Contagion Ebola en RDC : des patients en fuite après l’attaque d’un centre de traitement en Ituri


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Virus Ebola
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Dans l’est de la RDC, des tentes d’isolement de patients suspectés d’Ebola ont été incendiées à Mongbwalu, en Ituri. Vingt-cinq malades ont pris la fuite au cours du week-end, dont un cas grave confirmé. L’épisode fragilise une riposte déjà entravée par la peur, les rumeurs et l’insécurité et multiplie le risque de contagion.

L’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo a essuyé une défaîte ce week-end. Dans la nuit du vendredi 22 au samedi 23 mai, le centre de prise en charge installé à l’hôpital général de référence de Mongbwalu, dans la province de l’Ituri, a été pris pour cible. Des tentes d’isolement construites avec l’appui de Médecins sans frontières ont été incendiées par un groupe non identifié. Dix-huit patients suspectés ou atteints d’Ebola, selon le Dr Richard Lokudi, médecin directeur de l’hôpital, ont pris la fuite.

Plusieurs vagues d’attaque contre le centre

Le lendemain, dimanche 24 mai, le même établissement a essuyé quatre nouvelles vagues d’attaques menées, selon le Dr Lokudi, par des proches d’un responsable religieux chrétien décédé d’Ebola. Sept autres patients ont profité de la confusion pour s’échapper. Un malade en état critique, victime d’hémorragies, est mort pendant l’incident.

Au total, vingt-cinq personnes ont quitté l’hôpital lors de ces deux journées. Selon Reuters, qui cite le Dr Lokudi, quatre résultats de laboratoire sont revenus pour les patients en fuite : trois négatifs et un positif. Au moins un cas confirmé d’Ebola circule donc dans la communauté, hors du contrôle des équipes de riposte. Radio Okapi évoque pour sa part treize malades toujours introuvables sur les vingt-huit personnes que les tentes hébergeaient.

L’épisode de Mongbwalu fait suite à un incident similaire survenu le 21 mai à Rwampara, en périphérie de Bunia. Des proches d’un défunt qui réclamaient le corps avaient incendié deux tentes. Pour beaucoup, l’absence de respect de la tradition lié à l’enterrement qu’impose le suivi d’Ebola n’est pas compréhensible.

Une défiance entretenue par les rites funéraires

Ces attaques s’inscrivent dans un climat de défiance vis-à-vis des équipes médicales. Dans plusieurs localités touchées, des familles exigent les corps de proches décédés afin de procéder aux rites funéraires traditionnels. Or les corps des victimes d’Ebola restent hautement contagieux après le décès, et leur manipulation sans équipement de protection peut relancer la transmission du virus. Cette situation est à l’origine des attaques de camps.

À Mongbwalu comme à Rwampara, la tension porte sur la façon de permettre aux familles de faire leur deuil sans transformer les funérailles en nouveau foyer de contamination. Les autorités sanitaires congolaises et les ONG s’efforcent d’organiser des enterrements « dignes et sécurisés », respectant les traitions ou religion avec des protections sanitaires. Mais ces protocoles dans des zones marquées par les conflits, les déplacements de population et la méfiance envers l’État, ces protocoles ne sont pas toujours respectés. Plusieurs habitants interrogés par les Observateurs de France 24 doutent encore de la réalité même de l’épidémie.

Le scénario redouté par les épidémiologistes

La fuite de patients constitue l’un des pires scénarios pour la riposte. Ebola se transmet par contact direct avec les fluides corporels d’une personne malade ou décédée. Si des patients symptomatiques rejoignent leurs familles, consultent dans des structures informelles ou se déplacent entre villages, la chaîne de transmission devient beaucoup plus difficile à reconstituer.

La situation est d’autant plus préoccupante que l’épidémie en cours, la dix-septième que connaît la RDC, est liée au virus Bundibugyo. Il s’agit d’une souche pour laquelle il n’existe ni vaccin homologué ni traitement spécifique, contrairement à la souche Zaïre. L’OMS a classé cette flambée en urgence de santé publique de portée internationale le 16 mai. Cette graduation est liée aux cas signalés en RDC et en Ouganda ainsi qu’aux incertitudes sur l’ampleur de la propagation. Le 25 mai, son directeur général Tedros Adhanom Ghebreyesus a indiqué que l’épidémie comptait déjà 220 décès suspects et que la riposte se faisait « dépasser ».

Hélène Bailly
Spécialiste de l'actualité d'Afrique Centrale, mais pas uniquement ! Et ne dédaigne pas travailler sur la culture et l'histoire de temps en temps.
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