
À Bunia, en Ituri, quatre infirmiers contaminés par Ebola ont été déclarés guéris. Dans une épidémie où la peur, les rumeurs et la défiance compliquent la prise en charge des malades, cette nouvelle dépasse le seul cadre médical. La riposte contre Ebola se joue, en effet, aussi dans la capacité à convaincre les populations que le soin peut sauver.
Alors que l’épidémie d’Ebola causée par le virus Bundibugyo continue de mettre à rude épreuve le système de santé de la République démocratique du Congo, une nouvelle apporte un motif d’espoir. À Bunia, chef-lieu de la province de l’Ituri, quatre infirmiers contaminés lors de la prise en charge de patients ont été déclarés guéris et ont quitté l’hôpital.
Cette annonce des autorités congolaises pourrait devenir un atout important dans la lutte contre la peur et la désinformation qui entourent encore cette épidémie. Car, dans les zones touchées, convaincre un malade de se rendre rapidement dans un centre de traitement reste parfois aussi décisif que le traitement lui-même.
Les survivants, relais inattendus de la riposte
Dans les régions touchées par Ebola en RDC, les messages de prévention se heurtent souvent à la méfiance, aux rumeurs et aux résistances liées notamment aux rites funéraires. C’est pourquoi face à ces obstacles, les témoignages de personnes guéries ont une force de persuasion que les campagnes institutionnelles peinent parfois à atteindre.
Les quatre infirmiers rétablis à Bunia sont désormais la preuve vivante qu’un diagnostic précoce et une prise en charge adaptée peuvent augmenter considérablement les chances de survie. Leur guérison contredit l’idée, encore présente dans certaines localités touchées, selon laquelle l’entrée dans un centre de traitement équivaut à une condamnation.
Dans un contexte où la peur pousse parfois des malades à éviter les structures spécialisées, ces survivants deviennent, malgré eux, des relais de confiance auprès des habitants. Ils montrent que l’hôpital n’est pas seulement le lieu de l’isolement ou de la séparation, mais peut aussi être celui du retour à la vie.
« C’est une victoire qui mérite d’être célébrée. C’est un message fort qui montre qu’il est possible de se remettre d’Ebola lorsqu’on se fait soigner rapidement dans un établissement de santé spécialisé », a déclaré dans un communiqué le Dr Dieudonné Mwamba Kazadi, directeur général de l’Institut national de santé publique de la RDC.
La désinformation, un obstacle aussi dangereux que le virus
Depuis plusieurs épidémies d’Ebola sur le continent africain, les rumeurs et les fausses informations compliquent le travail des équipes médicales.
Dans certaines localités, des habitants continuent de douter de l’existence du virus ou craignent les centres de santé, perçus à tort comme des lieux où l’on va mourir. Cette méfiance entraîne des retards dans la prise en charge des malades et favorise la propagation du virus au sein des communautés.
Les guérisons enregistrées à Bunia apportent un contre-exemple concret aux discours alarmistes ou mensongers. « Il est possible de survivre à l’Ebola causé par le virus Bundibugyo grâce à des soins médicaux de qualité, et certaines personnes ici, en Ituri, se sont déjà rétablies. Se faire soigner rapidement fait toute la différence », a insisté le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, lors de sa visite à Bunia le 30 mai dernier.
Dans cette bataille, la confiance devient donc un outil à part entière. Sans adhésion des habitants, les protocoles médicaux les plus solides peuvent se heurter à la peur, aux soupçons et aux refus de prise en charge.
Le défi de la confiance communautaire
Pour l’Organisation mondiale de la santé, la lutte contre Ebola ne peut être gagnée sans l’adhésion des populations.
« Les autorités nationales et provinciales, avec l’appui de l’OMS et des partenaires, intensifient le dialogue avec les leaders communautaires, les groupes de femmes, les représentants de la jeunesse, les responsables religieux et le secteur privé afin de mieux comprendre les préoccupations locales et de co-construire des solutions culturellement adaptées et efficaces », ont souligné dans une déclaration conjointe le gouvernement congolais et l’agence onusienne.
Cette stratégie est d’autant plus nécessaire au regard des événements survenus dans la province de l’Ituri. Des habitants en colère ont incendié deux tentes de traitement des malades d’Ebola, le jeudi 21 mai à Rwampara, en périphérie de Bunia, afin de récupérer le corps d’un homme décédé. « La population sur place ne reconnaît pas Ebola, ils estiment que c’est une fabrication des ONG et des hôpitaux pour se faire de l’argent », a déclaré un Congolais qui avait filmé la scène. De nombreux patients ont profité de la situation pour prendre la fuite.
Une épidémie encore loin d’être maîtrisée
Malgré ces signes encourageants, la situation demeure préoccupante. Selon le dernier bilan relayé le 1er juin, les autorités sanitaires congolaises ont recensé 282 cas confirmés, dont 42 décès, tandis que plusieurs centaines de cas suspects restent sous surveillance.
Les défis demeurent nombreux : détection précoce des cas, isolement rapide des personnes infectées, suivi des contacts, organisation d’enterrements sûrs et dignes, ainsi que renforcement des mesures de prévention dans les établissements de santé.
À cela s’ajoute l’absence, à ce jour, de vaccin ou de traitement homologué contre le virus Bundibugyo. Des candidats vaccins et traitements sont toutefois en cours de priorisation pour de possibles essais cliniques, grâce à la collaboration entre la RDC, l’Ouganda et l’OMS.
Face à ces défis, le gouvernement congolais et l’OMS appellent les populations à maintenir les gestes de protection, notamment l’hygiène régulière des mains, le recours précoce aux soins et le partage d’informations fiables. Malgré les difficultés, l’OMS rappelle que la RDC possède une expérience reconnue dans la gestion des épidémies d’Ebola. Le pays est parvenu à contenir plusieurs flambées du virus au cours des dernières décennies. « Cette expérience, conjuguée à un leadership politique fort au plus haut niveau de l’État et à une solidarité internationale renouvelée, constitue une base solide pour maîtriser l’épidémie actuelle », estime l’agence onusienne.
Mais l’enjeu dépasse désormais la seule réponse médicale. Pour vaincre Ebola en Ituri, il faudra aussi reconstruire le lien entre les soignants et les communautés. C’est peut-être là que les infirmiers guéris de Bunia peuvent jouer leur rôle le plus précieux : montrer, par leur guérison, que le recours rapide aux soins peut sauver et que la peur ne doit pas l’emporter sur le soin.



