Blé, sucre, maïs : le Maghreb face au retour de la flambée des prix alimentaires


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Les pays du Maghreb restent fortement dépendants des importations de céréales
Les pays du Maghreb restent fortement dépendants des importations de céréales

Les cours mondiaux des produits alimentaires ont nettement accéléré en septembre, tirés par le blé, le maïs et le sucre. Malgré de meilleures récoltes en Algérie, au Maroc et en Tunisie, le Maghreb reste très dépendant des importations, et cette nouvelle poussée pourrait vite peser sur le pouvoir d’achat ou sur les finances publiques.

Le répit aura été de courte durée. Après plusieurs mois d’accalmie, les prix alimentaires mondiaux sont repartis à la hausse. Selon les données publiées ce vendredi 2 octobre par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), son indice de référence s’est établi en moyenne à 136 points en septembre, contre 134 points en août après révision, soit une progression de 1,5 % en un mois et de 5,8 % sur un an. Il n’avait plus atteint un tel niveau depuis novembre 2022.

Pour le Maghreb, le signal le plus préoccupant vient des céréales. Leur indice a bondi de 5,1 % en septembre et dépasse désormais de 17,2 % son niveau d’il y a un an. Le blé a pris 6,3 % en un mois, le maïs 5,6 %. L’effondrement des échanges en mer Noire, conséquence de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, a porté début septembre les contrats à terme sur le blé à leur plus haut niveau depuis trois ans. S’y ajoutent des inquiétudes climatiques en Amérique du Nord et une réduction des disponibilités exportables chez plusieurs grands producteurs. La FAO a d’ailleurs abaissé de 0,7 % sa prévision de commerce mondial de céréales pour 2026-2027.

Algérie : une bonne récolte et l’amortisseur des hydrocarbures

L’Algérie aborde pourtant cette nouvelle tension dans une situation agricole plus favorable que ces dernières années. Grâce au retour des pluies, sa récolte céréalière 2026 est estimée par la FAO à environ 5 millions de tonnes, près de 30 % au-dessus de la moyenne et la meilleure depuis 2019.

Sa dépendance extérieure reste néanmoins importante. Pour la campagne 2026-2027, la FAO évalue encore ses besoins d’importation à 14,5 millions de tonnes de céréales, dont 8,5 millions de tonnes de blé et 5 millions de tonnes de maïs, ces derniers tirés par les besoins croissants de l’élevage. Une hausse durable des cours internationaux alourdirait donc mécaniquement la facture d’importation et, si Alger choisit de continuer à protéger les consommateurs, le coût des dispositifs publics de soutien.

Mais l’Algérie dispose ici d’un atout que n’ont pas ses voisins. Les tensions qui renchérissent une partie de ses importations alimentaires, à commencer par la fermeture du détroit d’Ormuz, font aussi grimper la valeur de ses exportations d’hydrocarbures. Le FMI, qui a conclu le 11 septembre ses consultations annuelles avec le pays, estime que la hausse des prix du pétrole et du gaz devrait soutenir en 2026 les recettes d’exportation comme les recettes budgétaires.

Pour Alger, la flambée du blé représente ainsi une dépense supplémentaire à absorber mais qui est inférieure aux bénéfices que le pays tire de la crise d’Ormuz. Ainsi, le surcroît de revenus énergétiques offre de quoi financer le maintien des subventions et d’éviter un impact sur le pouvoir d’achat des ménages.

Maroc : la récolte allège la facture

Au Maroc, après plusieurs années de sécheresse, les pluies ont permis une nette reprise de la production. La FAO table sur une production céréalière de 6,3 millions de tonnes en 2026, 16 % au-dessus de la moyenne quinquennale, quand le ministère de l’Agriculture avance pour sa part le chiffre de 9 millions de tonnes, sans doute trop ambitieux.

Les besoins de blé importé n’en restent pas moins considérables. La FAO les estime à 5 millions de tonnes pour la campagne 2026-2027, un volume inférieur d’environ 15 % à la moyenne des cinq dernières années mais néanmoins conséquent.

Le royaume dispose donc cette année d’un léger amortisseur agricole, mais une hausse prolongée des marchés mondiaux pèserait d’abord sur les importateurs et sur les mécanismes publics de stabilisation, avant de gagner le budget des ménages, l’état étant déjà en difficulté financière en raison de l’impact de la guerre en Iran. L’inflation alimentaire, légèrement négative au printemps selon la FAO, pourrait alors repartir.

Tunisie : une dépendance plus marquée

La Tunisie a elle aussi profité de meilleures conditions météorologiques. Sa récolte céréalière avoisinerait 1,8 million de tonnes, près de 20 % au-dessus de la moyenne récente.

La dépendance y reste pourtant plus visible qu’ailleurs. Le département américain de l’Agriculture (USDA) prévoit environ 1,85 million de tonnes d’importations de blé pour 2026-2027, davantage que la production nationale de blé, estimée à 1,2 million de tonnes. Dans un pays où l’État subventionne la consommation de blé et où l’inflation alimentaire atteignait encore 6 % en janvier, la sensibilité aux cours mondiaux demeure forte.

Le sucre et les engrais prennent le relais

Le pain n’est pas seul en cause. L’indice FAO du sucre a bondi de 6,1 % en septembre, à son plus haut niveau depuis dix-huit mois, sur fond de craintes liées à un épisode El Niño marqué et de perspectives moins favorables en Thaïlande, en Inde, au Brésil et dans l’Union européenne.

Le dernier rapport de l’AMIS, le système d’information sur les marchés agricoles créé par le G20, relève en outre des taux de fret élevés, un raffermissement des marchés d’engrais et des perturbations logistiques persistantes. Le surcoût risque ainsi de se propager du transport des cargaisons jusqu’aux exploitations maghrébines, par le prix des engrais. L’économiste en chef de la FAO, Maximo Torero, prévient que ces tensions finiront par atteindre les consommateurs si elles durent, en particulier dans les pays qui importent à la fois leur nourriture et leur énergie. Une alerte qui concerne donc clairement le Maroc et la Tunisie.

Les stocks mondiaux restent importants et aucun scénario de pénurie généralisée ne se dessine pour l’instant. Au Maghreb, l’enjeu porte plutôt sur la répartition du surcoût entre ménages et budgets publics, et sur la capacité de chaque État à en supporter sa part le temps que les marchés se détendent.

Idriss K.Sow
Journaliste-essayiste mauritano-guinéen, il parcourt depuis une décennie les capitales et les villages d’Afrique pour chroniquer, en français, les réalités politiques, culturelles et sociales de l'Afrique
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