université d’Oxford vient de lancer un premier essai de candidat vaccin ciblant Bundibugyo, pendant que l’Institut national de recherche biomédicale de Kinshasa, l’ANRS Maladies infectieuses émergentes et l’ONG ALIMA évaluent l’obeldesivir en prophylaxie post-exposition.
Selon l’ECDC, au 20 juillet l’épidémie touche 47 des 140 zones de santé réparties sur cinq provinces. L’Ituri concentre à elle seule 2 202 cas et 838 décès. Les groupes armés actifs dans la province limitent l’accès des soignants aux villages, quand l’orpaillage et le commerce frontalier entretiennent les déplacements de population. L’Ouganda a déclaré son épidémie terminée le 28 juillet, après vingt cas confirmés et deux décès.




