Algérie-Portugal : après le temps des symboles vient celui des contrats


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Algérie Portugal
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Après les gestes diplomatiques et la séquence énergétique, l’axe Alger-Lisbonne entre dans sa phase décisive. BTP, eau, santé, maritime, numérique : le rapprochement engagé depuis 2025 veut vraiment changer d’échelle. C’est désormais sur le terrain des projets, des consortiums et des contrats qu’il avance.

Les symboles ont fait leur part

Depuis un an, la relattion entre l’Algérie et le Portugal s’est densifiée. Le cinquantenaire des relations diplomatiques a servi de caisse de résonance à une histoire commune longtemps sous-exploitée. Dans son sillage, l’activisme de l’ambassadeur Saïd Moussi à Lisbonne a donné un visage plus offensif à ce rapprochement, avant que la visite du chef de la diplomatie portugaise Paulo Rangel à Alger, le 3 février 2026, ne vienne consacrer politiquement cette montée en gamme.

À l’issue de son audience avec le président Tebboune, Rangel a qualifié les relations politiques entre les deux pays d’« excellentes », tout en mettant en avant le potentiel encore inexploité en matière de partenariat économique. La formule valait aveu autant que programme.

Mais une relation bilatérale ne s’installe pas durablement à coups de symboles seuls. Il faut des prolongements concrets, des secteurs identifiés, des opérateurs mobilisés et des résultats visibles.

Une asymétrie à combler

Le point de départ est connu, et il n’est pas flatteur. Le volume des échanges commerciaux entre les deux pays est estimé à 450 millions d’euros, et l’Algérie n’occupe que la trentième place dans la liste des clients du Portugal, représentant à peine 0,5 % de ses échanges globaux. Ce chiffre contraste saisissant avec le poids réel de la relation : l’Algérie est considérée comme le plus important fournisseur d’énergie au Portugal, couvrant environ 40 % des besoins de ce pays en énergie.

L’asymétrie est frappante. Une dépendance énergétique majeure d’un côté, une relation commerciale hors hydrocarbures trop limitée de l’autre. Sonatrach et Galp Energia ont prolongé leur partenariat historique en 2019, portant les livraisons annuelles de gaz naturel algérien à 2,5 milliards de mètres cubes par an, sur une durée de dix ans. Cet accord, qui court jusqu’en 2029, constitue le socle solide, mais il ne peut à lui seul être le pilier d’une relation économique qui doit maintenant s’élargir.

Le prochain chapitre se jouera dans les chantiers

Dans les milieux économiques portugais, l’Algérie est présentée comme un marché stratégique pour des secteurs comme la construction, les renouvelables, la santé, l’eau et les technologies. L’agence portugaise AICEP met elle aussi en avant les perspectives dans l’environnement, les ressources hydriques et les technologies de l’information. La Confédération algérienne du patronat (CAP) a d’ailleurs organisé une rencontre entre entreprises des deux pays, avec un accent particulier sur l’industrie et la santé. Tahar Bouzid, son président, y déclarait vouloir « concrétiser les véritables ambitions communes ».

L’intérêt de cette séquence est là : Alger et Lisbonne ne se regardent plus seulement comme deux capitales entretenant de bonnes relations. Ils commencent à se regarder comme deux partenaires ouvrant des espaces de coopération utiles et politiquement valorisables des deux côtés de la Méditerranée. Pour le Portugal, Alger est un interlocuteur méditerranéen solide. Pour l’Algérie, Lisbonne est un partenaire européen moins encombré que d’autres par les réflexes de tutelle ou les contentieux mémoriels.

La mer comme terrain d’expérimentation

S’il fallait désigner un secteur emblématique de ce basculement, ce serait sans doute le maritime. La 3e édition du Forum maritime d’Alger s’est tenue le 15 avril 2026, sous le thème « Shipping Finance — Structures d’investissement et nouveaux modèles économiques ». Fort de ports de commerce, l’Algérie génère des flux maritimes importants qu’elle cherche désormais à mieux valoriser. Plus de 90 % des échanges extérieurs algériens transitent par la mer, et le pays dispose d’une façade méditerranéenne de 1 200 kilomètres.

Le Portugal, de son côté, a une culture portuaire ancienne et une expérience logistique reconnue. La convergence naturelle entre ces deux réalités, la façade algérienne et le savoir-faire portugais en matière de ports, de services maritimes et de financement du transport maritime, dessine un terrain de coopération concret, susceptible de donner rapidement corps à l’axe Alger-Lisbonne.

Les 450 millions d’euros d’échanges actuels, à comparer aux 9,4 milliards d’euros échangés avec la France ou aux 15 milliards avec la Chine, illustrent à la fois le retard accumulé et le potentiel disponible. Entre Alger et Lisbonne, les symboles ont ouvert la voie. Les chiffres devront suivre.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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