Cuivre et or au sommet : la RDC, la Zambie et le Ghana parmi les gagnants africains


Lecture 5 min.
Mine de cuivre en Namibie
Mine de cuivre en Namibie

Pendant que la hausse du pétrole et des denrées alimentaires pèse sur les pays importateurs, une autre flambée joue en faveur de plusieurs économies africaines. Selon la Banque mondiale, le cuivre approche 14 500 dollars la tonne et l’or se maintient au-dessus de 4 300 dollars l’once. Pour la RDC, la Zambie et le Ghana, l’écart avec les cours de 2025 se chiffre en milliards de dollars de recettes d’exportation.

La flambée mondiale des matières premières ne fait pas que des perdants sur le continent. Les données mensuelles publiées le 2 octobre par la Banque mondiale, la « Pink Sheet », montrent que plusieurs métaux évoluent à des niveaux exceptionnels, au moment même où le pétrole et les céréales s’envolent.

Le cuivre s’est établi en moyenne à 14 474 dollars la tonne en septembre, contre 9 947 dollars sur l’ensemble de 2025, soit une hausse de plus de 45 %. Il cotait déjà 14 326 dollars en août. Le zinc a franchi la barre des 4 000 dollars la tonne et l’aluminium tient au-dessus de 3 280 dollars.

Premiers producteurs de cuivre du continent, la République démocratique du Congo et la Zambie sont en première ligne.

RDC : des cours très au-dessus des hypothèses du FMI

Le cuivre et le cobalt assurent l’essentiel des exportations minières congolaises et une part déterminante des entrées de devises. Dans son rapport sur la RDC publié en début d’année, le FMI retenait pour les prochaines années des prix d’exportation du cuivre compris entre 9 000 et 10 000 dollars la tonne environ, et comptait déjà sur la progression des ventes de cuivre pour améliorer la position extérieure du pays.

À l’issue de sa mission de mai 2026, le Fonds attribuait la stabilité du franc congolais depuis fin 2025 en partie à un déficit courant en réduction, porté par « l’évolution favorable des prix des minerais à l’exportation ». Les réserves internationales atteignaient 8,8 milliards de dollars fin mars, un niveau encore légèrement inférieur au seuil de trois mois d’importations. Le FMI relevait aussi un léger ralentissement du secteur extractif car l’embellie tient davantage aux prix qu’aux volumes.

Si le cuivre se maintient autour de 14 500 dollars, la valeur des exportations congolaises progressera mécaniquement, avec à la clé davantage de devises et de recettes fiscales minières. Chaque dollar supplémentaire ne rejoindra pas pour autant les caisses de l’État. La part de la rente captée par Kinshasa dépendra des contrats miniers, des coûts des opérateurs et du régime fiscal, ainsi que de la capacité du pays à augmenter réellement sa production.

Zambie : le cuivre pèse les deux tiers des exportations

En Zambie, l’enjeu est du même ordre. Dans son rapport de février 2026, consacré à la sixième et dernière revue du programme soutenu par la Facilité élargie de crédit, le FMI prévoyait pour 2026 environ 14,7 milliards de dollars d’exportations de biens, dont près de 9,7 milliards pour le seul cuivre. Le métal représente ainsi environ les deux tiers des recettes d’exportation du pays.

Le Fonds y mesurait aussi la vulnérabilité zambienne aux cours car une baisse de 10 % du prix du cuivre en 2026 aurait suffi à transformer l’excédent courant attendu, de 1,7 % du PIB, en un déficit de 0,6 % du PIB. Avec un cuivre près de 45 % au-dessus de sa moyenne de 2025, le mécanisme joue désormais dans l’autre sens.

La remontée des cours intervient alors que Lusaka s’est fixé l’objectif de porter sa production de cuivre à 3 millions de tonnes par an d’ici 2031 et cherche à consolider son redressement après le défaut de 2020 et la restructuration de sa dette. À volumes constants, la hausse améliore déjà les termes de l’échange. Si la production suit, l’effet sur les exportations et les entrées de devises sera d’autant plus marqué, et les recettes publiques pourraient en bénéficier.

Ghana : l’or, plus de la moitié des exportations

L’or s’est établi en moyenne à 4 319 dollars l’once en septembre. C’est un léger repli par rapport à août (4 411 dollars), mais le métal reste très au-dessus de sa moyenne de 2025 (3 442 dollars) et de celle de 2024 (2 388 dollars).

Le Ghana en offre l’illustration la plus nette. Selon le FMI, l’or représente désormais plus de la moitié des exportations ghanéennes, contre un cinquième seulement en 2021. L’envolée des cours, la hausse de la production et une meilleure captation de l’or artisanal ont fortement amélioré la balance courante. Le cedi s’est apprécié de 41 % face au dollar, en termes nominaux, en 2025.

Cette même année, le pays a exporté 104 tonnes d’or issu de l’orpaillage et des petites mines, pour 10,9 milliards de dollars, soit 9,5 % du PIB, d’après le rapport du FMI publié en août. Les autres grands producteurs du continent, de l’Afrique du Sud au Mali en passant par le Burkina Faso, profitent eux aussi, à des degrés divers, de ces niveaux de prix.

Une rente encore mal captée

Pour les économies importatrices de pétrole et de produits alimentaires, la poussée des matières premières se traduit par davantage d’inflation et une facture extérieure plus lourde. Les pays miniers, eux, voient leurs termes de l’échange s’améliorer nettement. La traduction de ces gains dans les finances publiques reste incertaine.

Idriss K.Sow
Journaliste-essayiste mauritano-guinéen, il parcourt depuis une décennie les capitales et les villages d’Afrique pour chroniquer, en français, les réalités politiques, culturelles et sociales de l'Afrique
Newsletter Source préférée