
A son initiative, le président burundais a réuni la semaine dernière à Bujumbura l’opposition et les églises congolaises. Evariste Ndayishimiye, surpris par la défaite cuisante de Minembwe, craint pour la sécurité de son pays et la survie de son régime.
17 juin, Houston : Félix Tshisekedi exulte.
Pour leur retour en Coupe du Monde, 52 ans après, les Léopards ont arraché un prometteur match nul face au Portugal de Cristiano Ronaldo. Intervenant plus tard devant la diaspora congolaise dans la métropole texane, le président RD congolais, euphorique, lâche : « nos forces armées sont en train de malmener nos ennemis. Je crois fermement que, dans les prochains jours, le Congo tout entier [Bukavu et Goma compris] sera libéré. ». Félix Tshisekedi en est convaincu, Minembwe, ville stratégique située sur les hauts-plateaux du Sud-Kivu et l’un des fiefs de la communauté Banyamulenge, va tomber. Il en a reçu l’assurance. « Des renseignements fiables », assure-t-il à ses interlocuteurs, fournis par les sociétés privées recrutées à grands frais pour pallier les défaillances de son armée.
22 et 23 juin, Kinshasa : La bataille de Minembwe
La bataille de Minembwe est une catastrophe pour la coalition FARDC-FNDB-Wazalendo-Mercenaires. La victoire promise, qui devait être écrasante, s’est transformée en échec militaire patent face à l’ennemi Twirwaneho/M23/RDF. Evariste Ndayishimye est très inquiet. Les pertes humaines dans les rangs des FNDB comme des FARDC, sont particulièrement importantes. Et les conséquences économiques de la guerre en RDC pèsent de plus en plus sur la population burundaise.
M. Ndayishimye, qui craint pour la survie même de son régime, décide sans plus attendre de se rendre à Kinshasa pour s’entretenir avec son homologue, Félix Tshisekedi. Son objectif : le convaincre d’amorcer le dialogue avec son opposition non armée qui a repris du poil de la bête à la faveur de la lutte contre le changement de la Constitution dont le but est de permettre à M. Tshisekedi de briguer de nouveaux mandats. « Une folie », selon M. Ndayishimye. Le président RD congolais écoute poliment. Il donne le feu vert. Sans être convaincu.
6 juillet, Bujumbura : le président burundais entre en jeu
Evariste Ndayishimye rçoit l’opposition et les églises congolaises : C64, la CENCO et l’ECC, mais aussi l’archevêque Ejiba Yamapia, qui préside la Plateforme des Églises de Réveil, invité à la dernière minute sur l’insistance de Kinshasa. Les propos d’Evariste Ndayishimiye à ses interlocuteurs sont sans ambiguïté : il n’y a pas d’issue militaire à la crise ; seul un dialogue permettra d’en sortir ; et ce dialogue doit avoir lieu entre Congolais et avec les Etats de la sous-région. En privé, le chef de l’Etat burundais ne se fait pas prier pour critiquer son homologue RD congolais qui cherche une voie de sortie à l’étranger (Washington, Doha…). « Un leurre », selon lui, qui fait « perdre beaucoup de temps et beaucoup d’argent. »
8-10 juillet, Kinshasa : Félix Tshisekedi fulmine.
S’il n’ose le lui dire directement, le président RD vitupère contre l’initiative d’Evariste Ndayishimiye. M. Tshisekedi, qui souhaiterait changer la Constitution pour se maintenir au pouvoir, goûte peu le fait de voir ses principaux contempteurs être mis sur le devant de la scène par son ultime allié. Comme il en a l’habitude, le président RD congolais cherche alors à court-circuiter l’initiative. C’est ainsi qu’il envoie une délégation à Luanda. Très remonté contre M. Tshisekedi, Joao Lourenço refuse de la recevoir. Dans le même temps, il sollicite les bons offices du président du Congo voisin, Denis Sassou Nguesso.
Une multiplication d’initiatives brouillonnes qui donne une impression de tergiversation et contribue à enfoncer un coin dans la relation, de plus en plus fragile, entre Kinshasa et Gitega.




