Ebola : une maladie à haut risque pour le personnel soignant


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La maladie d'Ebola
Virus Ebola

En République démocratique du Congo, la lutte contre Ebola rappelle une nouvelle fois que les héros en blouse blanche paient souvent un lourd tribut, particulièrement en cas d’épidémie. Depuis le début de la riposte contre la nouvelle flambée d’Ebola dans la province de l’Ituri, six membres du personnel soignant ont perdu la vie après avoir été exposés au virus. Un bilan qui illustre la dangerosité persistante de cette maladie, non seulement pour les populations touchées, mais aussi pour ceux qui se trouvent en première ligne du combat.

À Bunia, chef-lieu de l’Ituri, l’annonce a provoqué une vive émotion. Lors d’un point de presse tenu le 28 mai, le ministre congolais de la Santé publique, Samuel Roger Kamba, a confirmé que six professionnels de santé sont décédés depuis le début de la riposte contre l’épidémie d’Ebola qui frappe actuellement plusieurs provinces de l’est du pays. « Nous avons déjà perdu six membres du personnel soignant depuis le début de cette riposte. Cela démontre à quel point cette maladie reste dangereuse, même pour ceux qui sont en première ligne », a déclaré le ministre.

Cette déclaration met en lumière une réalité souvent oubliée : les médecins, infirmiers, laborantins et autres agents de santé figurent parmi les personnes les plus exposées lors des épidémies en général pour Ebola. Et cette réalité se double d’un second constat, les victimes sont très majoritairement des femmes, car elles sont majoritaires dans les personnels de santé ou dans l’accompagnement familiale des malades.

Des soignants en première ligne face à un virus redoutable

Découvert pour la première fois en 1976 près de la rivière Ebola, dans l’actuelle RDC, le virus Ebola est l’un des agents pathogènes les plus meurtriers au monde. Il provoque une fièvre hémorragique sévère dont le taux de mortalité peut atteindre 50 %, voire davantage lors de certaines flambées. La contamination se produit par contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée ou décédée. Dans les centres de traitement, les soignants sont quotidiennement en contact avec des patients présentant des symptômes graves : vomissements, diarrhées, saignements ou forte fièvre.

Même si les équipements de protection individuelle réduisent considérablement les risques, une erreur de manipulation, un retard dans le diagnostic ou une exposition accidentelle peuvent avoir des conséquences dramatiques. L’histoire récente de la RDC en témoigne. Lors des précédentes épidémies, notamment celle qui a frappé le Nord-Kivu et l’Ituri entre 2018 et 2020, des centaines de professionnels de santé avaient été contaminés. Plusieurs dizaines y avaient laissé la vie.

La peur, la fatigue et les risques quotidiens

Au-delà du risque biologique, les personnels de santé doivent composer avec des conditions de travail particulièrement éprouvantes. Dans certaines zones affectées, les infrastructures médicales sont limitées, les ressources parfois insuffisantes et les équipes confrontées à une forte pression psychologique. Les longues heures de travail sous des combinaisons de protection, la peur permanente d’une contamination et la perte de collègues créent un climat particulièrement difficile. Pour les familles des soignants décédés, ces pertes représentent un drame humain considérable. Chaque décès prive également les communautés locales de professionnels souvent déjà rares dans des régions où l’accès aux soins reste fragile.

Autre facteur de risque relevé par les autorités sanitaires congolaises, c’est le recours à l’automédication, qui favorise la propagation du virus. Selon le ministre de la Santé, de nombreux malades consultent tardivement après avoir tenté des traitements à domicile ou auprès de guérisseurs traditionnels. Ce retard complique la prise en charge médicale et augmente les risques de contamination des proches ainsi que du personnel de santé.

Une lutte qui nécessite la confiance des communautés

Les experts rappellent que la victoire contre Ebola ne repose pas uniquement sur les traitements ou les mesures médicales. Elle dépend aussi de la confiance entre les populations et les équipes de riposte. L’acceptation des mesures de prévention, le signalement rapide des cas suspects et la coopération avec les équipes de suivi des contacts demeurent essentiels pour interrompre les chaînes de transmission.

Ainsi, a mort des six soignants appelle à une nouvelle prise de conscience des populations quant à la dangerosité du virus. Plus que jamais, la protection du personnel de santé apparaît comme une condition indispensable pour espérer venir à bout de cette maladie qui continue de défier les systèmes de santé africains depuis un demi-siècle.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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