Ebola en RDC : ce que cache la « sous-évaluation » reconnue par l’OMS


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La maladie d'Ebola
Virus Ebola

L’Organisation mondiale de la santé estime que l’épidémie d’Ebola en cours dans l’est de la République démocratique du Congo pourrait être deux à quatre fois plus importante que ne l’indiquent les bilans officiels. Derrière cette sous-évaluation se dessine une réalité plus inquiétante : en Ituri, épicentre de la flambée, le virus circule plus vite que la capacité des autorités à le détecter, l’isoler et retracer ses chaînes de transmission.

Le seuil symbolique des 2 000 cas confirmés a été franchi en RDC, avec plus de 750 décès recensés. Ces chiffres placent déjà la flambée parmi les plus graves jamais enregistrées dans le pays. Mais pour l’OMS, ils seraient largement sous-estimés.

Un bilan officiel déjà lourd, mais incomplet

Le problème tient surtout à ce que ces cas révèlent du fonctionnement de la surveillance. Dans les zones les plus touchées, notamment autour de Bunia, une grande partie des nouveaux malades ne provient pas des listes de contacts déjà identifiés. Autrement dit, les équipes sanitaires découvrent encore des patients sans savoir précisément par quelle chaîne de contamination ils ont été infectés.

C’est ce décalage qui nourrit l’estimation avancée par Genève que l’épidémie réelle pourrait être au moins deux fois, voire quatre fois plus vaste que le bilan officiel. Non parce que les chiffres seraient volontairement minimisés, mais parce que le terrain rend une partie de l’épidémie invisible.

Bundibugyo, le retard initial qui a tout compliqué

La souche en cause, Bundibugyo, explique une partie de ce retard. Plus rare que l’ébolavirus Zaïre, mieux connu en RDC, elle ne dispose ni de vaccin homologué ni de traitement spécifique approuvé. Les premiers prélèvements analysés localement ont d’abord été testés pour la souche la plus courante et sont revenus négatifs. La confirmation de Bundibugyo n’est intervenue qu’après l’envoi d’échantillons à l’Institut national de recherche biomédicale.

Ce délai a pesé lourd. Le premier cas suspect connu remonte à la fin avril, tandis que l’épidémie n’a été officiellement déclarée que le 15 mai. Pendant ces semaines perdues, des malades ont circulé, des décès communautaires ont eu lieu et des soignants ont été exposés. Dans une région où la fièvre, le paludisme et d’autres maladies infectieuses brouillent souvent les diagnostics, Ebola a d’abord avancé masqué.

L’Ituri, épicentre et angle mort

L’Ituri concentre l’immense majorité des cas. Bunia, Rwampara, Mongbwalu et Nyankunde reviennent au centre des bulletins sanitaires. Ce sont aussi des zones marquées par les déplacements de population, l’activité minière, les routes commerciales et l’insécurité chronique.

Pour contenir Ebola, il faut identifier chaque malade, retrouver ses contacts, les suivre pendant vingt et un jours, isoler les cas suspects et organiser des enterrements sécurisés. Or ce schéma suppose une continuité administrative que l’est congolais n’offre pas.

La sous-évaluation reconnue par l’OMS mesure donc une perte de visibilité. Plus le virus circule dans les communautés avant d’être détecté, plus le bilan officiel arrive en retard sur la réalité.

Une riposte fragmentée par la guerre

Désormais, l’épidémie ne se limite plus à l’Ituri. Des cas ont été signalés dans plusieurs provinces de l’est, dont le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uélé et la Tshopo. Cette extension géographique complique encore la réponse.

Dans les zones contrôlées par l’AFC/M23, notamment autour de Goma et Bukavu, la gestion sanitaire repose en partie sur des circuits parallèles. Les autorités rebelles ont mis en avant leur propre dispositif de surveillance et d’isolement, tandis que Kinshasa conserve la responsabilité officielle de la riposte nationale. Sur le papier, des échanges de données et de prélèvements existent. Dans les faits, la réponse se construit dans un territoire morcelé, alors qu’Ebola exigerait une chaîne de commandement unifiée.

Une crise sanitaire sous-financée

Cette flambée, la dix-septième du pays, survient au pire moment pour le financement de la riposte. L’OMS et l’Africa CDC ont lancé début juin un plan conjoint de six mois assorti d’un appel de 518 millions de dollars, dans un paysage humanitaire fragilisé par la recomposition de l’aide américaine et le retrait des États-Unis de l’OMS. Pour un virus dépourvu de vaccin et de traitement homologués contre la souche Bundibugyo, la riposte dépend de capacités de dépistage et de recherche des contacts que les bailleurs financent de moins en moins. Le multiplicateur annoncé par l’OMS mesure ainsi la distance entre l’ambition affichée d’une souveraineté sanitaire africaine et les capacités réellement mobilisables sur le terrain. Les prochaines semaines diront si la détection promise réduit l’écart, ou si l’épidémie poursuit sa route dans l’angle mort du comptage.

Hélène Bailly
Spécialiste de l'actualité d'Afrique Centrale, mais pas uniquement ! Et ne dédaigne pas travailler sur la culture et l'histoire de temps en temps.
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