Ebola : ce que le premier candidat-vaccin contre Bundibugyo ne fera pas tout de suite


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Virus Ebola
Virus Ebola

L’université d’Oxford a lancé, le 13 juillet, le premier essai humain d’un vaccin dirigé contre la souche Bundibugyo, responsable de l’épidémie qui progresse en République démocratique du Congo et a touché l’Ouganda. L’annonce a été reçue comme une avancée majeure mais les documents techniques qui l’accompagnent décrivent pourtant un produit qui, même concluant, ne suffira pas à casser rapidement les chaînes de transmission dans l’est congolais.

Cinquante volontaires à Oxford

L’essai, baptisé BD-Ebov, évalue la sécurité et la réponse immunitaire du candidat ChAdOx1 BDBV chez cinquante adultes en bonne santé, âgés de 18 à 55 ans, recrutés à Oxford. Le vaccin repose sur un vecteur adénoviral de chimpanzé, la même plateforme que celle utilisée pour le vaccin Oxford/AstraZeneca contre le Covid-19. Les doses sont produites par le Serum Institute of India, qui a déjà fabriqué et stocké environ 620 000 doses du candidat-vaccin, dont 4 000 destinées à cet essai de phase I.

Le programme bénéficie d’un financement initial de la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations, pouvant atteindre 8,6 millions de dollars. Des études complémentaires sont également préparées avec le MRC/Uganda Virus Research Institute et l’unité ougandaise de la London School of Hygiene and Tropical Medicine, sous réserve des autorisations réglementaires.

Mais ces travaux viendront après. Pendant ce temps, l’épidémie continue de progresser. Au 15 juillet, les données reprises par l’ECDC faisaient état de 2 011 cas confirmés et 754 décès en RDC, avec l’Ituri comme principal foyer. En Ouganda, vingt cas confirmés et deux décès ont été rapportés, mais aucun nouveau cas n’a été signalé depuis le 21 juin. Ces bilans restent à manier avec prudence : l’OMS estime que l’ampleur réelle de l’épidémie pourrait être bien supérieure aux chiffres officiels.

Deux doses contre un virus rapide

Le point décisif figure dans les avis du groupe consultatif technique de l’OMS. Le candidat ChAdOx1 Bundibugyo peut théoriquement être évalué rapidement, mais des données animales supplémentaires restent nécessaires pour appuyer sa priorisation. Les experts rappellent aussi qu’un schéma à deux doses pourrait être envisagé pour les populations à haut risque mais non encore exposées, notamment les soignants et les équipes de riposte.

Ebola se transmet vite, et l’incubation peut être courte et le temps d’administrer une première dose, puis d’obtenir une réponse immunitaire suffisante, l’épidémie peut déjà avoir avancé. Le vaccin d’Oxford ne peut donc pas être présenté aujourd’hui comme l’équivalent immédiat d’Ervebo dans les flambées de souche Zaïre, où la vaccination en anneau autour des cas confirmés a joué un rôle central.

L’OMS n’exclut pas qu’une approche en dose unique puisse être étudiée pour les contacts des cas. Mais cette possibilité reste de l’ordre de l’évaluation clinique, pas d’un outil déjà disponible pour la riposte. À court terme, l’usage le plus réaliste du candidat ChAdOx1 BDBV serait donc la protection préalable des soignants, des équipes d’enterrement sécurisé, des laborantins et des intervenants exposés.

Un pont sans données cliniques

Les options discutées pour combler le vide restent fragiles. Ervebo, seul vaccin Ebola encore homologué en Europe depuis le retrait, en mai, des autorisations de Zabdeno et Mvabea, vise la souche Zaïre. Les données de protection croisée contre Bundibugyo sont jugées limitées et non concluantes. Le SAGE, le groupe d’experts de l’OMS sur la vaccination, recommande donc de ne pas l’utiliser hors d’un cadre de recherche soigneusement encadré.

Les experts ont aussi évoqué d’autres pistes, notamment des combinaisons vaccinales ou des candidats fondés sur la plateforme rVSV. Mais ces options restent expérimentales. Le candidat rVSV-BDBV-GP de l’IAVI est considéré comme l’un des plus prometteurs, notamment parce qu’il repose sur une approche à dose unique et a montré des résultats encourageants chez le primate. Mais son développement clinique nécessite encore plusieurs mois.

L’arithmétique contre la promesse

Le 28 mai, le patron de l’Africa CDC, Jean Kaseya, assurait que son agence ferait en sorte de disposer d’un vaccin et d’un médicament contre Bundibugyo d’ici la fin 2026. Mais le candidat rVSV-BDBV-GP n’est pas encore prêt pour un essai clinique et demande plusieurs mois de développement. Le candidat d’Oxford, lui, est entré plus vite en phase I, mais il doit encore démontrer sa sécurité, son immunogénicité, puis son efficacité dans des conditions réelles. Entre un stock expérimental, une autorisation d’urgence et un déploiement en pleine zone instable, il y a plusieurs étapes incontournables.

Le premier essai humain contre Bundibugyo est donc une percée mais pas encore une arme de terrain. Pour les communautés de l’Ituri, le cœur de la riposte reste, aujourd’hui, ce que l’OMS répète depuis des décennies : surveillance, tests rapides, isolement, soins, recherche des contacts, enterrements dignes et sécurisés, et confiance avec les populations.

Hélène Bailly
Spécialiste de l'actualité d'Afrique Centrale, mais pas uniquement ! Et ne dédaigne pas travailler sur la culture et l'histoire de temps en temps.
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